Label environnemental avec quelles performances environnementales ?

Par Alain MAUGARD, président de QUALIBAT le 30 Juin 2014



Après l’énergie d’exploitation, l’énergie grise de la construction émerge en premier lieu

La 1ère dimension environnementale est celle de l’énergie grise pour construire les logements et les constructions en général avec le minimum d’énergie tout au long de leur cycle de vie, jusqu’à la démolition et aux recyclages.


Jusqu’à présent nous nous sommes attachés à agir sur l’énergie consommée en phase d’exploitation pour aller vers un bâtiment qui neutralise son bilan énergétique avec une trace énergétique d’exploitation de zéro, voire un peu positif avec l’ambition BEPOS. Bien évidemment, après ce gommage de l’énergie primaire d’exploitation, apparaît et émerge un deuxième type d’énergie : c’est l’énergie grise.


C’est tout l’intérêt d’avoir conçu le BEPOS, c’est de faire émerger les autres aspects non moins importants. Si nous n’avions pas travaillé sur le BEPOS, nous n’aurions pas vu émerger l’énergie grise. Ainsi, différentes orientations sont possibles. Je peux disposer d’un bâtiment BEPOS à peine positif sur le plan de l’énergie primaire et le comparer ainsi à un autre bâtiment BEPOS très performant en énergie d’exploitation, mais qui a consommé beaucoup d’énergie grise. Ce qui compte c’est la somme globale des énergies, de la construction en intégrant le cycle de vie et de l’exploitation également.


Les conséquences de la prise en compte de l’énergie grise se trouvent au niveau des matériaux de construction. Premièrement, avec les matériaux biosourcés, nous aurons un très bon bilan d’énergie grise. Le carbone qui a été consommé au niveau de leur fabrication est neutralisé par son cycle de vie jusqu’au recyclage ou sa destruction. Encore faudra-t-il intégrer sa provenance pour tenir compte de l’énergie due au transport. Pour les produits non biosourcés, c’est-à-dire ceux qui consomment du carbone pour être fabriqués, qui ont une fabrication artificielle et non naturelle, la notion de durée de vie intervient, car s’ils durent longtemps, on amortit l’énergie grise sur le temps. Si on le recycle, en globalité ou en partie le bilan d’énergie grise va être encore meilleur. On peut imaginer de recycler du béton. Dans ce cas, je n’utiliserai pas autant d’énergie grise car j’aurai moins de matières premières à aller chercher dans les carrières.


Moins d’énergie pour la fabrication, une durée de vie plus longue et un recyclage étudié et peu consommateur ! Voici les 3 idées qui vont guider les innovations à venir qui impacteront  le bilan d’énergie grise.


Toutes les énergies vont passer au crible de l’analyse carbone et en particulier l’électricité

Le deuxième paramètre environnemental qui sera pris en compte, ce sont les émissions de gaz à effet de serre, le CO2. Alors que cette donnée a été gommée dans la RT 2012, exclusivement à dimension « énergétique », le bâtiment de demain qui respectera le label devra indiquer l’empreinte carbone de ses consommations. Au niveau de la RT 2012, nous indiquons pour le moment une étiquette énergie et une étiquette carbone selon des règles au plus simple car à l’époque nous n’avions pas trouvé un accord global sur la trace carbone des différentes énergies.

Sujet qui avait été remis à plus tard, en 2020. Rappelons que la loi Grenelle mentionne pour 2020 l’amélioration de la trace carbone des bâtiments. Le label doit donc en tenir compte désormais pour aller dans ce sens.


La trace carbone d’un gaz qui est brûlé est la même à tout moment. Telle quantité d’énergie gaz donne la même trace carbone qu’une autre quantité identique. La distance de provenance, Russie, Mer du Nord, …, peut influer, à mon sens, mais relativement peu. De même pour le fioul, la quantité de carbone émis quand il brûle est la même à quantité identique. Le paramètre provenance et donc transport doit néanmoins être intégré. Même pour la biomasse, le bois-énergie, la provenance du bois doit être intégrée. Mais toutes ces énergies émettent du carbone proportionnellement à la quantité utilisée et ce, de façon indépendante de l’instant où elles sont consommées.


Quant à l’électricité, c’est plus compliqué.


Pour le moment et au regard de la RT 2012, nous avions juste établi une moyenne annuelle de la trace carbone de l’électricité ; un seul et unique chiffre pour toute l’année. Alors qu’en toute évidence, l’électricité consommée a une trace carbone dépendante du temps, différente d’une minute à l’autre, d’un jour à l’autre. Si l’électricité est uniquement d’origine nucléaire ou hydroélectrique, sa  trace carbone est plutôt faible. Si l’électricité est produite par des centrales thermiques gaz, fioul ou charbon, le résultat est notoirement différent. Ainsi pour la solution électrique, il faudra disposer de plusieurs traces carbone selon le paramètre temps.


Ainsi, si un bâtiment est conçu pour ne pas consommer d’électricité dans les périodes précises où l’électricité est la plus carbonée, il sera à dimension environnementale supérieure. Ce bâtiment qui s’efface pendant les périodes de pointe où EDF met toutes ses centrales thermiques en service, devra avoir un avantage de consommation électrique considérable. Le bilan de consommation de carbone peut être très différent d’un bâtiment à l’autre, les deux utilisant l’électricité, mais différemment. Il faut donc que l’on caractérise différemment un bâtiment qui consommerait en s’engageant sur des périodes d’utilisation bien précises.

Pour l’électricité, il faudra ainsi passer de la trace carbone temporalisée selon différentes périodes.


Il est important de signaler ces dispositions le plus tôt possible, car je peux avoir un bon bilan carbone en évitant de consommer de l’électricité aux mauvais moments là où elle est le plus carbonée, et ce par engagement ! Cela a un effet induit et permet en conséquence de redonner un intérêt grandissant pour les solutions électriques aujourd’hui handicapées par le modèle actuel (indicateurs non temporels de la RT 2012, …).


Ainsi, très prochainement, nous serons inévitablement conduits à analyser la trace carbone de l’électricité, à généraliser l’utilisation de compteurs intelligents de type Linky, et à proposer des tarifs proportionnés aux degrés carbone.


Cette analyse sur la trace carbone de l’électricité change la conception architecturale et thermique des bâtiments. Ainsi nous pourrons agir sur leur inertie thermique, leur capacité de stockage de l’énergie, leurs possibilités de s’effacer, leurs capacités à stocker l’énergie, à  autoconsommer leur électricité produite. L’électricité photovoltaïque étant décarbonée, hors processus de fabrication qui peut être optimisé, retrouvera de ce fait un intérêt grandissant.


EDF a donc tout intérêt à anticiper sur ce nouveau label plutôt que de se « tétaniser » sur le bien-fondé  de l’actuel coefficient de conversion de 2.58 utilisé dans la RT 2012. Annoncer et mettre en place, au plus vite, une tarification variée selon la trace carbone est un exercice gagnant pour l’objectif 2020. Rien n’empêche aujourd’hui de tirer avantage pour l’utilisateur d’un tarif bénéfique en s’effaçant aux heures de pointes surtout s’il peut disposer d’un compteur intelligent lui délivrant les bonnes informations.


Tous ces aspects révolutionnent tout autant les techniques que les modes de fonctionnement des bâtiments et nous engagent vers des développements industriels d’avenir.

Les autres ressources à préserver

Les autres ressources à préserver dans un cadre environnemental sont nombreuses et nous pouvons citer :



  • L’eau en valorisant le bâtiment sobre en consommation et qui récupère l’eau.

  • La qualité acoustique préservant les utilisateurs des bâtiments pour un meilleur confort.

  • La qualité de l’air.

    Elle impacte sur la qualité environnementale des produits de construction, ceux qui larguent plus ou moins de polluants. La corrélation existe entre qualité d’air et performance énergétique car avec des produits avec faible émission de COV, le renouvellement d’air peut être optimisé et réduit, ce qui entraîne une moindre consommation énergétique. Les industriels questionnés sont bien au fait de cette problématique et sont enclins à diminuer les émissions de COV de leurs produits. Ils sont déjà prêts à fournir les FDES (fiche de description environnementale et sanitaire) afin de se livrer à une  compétition des produits intégrant ces nouvelles données.

Intégrons les usages domestiques dans le futur label environnemental

Le futur label est une avancée vers le BEPOS, bâtiment à énergie positive. La production vient combler la consommation annuelle, mais quels usages intègre-t-on dans la consommation ? Nous y mettons bien entendu les 5 usages de la RT 2012 (chauffage, climatisation, eau chaude sanitaire éclairage, auxiliaires), et il faudra donc aller plus loin en rajoutant les usages domestiques. C'est-à-dire la consommation des appareils ménagers, des ordinateurs, TV et box diverses, avec leur lot de consommation de veille.


De ce fait, vont apparaitre de plus en plus des automates pour la gestion de l’énergie, des optimiseurs et des délesteurs de puissances électriques. Appeler moins de puissance est une très bonne nouvelle pour EDF qui doit gérer les pointes de consommation. Rappelons-nous la période de pointe  par exemple en Février, tout le monde rentre à la maison au même moment,  met en route le chauffage, les machines à laver le linge, … Cela provoque un appel de puissance considérable dont on connait les conséquences en coût et en carbone. Si ces puissances étaient minimisées au niveau de chaque utilisateur cela constituerait un avantage certain pour EDF. Une manière d’en faire profiter les utilisateurs serait de créer un abonnement très avantageux dans le cas de très faibles puissances installées.


Ainsi ce nouveau label intégrerait l’usage domestique en indiquant une consommation conventionnelle cette fois-ci globale. Et un avantage serait donné à ceux qui possèdent un système de délestage et une puissance installée modérée. Les compteurs intelligents peuvent détecter tous ces types de consommations domestiques et devraient se développer au plus vite sur tout le territoire national.

Est-ce que ce label est uniquement lié au bâtiment ou à l’ilot urbain?

La tendance est que le futur label environnemental se base sur un mixte des labels actuels Effinergie-Bepos 2013 et HQE performance. Dans le label Effinergie-Bepos 2013, il y a déjà une évaluation de la mobilité durable liée à la desserte des transports en commun liée à ladite construction.


Ce futur label intègrera les lignes de force de la RT 2020, c'est-à-dire du BEPOS, bâtiment à Energie Positive, et sera par conséquent étendu « au collectif », c'est-à-dire l’ilot et plus, et pourra être ainsi un label « BEPOS à plusieurs ».


Pour un immeuble neuf en construction, rien ne nous empêchera d’utiliser le toit d’un garage voisin et d’y installer des panneaux photovoltaïques. Le toit du seul immeuble en construction étant restreint, le promoteur aura tout intérêt à valoriser son bilan à énergie positive sur tout l’ilot et à chercher des solutions collectives. Il faudrait sans doute trouver l’équivalent du marché des quotas carbone. Je pourrais imaginer ainsi des échanges de  quantas d’énergie positive carbone au niveau de l’ilot collectif.


Rappelons-nous que le BEPOS est intéressant et rentable quand il est collectif. Echanger de la chaleur avec des bureaux voisins, ou avec un supermarché, remplacer le toit du hangar voisin par un toit neuf photovoltaïque est possible au même titre qu’il est possible aujourd’hui d’installer des antennes téléphoniques sur le toit d’immeubles. Le promoteur qui voudra bénéficier du label et qui voudra améliorer son COS ira négocier avec ses voisins. C’est faisable et présente un intérêt collectif. C’est pourquoi il est imaginable d’intégrer dans le futur label cette dimension de BEPOS collectif avec toujours comme ligne de mire une économie d’échelle et de coûts.



Nous verrons prochainement quelles actions sont à porter sur la productivité, car il s’agit bien avec le futur label environnemental de construire du BEPOS avec un coût abordable pour la demande.

Alain Maugard


Commentaires

  • ROBERT
    0
    30/07/2014

    Vivement que ces nouveaux labels de la réglementation RT 2012 voient le jour car la profession des thermiciens, des bureaux d'études et également des maîtres d'ouvrages (ceux qui sont devant, ceux qui ne demandent qu'à faire avancer le bâtiment) sont impatients. En l'absence, on pourrait "stagner"!!


  • Nicolas
    0
    30/06/2014

    Merci pour cette précieuse analyse et votre "éveil" des consciences quant à l'énergie grise des matériaux.
    Notez que nous réfléchissons à cette approche depuis quelques années déjà et le label que nous proposons intègre déjà cette vision plus vertueuse des bâtiments. Vous trouverez les informations nécessaires en suivant ce lien : http://bio-espace.com/label-assistance/label-cbio.html
    Excusez-nous pour la présentation un peu "brouillonne", le site est en cours de réfection.


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