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L’importance de l’Exploitation – Maintenance, ou la PCEM

Par Christian FORTUNE – Dirigeant et consultant du bureau HOLISUD Energie et Environnement

La Prise en Compte de l'Exploitation et de la Maintenance, ou la PCEM, détermine à terme la qualité économique de l'ouvrage. C'est-à-dire l'ouvrage de construction qui, sur 50 ans, a le « Coût Global » le plus faible. Cela s'effectue en intégrant les aspects économiques et techniques certes, mais également les considérations humaines, sociales et politiques (service utilisateur, usager, le personnel d'entretien, la maîtrise des finances du contribuable, etc.).

Cette chronique vous éclairera sur la gestion de projet avec des critères globaux qui ne s'arrêtent pas au simple investissement et à l'économie d'énergie annuelle !!

1°/ L'importance de l'exploitation dans le « Coût Global »

Le saviez-vous ? Le réel coût d'exploitation et de maintenance représente une masse financière importante. Cumulée sur une période de l'ordre de 50 ans, la totalité des dépenses de fonctionnement peut atteindre 3 à 4 fois le coût d'investissement.

C'est ce que montre le tableau ci-après. Les dépenses initiales de conception sont aujourd'hui négligeables par rapport à la masse financière que représentera la gestion de l'ouvrage.

La construction, souvent perçue comme l'investissement essentiel, « à ne pas dépasser », « qui coûte cher au contribuable » ne représente qu'1/4 du poste « gestion » du bâtiment sur 50 ans !


2°/ Maintenance Exploitation ou PCEM, quand faut-il y penser ?

La Prise en Compte de l'Exploitation Maintenance s'effectue dès le montage de l'opération et de son programme. La notion de « développement durable » impacte la construction tout le long de sa durée de vie, c'est-à-dire du « berceau à la tombe ».

Dès le début, il sera nécessaire de penser :

  • fonctionnement optimisé de l'ouvrage,
  • économies annuelles et sur la durée de vie de l'ouvrage à minima sur 50 ans,
  • exploitation-maintenance anticipée,
  • maîtrise des investissements,
  • qualité d'usage.


Phases


Actions générales "PCEM"

Montage d'opération


- Evaluer la préfaisabilité sous l'angle des coûts différés
- Recenser les objectifs d'exploitation-maintenance


Programme


- Anticiper le fonctionnement technique futur en associant le gestionnaire
- Traduire les besoins, contraintes et exigences d'exploitation-maintenance et d'usage


Conception


Sélection concepteur


Marché de
maîtrise d'oeuvre


Etudes :
esquisses/APS/
APD/Projet


Sélection entreprises



- Etudier les compétences en PCEM des candidats
- Annoncer le critère de sélection PCEM dans le cas d'un concours


- Préciser les éléments PCEM dans la mission et les dispositions à répercuter aux entreprises


- Analyser qualitativement l'exploitation-maintenance
- Analyser quantitativement l'exploitation
- Obtenir les éléments utiles à l'estimation du budget prévisionnel d'exploitation-maintenance


- Ouvrir la consultation sur l'exploitation-maintenance

Travaux



- Evaluer l'incidence sur la PCEM lors de toute décision
- Suivre la constitution des DOE et DIUO pour que ces dossiers soient complets et à jour
- Penser au début de l'organisation de l'exploitation-maintenance

Réception -
mise en service



- Transmettre le Dossier d'Utilisation, d'Exploitation et de Maintenance aux utilisateurs et au gestionnaire
- Suivre et évaluer les premières années de fonctionnement

3°/ Traduction pour l'énergie : norme EN 16001 et ISO 50001

Depuis le 1er juillet 2009 est entrée en vigueur une norme, la EN 16001 : 2009 « Systèmes de management de l'énergie - Exigences et recommandations de mise en œuvre ».
Cette norme européenne est relative au management de l'énergie. Elle a pour but d'aider les maîtres d'ouvrage et les exploitants de sites à structurer leur démarche d'efficacité énergétique.

Depuis c'est la norme internationale ISO 50001 qui vient d'être publiée en Juin 2011 et qui devient la référence internationale en matière de performance énergétique. L'ISO 50001 est le résultat d'un travail commun de 61 pays. Elle remplace de ce fait l'EN 16001 qui disparaîtra.

La norme se fonde sur la méthodologie dite PDCA (Plan-Do-Check-Act), succinctement décrite de la manière suivante :

  • Planifier : établir les objectifs et les processus nécessaires pour fournir des résultats correspondant à la politique énergétique de l'organisme
  • Faire : mettre en œuvre les processus
  • Vérifier : surveiller et mesurer les processus en fonction de la politique énergétique, des objectifs, des cibles, des obligations légales et des autres exigences auxquelles l'organisme souscrit, et rendre compte des résultats
  • Agir : entreprendre les actions pour améliorer en permanence la performance du système de management de l'énergie

4°/ Une exploitation préventive et non plus subie !

La maîtrise des coûts futurs d'un bâtiment nécessite la connaissance au juste moment de tous les éléments qui auront une incidence financière. Dès le programme, le mode de pensée portera sur un projet d'organisation et de management à part entière de l'exploitation/maintenance ; ce projet devenant indissociable des études de conception.

Ce choix est capital car nous rappelons que c'est la quasi-totalité des coûts de fonctionnement technique qui sont induits par les choix d'investissement initiaux. Gérer à long terme l'exploitation/maintenance permet le réel management de projet sans jamais s'enfermer dans le cercle vicieux de la « maintenance impossible » tel que schématisé ci-dessous :


Source CERTU

5°/ Passer du quantitatif au «quantitatif + qualitatif»

Rappelons nos modes de pensées et leur évolution dans le temps :
- D'avant : seules les consommations chauffage, climatisation et ECS nous intéressaient à la conception.
- D'aujourd'hui : avec la RT 2012 et les niveaux de BBC, ce sont les consommations d'énergie totale 5 usages (chauffage, ECS, ventilation…), voire les consommations d'énergie totale à la livraison et sur les premières années, qui nous intéressent.
- Quid du Futur ? Ce sont les indicateurs suivant qui seront pris en compte dans le cadre de la performance globale :

  • Energie grise
  • Qualité d'air, acoustique…
  • Qualité d'usage
  • Performance du quartier + localisation bâtiment (transport…)
  • Passage du tout « quantitatif » au « quantitatif + qualitatif »

La contribution poussée du maître d'ouvrage MOA est alors plus qu'indispensable

Les indicateurs de maintenance qui se construisent actuellement :

  • La durée de vie / et du taux d'usure
  • Du temps de maintenance nécessaire
  • Pas seulement les installations mais l'ensemble du bâtiment
  • Soit la pratique de l'AMDEC = Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et de leur Criticité.
    L'AMDEC c'est prévoir pour ne pas être contraint de revoir !

Christian FORTUNÉ
Christian FORTUNE, ancien Président d'ICO est intervenu sur le thème de la PCEM lors de l'Université ICO du 11 au 13 mai 2011. Il dirige le bureau d'études HOLISUD présent à PARIS et à TOULOUSE. Ce bureau de consultants est spécialisé dans le conseil et l'ingénierie énergie et environnement dans l'acte de construire.

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Commentaires

  • laetitia
    16/06/2014

    En plus d'être intéressante, cette étude concernant la pompe à chaleur gaz est détaillée. On peut voir que les résultats sont positifs dans l'ensemble, c'est encourageant ! Je tiens actuellement le blog http://www.universentreprises.fr/ et j'apprécie être au courant de ce genre d'actualité, merci pour le partage!

  • Marine
    03/06/2014

    Bonjour, merci pour le partage de cette article sur la gestion de projet. Il est interessant de se rendre compte de la masse financière que peut représenter de telles opérations de maintenance. Pour ma part je me suis dirigé vers www.atalian.com/fr qui a su m'accompagner dans chaucunes de mes démarches.

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