Un nouveau label Energie-Carbone pour débuter une courbe d’apprentissage

Par Alain MAUGARD, président de QUALIBAT le 12 Octobre 2016



Il est temps de faire une étape de situation pour examiner les retombées opérationnelles de cette réflexion RBR 2020/2030.


1/ Une période préparatoire à la future réglementation

En ce milieu de 2016, les pouvoirs publics ont pris la décision d’expérimenter un label dénommé « énergie-carbone » défini par arrêté et qui a pour mission de préfigurer la réglementation 2018/2020. Préfigurer veut dire expérimenter la faisabilité, voir si il y a des difficultés à atteindre les objectifs, et donc en tirer les enseignements pour la mise au point définitive de la réglementation 2018/2020. C’est donc une phase d’expérimentation et d’apprentissage préparatoire à la future réglementation.

energie-carbone-rbr

Ce nouveau label, défini par arrêté, a vocation à constituer un tronc commun qui s’imposera aux labels existants que sont HQE Performances, BEPOS/Effinergie et le dernier né BBCA.
Ces trois labels existants s’adapteront et utiliseront la méthode de calcul réglementaire ; chacun étant libre d’insister sur des aspects complémentaires.
Le label HQE à l’évidence penchera plus vers d’autres critères environnementaux que l’énergie-carbone.
BEPOS/Effinergie pourrait aller vers des BEPOS supérieurs en énergie positive et continuera à être sensible à la question des transports et au carbone lié aux transports.
Quant à BBCA, manifestement, il proposera des niveaux supérieurs dans les performances bas-carbone de la phase construction.
Ce tronc commun réglementé facilitera la tâche des concepteurs, architectes et bureaux d’études et des entreprises qui auront à construire.
La maîtrise d’ouvrage, quant à elle, pourra mettre en valeur les performances de l’ouvrage bâtiment en utilisant le même langage et les mêmes instruments de mesure des performances.

Ce passage à l’acte, c’est le moment du rendez-vous avec les acteurs de la conception et de la réalisation en masse significative et en profondeur, même si déjà certains de ces acteurs se sont déjà lancés dans des expérimentations BEPOS, sous forme exploratoire et en petite quantité ; mais désormais, nous changeons de dimension.

Le passage au stade du label, c’est un passage à une production déjà conséquente, avec des quantités de logements et de bâtiments à venir qui seront dans la préfiguration de la future réglementation RBR 2020. C’est donc un tournant qui permettra d’avoir des informations grandeur nature sur les réactions des habitants, des occupants, ce qui leur plait plus ou moins, leur marge de liberté et d’autonomie, le management du bâtiment plus ou moins automatisé, …

Nous allons nous situer dans la vraie vie, ce qui va nous permettre de mesurer si l’espérance et le but de la RBR 2020 « Réflexion Bâtiment Responsable 2020 » sous-entendu des bâtiments plus confortables, plus agréables à vivre, avec des modes de vie responsables, sont bien au rendez-vous !

La nouveauté « réelle » viendra des retours d’expérience des occupants et des acteurs, et ce en quantité significative. Pour la filière, c’est le début de la courbe d’apprentissage. Jusqu’à maintenant, il n’y avait que des initiatives de type prototypale. Maintenant, il s’agira de passer du prototype à la production. Dans le secteur du bâtiment, le passage du prototype à une production significative ne se fait pas comme dans les autres secteurs d’industrie à partir d’un produit standard qui est industrialisé. Car le bâtiment reste en permanence sous forme de prototypes multiples. 

La labellisation permettra d’observer sur un champ significatif, la nature et le fonctionnement des bâtiments qui suivront cette esquisse RBR 2020.

Premièrement, il s’agira de réaliser des travaux de qualité, tout en acceptant  la notion d’essuyer les plâtres car il faudra bien accepter dans certains cas que l’on n’atteigne pas les performances énergétiques qu’on pensait atteignables tout de suite. Les retours d’expériences seront donc riches d’enseignements ; cependant, cette dimension BEPOS nous est relativement familière puisqu’elle est explorée depuis 4 à 5 ans par les acteurs pionniers. Pour la dimension Carbone du label, tout est plus nouveau : en tout cas pour le calcul du carbone gris de la construction – démolition – recyclage. Les industriels connaissent désormais les règles du jeu ; celles-ci, d’ailleurs, pourront être affinées ; elles seront en quelque sorte testées. Il faut noter que le label prévoit deux niveaux Carbone pour permettre aux deux filières énergétiques électricité et gaz de trouver leur place.

Deuxièmement, il y aura la question du coût. A quel prix construit-on au niveau du label ? Cette question du prix est primordiale dans l’adoption du dispositif réglementaire. Pour le moment, on prédit des surcoûts à deux chiffres au-delà de 10%. Il est clair que la courbe d’apprentissage doit nous conduire à des surcoûts à 1 chiffre. Comme pour la RT 2012,  les différentes techniques de conception et construction doivent permettre une « élasticité » à la baisse des coûts; même si certaines techniques sont moins « élastiques économiquement parlant » que d’autres.


2/ Cette période d’apprentissage avec comme horizon une réglementation 2018/2020 est courte

Les milieux professionnels ont une attitude responsable au bon sens du terme sur ce sujet-là, ils insistent auprès des pouvoirs publics sur le fait de ne pas rendre trop courte la période d’apprentissage. Cela serait en effet déraisonnable que de dire que cette période d’adaptation et d’enseignement ne doit durer qu’un an ou deux. Dans le temps du bâtiment, il est plus raisonnable de penser environ 4 ans. Tout le monde ressent une exigence de calendrier trop tendue. Certes, il faut rester exigeant et passer aux actes au plus vite, mais si l’on veut arriver à notre ambition RBR 2020, il faut laisser le temps de progresser.

En résumé, les deux rendez-vous essentiels sont celui sur les usages et celui sur la courbe d’apprentissage de l’offre ; celle-ci progressera en qualité / coût / efficacité / productivité avec, notamment, le recours au travail collaboratif et à la maquette virtuelle qui permettront aussi aux industriels d’optimiser leur production en usine. C’est un potentiel de progrès intéressant et important qui s’annonce. Le rendez-vous des usages réserve, sans doute, des surprises comme nous allons le voir dans de prochaines chroniques, tant la demande a du potentiel de créativité et d’imagination.


3/ Mobiliser un financement additionnel pour la production d’énergie

La partie de production de l’énergie se distingue à l’évidence, c’est-à-dire cette partie où le bâtiment produit de l’énergie ou utilise de l’énergie qui est produite localement juste à côté. Partons du bâtiment qui produit de l’énergie, il est grand temps de dire que cette partie production d’énergie peut avoir un financement différent du financement classique immobilier. Jusqu’à maintenant, beaucoup se disent que le coût de la production d’énergie fait partie du surcoût. Ainsi, selon eux, un bâtiment BEPOS conduirait à un surcoût de 15 à 20%, sous-entendu tout compris, avec sa partie de production d’énergie (photovoltaïque sur son toit, voire sur celui de son voisin, …), Cependant, pourquoi cette partie-là productrice d’énergie ne serait-elle pas financée par un mode de financement  différent propre à la production d’énergie ? C’est autant en moins à supporter par le financement immobilier car c’est un investissement qui se substitue à celui de la production centralisée d’énergie : il doit donc être pris sur ce contingent.

  L’idée novatrice est de faire en sorte que cela ne soit pas financé par l’immobilier

Cette approche différenciatrice est en train de se développer dans les directions immobilières des grandes compagnies ; Ainsi le Groupe La Poste utilise une filiale dans laquelle il a des participations ; celle-ci a en charge de produire de l’énergie sur les toits des immeubles du patrimoine immobilier avec un financement totalement  indépendant de l’immobilier ; en complément !

Cette approche peut s’adapter aux bailleurs sociaux comme les sociétés HLM. Pourquoi ne pas créer une filiale générale qui s’appellerait « Electricité Verte Sociale » et qui aurait en charge d’exploiter l’ensemble des toits des HLM pour produire de l’énergie photovoltaïque sur ces  toits HLM. Une autre idée serait sur le modèle du dispositif des CEE (Certificats d’Economies d’Energie), prévoir un dispositif de Certificats de Production d’Energie Verte ! …

Cette possibilité de distinguer financement immobilier et financement de production d’énergie devient un atout pour le bâtiment et l’immobilier. Tous les acteurs de l’immobilier et notamment les entreprises et maîtres d’ouvrage ont intérêt à pousser ce type de financement « hors immobilier », car il est générateur de valeur ajoutée et de business. Prenons l’exemple de production par panneaux photovoltaïques. C’est l’installateur, entreprise du bâtiment qui se charge de l’installation des panneaux, de l’onduleur, etc, … Même si les industriels fournissent leurs matériels, l’installateur prend une part de l’ordre de 40% du chiffre d’affaire, ensuite, ce sont les prestations de maintenance et d’entretien qui seront nécessaires et qui peuvent lui revenir.

Si jusqu’à maintenant, les acteurs et entreprises du bâtiment voyaient leurs activités financées à 100% par des financements de l’immobilier, désormais elles auront une part complémentaire hors financement immobilier. Une valeur ajoutée supérieure se crée en additionnant les sources de financement. Ainsi, si auparavant, il s’agissait de tout financer dans un budget de 1 000 avec un surcoût unitaire de 20%, désormais le budget immobilier complété par un financement extérieur à l’immobilier passe à 1 200. Donc la filière bâtiment est gagnante, elle augmente son chiffre d’affaires de 200. Rappelons que la production ainsi financée par l’extérieur revient à un juste équilibre dans le financement de l’énergie qu’il aurait fallu faire par ailleurs, d’une manière plus centralisée : nucléaire, centrales solaires centralisées, gros éolien, …).

Tout bien pesé, l’horizon pour l’offre immobilière est enthousiasmant avec des perspectives de créations de richesse et de financements nouveaux. Oui, et ce, d’autant plus que la demande sera au rendez-vous.


Alain Maugard



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