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Réglementation et norme BIM pour le bâtiment

Par Didier BALAGUER - PDG Fondateur Pluristop SA et membre du comité normalisation PPBIM

Depuis peu, le monde de la construction a engagé sa révolution numérique dans le but de bâtir écologique et économique. La réglementation évolue avec cet objectif de favoriser les dossiers d’ouvrages exécutés (DOE) numériques. La maquette numérique bâtiment (ou BIM = Building Information Model) va devenir inéluctable en premier lieu sur le plan normatif et pour l’économie conséquente qu’elle apportera au monde de la construction.

L'ensemble des acteurs de la filière bâtiment va s'approprier, dans un laps de temps court, les outils numériques. A partir de leurs outils logiciels, les prescripteurs vont enrichir leurs plans CAO ou leurs modèles thermiques, acoustiques, …  avec des données techniques produits sans ressaisies d’informations.

Le référentiel des propriétés produits est en cours de normalisation au sein du comité  PPBIM (Propriétés Produits pour le BIM),  projet de norme (XP P07-150) dont la publication est prévue pour Décembre 2014, afin d’harmoniser le descriptif des produits et systèmes. Cette Norme Française est intégrée aux travaux du comité européen de normalisation chargé de transposer les normes relatives au BIM pour les généraliser à l’ensemble des pays européens.

texte

- La directive Européenne « marchés publics » votée le 15 janvier 2014, encourage les pays de l’UE à l’utilisation du BIM dans leur projet de construction.

- La Finlande en 2013, l'Angleterre en 2016 et la France en 2017 obligent l'usage du BIM (maquette numérique) pour tous les bâtiments publics.

Du mode de fonctionnement actuel du secteur de la construction

Jusqu’à présent et pour quelques temps encore, les flux de données produits et la géométrie de l’ouvrage nécessitent de nombreuses ressaisies de l’architecte à l’exploitant, en passant par les maîtres d’œuvres, les bureaux d’études, les entreprises et les sous-traitants.

Les documents spécialisés et les procès-verbaux d’essais nécessaires aux prescripteurs pour élaborer leurs offres et appels d’offres sont difficiles à trouver et à interpréter. Les informations sont par conséquent saisies de façon non-standardisée et non régulière (en fonction de ce qui est communiqué par l’industriel).

Ressaisies

Au mode de fonctionnement BIM projeté

La construction du siège social d’Hérault Energies, à Pézenas (34), s’est achevée en Juillet 2012. L’objectif était de construire un bâtiment exemplaire à énergie positive, grâce à une conception bioclimatique, un très bon niveau d’isolation et des systèmes techniques performants.

mode de fonctionnement BIM

Une étude réalisée en 2010 par la FFB (Fédération Française du Bâtiment) a révélé que le manque d’interopérabilité coûte environ 40 € par m² de SHON pour les entreprises. Les principaux coûts sont liés à la ressaisie manuelle des informations et à la durée des chantiers, que l’on pourrait réduire si tous les flux d’informations étaient interopérables. Les coûts annuels de non qualité du secteur de la construction en France imputables aux défauts d’interopérabilité sont estimés à 15 milliards d’euros. Une étude américaine portant sur la filière du bâtiment confirme cela, en estimant la réduction des coûts des défauts d'interopérabilité à 53€/m² pour l'ensemble des intervenants d'une opération.

Petit rappel :

BIM : Building Information Model ou Modeling
Il s’agit d’une base de donnée standardisée, unique et partagée, capable de contenir toutes les informations techniques de l’ouvrage bâti, depuis la conception jusqu’à l’exploitation.

Définition du BIM ou de la maquette numérique donnée par Mediaconstruct, association regroupant des organisations professionnelles Françaises du monde de la construction.

Mediaconstruct soutient l’openBIM, c’est à dire le BIM basé sur un standard universel d'échanges de données, ouvert et gratuit : le standard ISO-IFC, soutenu par BuildingSMART International.

www.mediaconstruct.fr

Autre phénomène ou conséquence non appréhendé dans l’estimation de l’impact économique qui précède : le frein à la diffusion de l’innovation (pénétration sur le marché de produits allant dans le sens de la construction durable, capacité à simuler de nouveaux systèmes constructifs potentiellement synonymes de performance accrue, etc.), et son corolaire : les difficultés grandissantes des acteurs à s’engager sur les garanties de résultats imposées par les nouvelles règlementations (la RT 2012 et le plan construction durable par exemple en France, et plus généralement dans le monde l'ensemble des règlementations déployées pour favoriser la lutte contre le changement climatique et la réduction de l'empreinte écologique) .

Maquette numérique ou BIM, est le processus de production et de gestion des données de construction tout au long des phases de conception, étude, construction et exploitation voire démolition d'un bâtiment. Elle s’appuie sur le format IFC, qui est un format de fichier orienté objet utilisé notamment par l'industrie du bâtiment pour échanger et partager des informations entre logiciels.

Jusque-là, la saisie manuelle des données mobilisait de façon répétitive des professionnels qualifiés sur des tâches de bas niveau. L'automatisation du transfert de données leur permettra de réaliser des tâches en harmonie avec leurs compétences et à une meilleure valeur ajoutée. Cela développera le niveau de professionnalisation des personnels de la construction, créant un avantage compétitif international générateur d'emplois.

Passer de l’engagement de moyens à l’engagement de résultats

Pour passer de l’engagement de moyens à l’engagement de résultats, il y a nécessité d’intégrer les données des produits réels dans la maquette numérique. L'information produit ne doit pas se limiter à l'objet géométrique (ce qui est souvent le cas dans l'esprit des personnes qui connaissent peu le sujet d'où la nécessité de faire preuve de beaucoup de pédagogie sur ce point) mais bien à un objet au sens informatique du terme (qui est enrichi d'informations utiles au dimensionnement de l'ouvrage : thermique, acoustique, feu, environnement, structure, économie, logistique...).

Nous estimons que l'objet géométrique copie virtuelle du produit n'a de sens que dans 20% des cas (lorsqu'il se voit et que sa représentation aide à valoriser le projet), alors que les descriptifs (100%), environnement (à terme 100%/ Règlementation Environnementale 2020), thermique & acoustique & feu (environ 50%)... Dans ces conditions la géométrie doit être considérée comme un attribut du produit au même titre que toutes les autres propriétés. La granulométrie de l'information doit être à géométrie variable en fonction des utilisateurs et des phases du projet (notion de LOI : level of information du composant). Qui peut croire que l'on puisse choisir dès la phase esquisse le produit final avant d’avoir fait toutes les études servant au dimensionnement de l'ouvrage?

granulométrie

- L'objet peut être un système constructif. Je rappelle que les progrès accomplis par des secteurs tels que l'aéronautique, l'automobile, la construction navale et la construction ferroviaire ces dernières décennies reposent sur le déploiement de l'ingénierie système. Un projet de construction est un projet unique mais les systèmes constituant l'ouvrage sont reproductibles. La maquette est un formidable outil pour favoriser "le travailler ensemble" cher à Monsieur Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable, qui permet de capitaliser les expériences et savoir-faire. Patrick Serrafero, professeur associé à l'Ecole Centrale de Lyon, expert en mécatronique et modélisation de la connaissance, développe depuis plus de 10 ans, chaque année une voiture de compétition avec une équipe de 20/30 élèves ingénieurs. Chaque année son équipe est totalement renouvelée ce qui correspond bien à la contrainte de gestion des projets de construction. Il y a 13 ans la voiture ressemblait plus à un kart, aujourd'hui la voiture est devenue une voiture de course digne de courir les 24h du Mans, hybride consommant de l’éthanol... La preuve que l'on est capable de capitaliser la connaissance, même sur des projets dont l'ouvrage est unique pour que chaque expérience puisse enrichir la suivante. 

- Ce qui est utile aux prescripteurs, c'est l'accès à des catalogues de produits et systèmes d’industriels exhaustifs (et pas un échantillon présentant la promotion du moment), structurés avec une information de qualité et mise à jour en permanence.

- Pour que les industriels puissent répondre à cette demande, il y a nécessité de décrire les catalogues dans un format unique ouvert(justifiant ainsi les travaux de normalisation encours) et pas dans 30-50-150... formats propriétaires. Vous comprendrez aisément que ce n'est pas réaliste ni économiquement et ni techniquement.

Flux

Le téléphone portable ne s'est développé que parce que les opérateurs se sont mis d'accord sur des standards partagés. Imaginez que vous devriez avoir autant de téléphones en poche que d'opérateurs... Dans ces conditions le téléphone mobile serait mort-né. Et pourtant il y a beaucoup moins d’opérateurs téléphoniques que d'éditeurs de logiciels pour la construction.

- L'industriel va devoir faire un investissement pour dématérialiser et structurer son catalogue produits/systèmes. Il doit pouvoir entrevoir un retour sur investissement. Améliorer le suivi de ses actions de prescriptions est à mon avis une piste sérieuse.

- Les propriétés des produits sont généralement certifiées par un organisme tiers avec la production d'un procès verbal d'essais, rapport d'essais, avis technique, FDES... Imaginons que les organismes en charge des essais soient dans l'obligation de produire un fichier structuré des propriétés certifiées accompagnant le document texte remis à ce jour sous forme de pdf ou papier. La production de données structurées qui aujourd'hui est quasiment inexistante deviendrait importante rapidement et beaucoup plus facilement exploitable sans surcoût pour la filière de la construction. Voici une proposition à coût très modeste créatrice de beaucoup de valeur. Pour plus d'information cf notre contribution à l'appel de Bertrand Delcambre, ambassadeur du numérique pour le bâtiment : http://mission-numerique-batiment.fr/wp-content/uploads/contributions/20140907-1016-Pluristop.pdf

  • Pour illustrer l’enrichissement de la maquette numérique avec des données produits sans ressaisies, nous vous proposons de découvrir la vidéo montrant la connexion datBIM, le catalogue ouvert et connecté, avec Revit le logiciel d’Autodesk  pour la maquette numérique. www.pluristop.com/pour-les-prescripteurs

Par Didier BALAGUER
PDG Fondateur Pluristop SA - Administrateur du SNI (Syndicat National de l’Isolation)
Administrateur Médiaconstruct - Membre du comité normalisation PPBIM

SOURCES ET LIENS

Logo Pluristop

Logo datBIM

1 - Selon François Pelegrin président d’honneur de l’Unsfa et membre du Plan Construction durable ainsi que Gilles Estingoy, directeur général de l’Agence Qualité Construction.
2 - Source: Cost analysis of inadequate interoperability in the U.S. Capital Facilities industry
3 - Pour plus d’information cf article “De la mécatronique au bâtiment” : www.datbim.com/Actualite-De-la-m%C3%A9catronique-au-b%C3%A2timent.-2821.html
4 - Format dthX développé par Pluristop dans le cadre du programme européen GreenConserve pour l’innovation des services à valeur ajoutée pour la construction durable destiné à être ouvert et porté par la Product Room Mediaconstruct.
5 - Nommé en conseil des ministres du 25/06/2014 missionné par Sylvia Pinel, Ministre du Logement et de l’Egalité des territoires et de la Ruralité.

Commentaires

  • Pascal
    30/08/2017

    Le BIM permettra t il de mettre en évidence les malfaçons et incohérences entre les plans archi, bet préétude,, plans de ventes,... et la réalité demandée au final ? Je ne crois pas, pas maintenant........, et je n'espère pas,.

  • Patrice
    24/08/2015

    L'utilisation dans la conception du projet est un plus mais ou s'arrête la responsabilité du maître d'oeuvre et de l'entreprise.

  • Christophe
    22/01/2015

    En effet passionnant, mais un peu hâtif pour 2017 il me semble. Cela m'inspire quelques interrogations! À part les gros industriels, quels petits fabricants aura les moyens financiers et humains d'êtablir des catalogues numériques? Quid des matériaux en cours de certification ou en renouvellement de PV, etc. Je crains que cela ne limite la conception architecturale aux seuls produits catalogués... C'est la mort des TPE de construction annoncée! À moins que les frais d'études des entreprises, des archis et des BET soient réévaluées!!! Il s'agit quand même de modifier la manière de travailler de tout un secteur, qu'il se re équipe d'outils informatiques, qu'il se re forme à peine la rt 2012 assimilée et avant de tout rechanger avec la rt 2020!!! Personnellement, je suis assez sceptique.

  • Pierre
    10/12/2014

    Bonjour, Passionnant, tout ça. Et bigrement tentant. Néanmoins, quand on lit qu'il existe un plugin datBIM/Revit, on se dit que ce n'est pas gagné. On n'en est pas encore au plugin datBIM aux normes IFC, qui fonctionnerait indifféremment avec les applicatifs d'Autodesk, Nemetschek, Bentley. Demain, peut-être... ,

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