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Le BEPOS, hâtons-nous !

8 Juillet 2013

Par Alain Maugard – Président de QUALIBAT

Nous avons vu précédemment qu’il y a différents BEPOS. Différents en fonction des zones climatiques, intégrant d’autres usages ainsi que l’énergie grise, intégrant plutôt l’éco mobilité pour la maison individuelle, la notion de l’îlot pour l’immeuble collectif en zone dense, …

Maintenant en 2013, quelle est la feuille de route pour y arriver dans huit ans et que pouvons-nous faire dès à présent pour lancer la machine industrie ? C’est l’objet de la présente chronique.


Annoncer le BEPOS, c’est salutaire pour tout le monde !

Avec la projection du BEPOS nous sommes bien loin du simple bâtiment BBC pourtant le premier marchepied vers l’objectif BEPOS. Celui-ci risque de nous amener à une véritable révolution industrielle et révolution de la filière bâtiment. Le passage au niveau BBC s’est fait comme nous l’avons rappelé antérieurement en douceur sans grande difficulté, sans grande innovation.

Le passage au stade BEPOS ouvrira nécessairement une nouvelle ère de construction, une nouvelle gestion des consommations, et une nouvelle industrie.

Ainsi nous nous apercevons que plus vite nous annonçons à tous les acteurs industriels, concepteurs architectes et bureaux d’études, et maîtres d’ouvrage l’itinéraire BEPOS, plus vite nous allons créer une dynamique de créativité à tous les niveaux. Et de ce  fait,  vont se faire dès à présent les bonnes innovations technologiques, et la filière bâtiment se préparera dans les meilleures conditions à l’échéance 2020.

Pour y arriver, nous allons passer par le stade de labels qui ont toujours vus le jour pour préparer  une nouvelle réglementation thermique. Nous pensons qu’il faudra 2 générations de labels avant le BEPOS réglementaire de 2020. Premièrement un BEPOS immédiat, celui que l’on peut mettre en place rapidement et qui a été finalisé en ce début 2013, appelons le label BEPOS 2013*. Et ensuite nous pensons qu’il faudra un deuxième label BEPOS dénommé BEPOS génération 2018. (*son nom est label Effinergie BEPOS)

Le premier BEPOS 2013 intègre tous les usagers ainsi que la notion d’énergie grise, à minima au travers d’une évaluation, ce qui permettra au moins d’être informé.

Il faudra également annoncer le plus rapidement possible les bases du label BEPOS 2018 qui intégrera  les notions d’autoconsommation de stockage ainsi que de niveau carbone.

En fait si nous sommes capables de développer le label BEPOS 2013 ainsi que d’annoncer le label BEPOS 2018, ne serait-ce que dans les grandes lignes, nous rendons un service énorme à tous les acteurs de la construction et de l’industrie. Et nous mettons ainsi tous les acteurs sur les voies des innovations pertinentes, sans perdre de temps vis-à-vis de nos voisins notamment les allemands qui en sont déjà à la phase d’autoconsommation et de tarifs différenciés !

Ces idées ne sont pas uniquement personnelles, elles sont partagées par un certain nombre d’experts et elles doivent être communiquées, au plus grand nombre pour créer une dynamique. Pour l’industrie française c’est une des voies du redressement. Pour le bâtiment c’est un challenge unique.

Après la construction neuve le BEPOS dans la rénovation suivra même si la « mise en musique » est plus complexe. La manière de généraliser le BEPOS bien évidemment consiste à le développer à partir de la construction neuve de manière à indiquer la voie aux industriels. Avec un effet retard, la rénovation profitera de toutes les innovations, de toutes les méthodologies et de tous les retours d’expérience venant de la construction neuve.


Qui bénéficiera de la valeur ajoutée ?  Le bâtiment ou l’industrie ?

La question économique se posera bien entendu, car on ne pourra pas accepter des prix déraisonnables ; forcément nous assisterons à un premier surcoût des prix mais ensuite naturellement à un affaissement de ces prix. Celui-ci interviendra grâce à la révolution industrielle qu’implique le BEPOS. Mais au final, nous assisterons à une augmentation de la valeur ajoutée du bâtiment.

En ce qui concerne la filière, le monde des entreprises du bâtiment et des artisans ne devra pas être simple spectateur. Il est bien évidemment acteur afin de s’engouffrer dans ses différents et nouveaux marchés. Cela fera forcément appel à une nouvelle génération d’artisans et d’installateurs, forte en qualité et en compétences. Qui prendra la place ? Les grandes entreprises du bâtiment ? Les artisans ? L’industrie ?

L’industrie au service du bâtiment peut-être y voir effectivement un enjeu. Prenons l’exemple du Japon où des firmes comme Toyota construisent des maisons individuelles. En France, des leaders de l’automobile comme Peugeot Renault qui ont des difficultés que nous connaissons, ne seraient-ils pas tenté de modifier leurs chaînes de montage afin de les destiner à l’efficacité énergétique au service du bâtiment ? Et pourquoi pas une réorientation partielle de leurs activités vers le BEPOS industrialisé ? Déjà ne se rapprochent-ils pas en fabriquant des véhicules hybrides et des véhicules électriques ?

Aujourd’hui ces mêmes industriels sortent des véhicules électriques. Demain, la maison BEPOS étant liée à la voiture, ne pourrions-nous pas trouver des packages, c’est-à-dire un véhicule plus maison le tout standardisé. Très rapidement ne devrait-il pas présenter le véhicule électrique et la maison qui va avec le véhicule électrique ?

Maison autonome avec stockage dans le véhicule électrique, est-ce une idée complètement folle ?

Le danger pour le monde du bâtiment, est qu’il ne soit pas exposé au modèle IKEA, c’est-à-dire que les professionnels deviennent comme le sont les particuliers pour les meubles : de simples monteurs par rapport à une industrie forte et dominante car fabriquant à bas coût.

La balle est dans notre camp et il faudra jouer dans peu de temps la partie. Installateurs du bâtiment, ingénieurs, industriels, nous avons juste le temps de nous préparer, commençons dès aujourd’hui !


Nous ne devons pas attendre. Le BEPOS est parfaitement en ligne avec la politique de transition énergétique qui se dessine en France, que l’on décide ou non de réduire rapidement la part nucléaire de 75 à 50% ; personne ne remet en cause la nécessité urgente d’aller vers un BEPOS tant les avantages sont nombreux.

Comment résoudre la question financière ? C’est un point important, néanmoins des idées de financement pourraient être imaginées. Par exemple, nous pourrions imaginer que le financement serait facilité par la fermeture décalée des différentes centrales nucléaires. Si nous décalons de quelques années la fermeture programmée d’une centrale nucléaire, à condition que les conditions de sécurité soient réunies, nous pourrions bénéficier d’un prix économique largement amorti pour dégager une marge qui servirait à financer le BEPOS et les réseaux qui vont avec. Car il est clair que si nous arrêtons la centrale plus tôt, le prix de l’électricité va augmenter.


L’idée est la suivante : j’adopte un tarif de l’électricité en ligne avec l’arrêt de la centrale et je crée ainsi une taxe sur la rente financière que dégage la centrale nucléaire. Je trouve ainsi un moyen et de plus non carboné de financer le BEPOS et plus généralement l’avènement des ENR décentralisées.


En effet, dans un monde où se généralisent les ENR, nous aurons à « amortir » leur intermittence au niveau de chaque bâtiment à celui de l’ilot et même de la joue urbaine. Les échanges entre producteurs et consommateurs d’énergie se feront par des smart-grids qu’il faudra doter de moyens de stockage.

Cela représente des investissements importants qu’il faudra financer : dans ce contexte la « rente nucléaire » sera la bienvenue.

Alain Maugard


Commentaires

  • ROBERT
    18/07/2013

    Le Bepos ouvre la voie de l'échelle industrielle et je pense européenne. Nous avons su être leader avec Airbus dans l'aéronautique, nous avons su être leader avec Ariane dans l'aérospacial, nous pourrions être leader dans l'industrie photovoltaïque en nous regroupant avec les Allemands et les Espagnols! Lançons nous ensemble et nous assurerons la "transition énergétique et industrielle"

  • Benjamin
    17/07/2013

    La troisième révolution industrielle se met en marche. C'est toute une philosophie qui est en jeu, faisons le maximum pour que cela fonctionne, chacun à notre échelle.

  • Jean-Luc
    16/07/2013

    Attention cependant à ne pas négliger le coût exorbitant du démantèlement des centrales, qui devait être financé dans chaque kwh produit, et rend fragile la perspective d'un quelconque dégagement d'une manne financière due à "l'amortissement" que vous évoquez. Quant aux différents acteurs (industriels, maître d'oeuvre, architectes), la réalité du terrain oblige à constater, pour diverses raisons, que nous sommes actuellement très éloignés des ambitions BEPOS. Au niveau des réalisations, des formations, mais surtout de la force de conviction, manquent les Missi Dominici susceptibles de "vacciner" tout ce petit monde. Or, en tant qu'enseignant, je demeure persuadé que la première étape se situe au niveau de la conviction des décideurs (A commencer par les politiques, de quelque bord qu'ils se situent). Je demeure persuadé que la rénovation est la pierre d'achoppement de cette révolution énergétique, et que c'est à ce niveau que basculera (ou non) l'opinion publique.

  • Emmanuelle
    12/07/2013

    Le BEPOS est un changement radical. Nous savons le faire, nous le faisons déjà. Nous avons déjà les premiers retours d’expérience. Nous nous posons quelques questions. L’architecture, aujourd’hui chacun le sait grâce à Rudy Ricciotti est un sport de combat. Pour faire du BEPOS, mieux vaut choisir l’aïkido, un art qui utilise l’énergie de l’adversaire, avec respect car, oui, l’adversaire, c’est-à-dire le climat trop chaud, trop froid, le site dense ou mal orienté va devenir notre ami, nous poussant à imaginer au cas par cas d’autres stratégies. ....l a suite sur le site de l’iceb : http://www.asso-iceb.org/leBEPOS.html

  • Albert
    10/07/2013

    Simplement affligeant d'envisager le Bepos comme une révolution industrielle. C'est un point de vue de lobbyiste issu des 30 glorieuses, justement les années qui ont détruit la planète a grande vitesse. Le Bepos c'est véritablement autre chose, a commencer par une attitude: la modestie, la capacité d'adaptation et la sensibilité, le tout au service de l'habitat et des usagers. Aujourd'hui beaucoup de peuples non industrialises savent construire Bepos, pas nous.

  • Emmanuelle
    10/07/2013

    Le BEPOS, hâtons avec délicatesse Le BEPOS est un changement radical. Nous savons le faire, nous le faisons déjà. Nous avons déjà les premiers retours d’expérience. Nous nous posons quelques questions. L’architecture, aujourd’hui chacun le sait grâce à Rudy Ricciotti est un sport de combat. Pour faire du BEPOS, mieux vaut choisir l’aïkido, un art qui utilise l’énergie de l’adversaire, avec respect car, oui, l’adversaire, c’est-à-dire le climat trop chaud, trop froid, le site dense ou mal orienté va devenir notre ami, nous poussant à imaginer au cas par cas d’autres stratégies. Le BEPOS ça commence par l’analyse du site. Les industries doivent progresser, les techniques de mise en œuvre aussi, et la règlementation bien sûr.(Hier soir, à la maison de l’architecture à Paris, Samuel Rémy architecte de l’agence Juste avant l’aube et Yujun Tao ingénieur de RFR éléments ont raconté leurs déboires avec la certification et l’administration qui refuse un ingénieux système de ventilation double flux (Inventer), au prétexte que la ventilation doit être continue pour respecter un arrêté datant de 1982. La grande chance du BEPOS est qu’il nous oblige à travailler finement avec les usagers, leurs désirs, leurs façons de vivre, à tenir compte des conditions locales, du site, sa forme, son orientation, la direction des vents, des pentes, des boisements. Le BEPOS ne doit pas devenir le prétexte à relancer l’industrie avec une production standardisée en masse, de capsules thermos déconnectées du lieu qui supposeront d’ailleurs des terres « vierges » pour se déployer. La véritable révolution du BEPOS est qu’il va falloir s’entendre, s’accorder, imaginer des solutions qui répondent aux besoins spécifiques des habitants dans une démarche bottom up plutôt que top down. La réponse industrielle qui consiste à taper fort tous azimuts s’assimile à la boxe. Mettre l’adversaire KO, on l’a déjà fait avec les grands ensembles, l’architecture internationale qui prônait le même parallépipède vitré en tous points du globe. On sait ce que ça a donné : des immeubles énergivores aujourd’hui obsolètes et que l’on démolit à tour de bras sans même prendre le temps de réfléchir. Il faut sortir du standardisé, de la certification et des labels qui valident des solutions toutes faites appuyées sur des calculs règlementaires. Il faut regarder le paysage, la ville, être attentifs aux forces en présence. La prise en compte de l’énergie grise est une bonne nouvelle car, sous réserve que son calcul ne soit pas biaisé sous la pression des lobbies, elle va inciter à réutiliser les bâtiments existants, à choisir des matériaux locaux, biosourcés, recyclés. Faire mieux avec moins sera l’occasion d’investir plus d’intelligence, de tirer des leçons du passé et refuser la tabula rasa, de s’intéresser de près au fonctionnement du corps humain pour ajuster le confort à son ressenti, de s’intéresser au site, à l’homme dans le site, les connections, les mouvements, la liberté qu’on lui donne ou qu’on lui confisque. La « mise en musique » est complexe, industriels, artisans, législateur, maître d’ouvrage, ingénieurs, architectes, il faudra nous accorder. Accorder nos instruments, travailler ensemble. Et si nous mettions l’homme au centre de ces préoccupations ? Et si le BEPOS était là pour servir l’homme, pour l’abriter et non pas pour relancer la consommation ou redresser l’industrie ? C’est cette partition que nous avons envie de jouer, où chacun apportera ses compétences, son savoir-faire. Emmanuelle Patte Architecte, « chef d’orchestre » Membre de l’ICEB Méandre-etc 9 juillet 2013

  • André
    09/07/2013

    "En effet, dans un monde où se généralisent les ENR, nous aurons à « amortir » leur intermittence au niveau de chaque bâtiment à celui de l’ilot et même de la zone urbaine."

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