Génie écologique et zéro artificialisation



Par Dominique Bidou - Président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC France


Il s’agit des sols, une ressource limitée

Les statistiques sont nombreuses, qui nous inquiètent sur l’avenir de cette ressource à laquelle nous devons tant de bonnes choses. Une ressource limitée, qui nous donne l’assise nécessaire aux constructions, aux routes et chemins de fer, aux usines et aux commerces, à la production agricole, à la forêt, et à la biodiversité. Ajoutons à cette liste la capacité à séquestrer du carbone, à produire de l’énergie (biomasse, capteurs solaires), à digérer nos déchets organiques et à accueillir intelligemment l’eau de pluie, la stocker ou l’infiltrer selon les cas.


Imperméabilisation et artificialisation des sols

Dans l’histoire, il y a eu des guerres pour accaparer cette ressource. Aujourd’hui, nous observons une concurrence entre les différents usages des sols.

L’urbanisation entraîne l’imperméabilisation, et d’une manière générale l’artificialisation, celle qu’il faudrait arrêter d’urgence. Il y en a d’autres formes, comme l’agriculture qui transforme la nature sauvage, mais elle ne semble pas irréversible comme on le constate avec les constructions. Le délai de 3 ans imposé pour le passage au bio donne une idée du temps nécessaire pour retrouver une forme d’équilibre après artificialisation agricole. 3 ans pour reconstituer une richesse organique, ce ne peut être qu’un début, mais c’est une première étape significative qui marque une rupture sur la manière dont les sols sont considérés. Notons malgré tout que certains dommages sont difficilement réversibles, ou très lentement, érosion, salinisation, rémanence de produits toxiques bien après leur interdiction, etc.


génie écologique

L’urbanisation du quartier de la Défense à Paris, irréversible pour le sol et la biodiversité


L’extension urbaine, logements, activités et grandes surfaces en périphérie des villes notamment, revêt un caractère d’irréversibilité immédiatement perceptible. Il faudrait y ajouter la fragmentation des habitats naturels provoqué par la multiplication des voies de circulation. La France est mal notée par rapport à nos voisins européens. Nous consommons chaque année deux fois plus de sols que d’autres pays, aussi bien très denses que de faible densité de population.

L’alerte est ancienne et revient sur le devant de l’actualité à chaque grand projet, aéroport, centre d’activité, etc, ..., mais la progression de l’artificialisation est diffuse, pour ne pas dire sournoise. Elle semble inexorable.


La réaction s’appelle « zéro artificialisation des sols »

Récupérons les terrains abandonnés, les friches industrielles ou commerciales, densifions les villes en les renouvelant sur elles-mêmes, construisons plus haut. Bonnes résolutions, mais à mettre en œuvre avec doigté, car c’est notre mode de vie qui pourrait en souffrir. La composition des ménages, la « dé-cohabitation », le vieillissement, le besoin de confort, autant de facteurs qui exigent de la surface pour de nouveaux logements. Certains avancent le chiffre de 400 000 par an, parfois encore plus. Pourrons-nous nous passer de toute artificialisation, faut-il absolument viser zéro artificialisation ?

Oui, si celle-ci est synonyme de dégradation du milieu et du vivant, mais ce n’est pas une fatalité. Nous pouvons aujourd’hui construire et créer de la richesse biologique, réguler le régime des eaux, contribuer à la qualité d’un paysage. Evitons, bien sûr, l’artificialisation brutale, mais ne nous interdisons pas quelques extensions, en leur imposant des exigences pour permettre aux sols de satisfaire plusieurs fonctions. Des logements agréables à vivre, économes en matériaux, en énergie, en carbone et en ressources naturelles, et qui offrent de bonnes capacités à infiltrer les eaux de pluie, retenir la matière organique et le carbone, produire de la biodiversité, y compris urbaine : voilà un objectif à assigner à tout nouveau projet. Ce sera sur des terrains « naturels », qu’il s’agira d’enrichir, ou des terrains « recyclés » qui seront ainsi réhabilités et rendus à la nature. Une ZAC « bio » sera plus riche biologiquement qu’un champ de maïs bourré d’engrais et compacté par des énormes engins, ou qu’une friche industrielle en déshérence. Soyons fermes, en revanche, sur toute artificialisation de terrains de haute productivité biologique.

Les sciences des milieux et le génie écologique qui en est issu nous permettent d’avoir de telles ambitions, sans alourdir le coût de l’opération ni les délais de construction. Faut-il encore adopter une démarche collaborative, où les différents professionnels pourront apporter leur savoir-faire au bon moment. La « main de l’Homme » n’est pas toujours mauvaise, certains paysages très artificiels sont en plus très accueillants à la vie sauvage.


Zéro artificialisation, oui, mais avec discernement

D’une part, il ne faudrait pas que le recyclage d’un sol déjà artificialisé suffise à obtenir un diplôme de bonne conduite écologique, il faut que le projet ait aussi des vertus propres. D’autre part, de nombreux terrains dits « naturels » ou « agricoles » sont très dégradés dans les faits. Une nouvelle artificialisation, bien pilotée, peut produire des effets bénéfiques, il ne faut pas s’en priver.



Commentaires

Aucun commentaire actuellement, soyez le premier à participer !

LAISSER UN COMMENTAIRE

ABONNEZ-VOUS !
Ce site respecte strictement la réglementation RGPD sur les données personnelles. Pour connaitre et exercer vos droits, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité
Reférencement gratuit

Référencez gratuitement votre société dans l'annuaire

Suggestions

Réseaux de chaleur : accélérer le développement pour répondre aux objectifs réglementaires

Réseaux de chaleur : accélérer le développement pour répondre aux objectifs réglementaires

Suivons l'évolution après avoir reçu les aides par le Fonds Chaleur l'impact sur les réseaux de chaleur pour accélérer le développement.


2021 et la Réglementation Environnementale : une année électrochoc ?

2021 et la Réglementation Environnementale : une année électrochoc ?

Suivons l'évolution de la RT 2012 à la future RE 2020, 2021 selon un calendrier mal adapté et incertain.


Récupération d’énergie en industrie - Une offre de solutions de plus en plus large et efficiente

Récupération d’énergie en industrie - Une offre de solutions de plus en plus large et efficiente

Découvrons l'offre de solutions présentée lors du Forum Fire 2020 avec le Cétiat et Alliance en Mars dernier.


Point officiel sur la prochaine réglementation environnementale 2020

Point officiel sur la prochaine réglementation environnementale 2020

La RE2020, prochaine réglementation environnementale, se précise. Découvrez les objectifs, le calendrier, le projet de label et les dernières infos sur le confort d été


Bilan du programme OBEC, objectif Bâtiment Énergie Carbone

Bilan du programme OBEC, objectif Bâtiment Énergie Carbone

Le programme OBEC qui avait pour objectif d'analyser ou des réaliser des projets de bâtiment sous l'angle énergie-carbone vient de publier son bilan.


Premier quartier urbain bas carbone à La Rochelle, Atlantech

Premier quartier urbain bas carbone à La Rochelle, Atlantech

Voici un retour d’expérience écoconstruction et mobilité durable à l’échelle du quartier : revivez la conférence sur le premier quartier bas carbone à La Rochelle, dénommé Atlantech.


Du bon usage de l’intermittence des énergies renouvelables

Du bon usage de l’intermittence des énergies renouvelables

Découvrons comment combiner les sources d'énergie complémentaires au moyen de centrales virtuelles.


2019, retournement remarquable sur les ventes des équipements de chauffage

2019, retournement remarquable sur les ventes des équipements de chauffage

Découvrez avec cette chronique le constat d'une diminution des ventes des appareils de chauffage à énergies fossiles alors que les pompes à chaleur et les chaudières bois sont en forte croissance


Logements sociaux bois-paille-passifs à Plainfaing dans les Vosges

Logements sociaux bois-paille-passifs à Plainfaing dans les Vosges

A Plainfaing dans les Vosges, des logements sociaux bois-paille passifs à haute performance environnementale ont été construits. Leur architecture sobre rappelle les fermes vosgiennes.


Pertinence et intelligence d’un label pour accompagner la RE 2020

Pertinence et intelligence d’un label pour accompagner la RE 2020

LA Réglementation Environnementale 2020 est au coeur des préoccupations des acteurs du bâtiment. Un label est également suggéré pour l'accompagner au mieux : qu'en penser ?


Solutions de climatisation saines et hygiéniques

Solutions de climatisation saines et hygiéniques

Une chronique à l’attention de ceux qui ont le choix et la responsabilité de l’investissement d’avenir pour un confort global et une qualité de vie durable.


Imaginons ensemble les bâtiments de demain. Les facteurs clés, première étape

Imaginons ensemble les bâtiments de demain. Les facteurs clés, première étape

Cet article présente le résultat d’un travail collectif mené au premier trimestre 2020 par le comité de prospective de la démarche « Imaginons ensemble les bâtiments de demain ».


Confort hiver et été avec radiateurs réversibles au design incomparable

Confort hiver et été avec radiateurs réversibles au design incomparable

Comment bénéficier d un confort été comme hiver tout en améliorant le design du lieu où chauffage et rafraîchissement sont installés ? Cinier offre une réponse unique


Limiter son empreinte carbone dans le secteur de la construction

Limiter son empreinte carbone dans le secteur de la construction

Cette chronique apporte un éclairage sur l'empreinte carbone dans la construction neuve et les impacts à l'échelle du quartier.


RE 2020 : les défis de la révolution de la construction

RE 2020 : les défis de la révolution de la construction

Prenons connaissance des défis relatifs à la construction et à la réglementation environnementale dite RE 2020