Génie écologique et zéro artificialisation

Par Dominique BIDOU, président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC France le 20 Mars 2020




Il s’agit des sols, une ressource limitée

Les statistiques sont nombreuses, qui nous inquiètent sur l’avenir de cette ressource à laquelle nous devons tant de bonnes choses. Une ressource limitée, qui nous donne l’assise nécessaire aux constructions, aux routes et chemins de fer, aux usines et aux commerces, à la production agricole, à la forêt, et à la biodiversité. Ajoutons à cette liste la capacité à séquestrer du carbone, à produire de l’énergie (biomasse, capteurs solaires), à digérer nos déchets organiques et à accueillir intelligemment l’eau de pluie, la stocker ou l’infiltrer selon les cas.


Imperméabilisation et artificialisation des sols

Dans l’histoire, il y a eu des guerres pour accaparer cette ressource. Aujourd’hui, nous observons une concurrence entre les différents usages des sols.

L’urbanisation entraîne l’imperméabilisation, et d’une manière générale l’artificialisation, celle qu’il faudrait arrêter d’urgence. Il y en a d’autres formes, comme l’agriculture qui transforme la nature sauvage, mais elle ne semble pas irréversible comme on le constate avec les constructions. Le délai de 3 ans imposé pour le passage au bio donne une idée du temps nécessaire pour retrouver une forme d’équilibre après artificialisation agricole. 3 ans pour reconstituer une richesse organique, ce ne peut être qu’un début, mais c’est une première étape significative qui marque une rupture sur la manière dont les sols sont considérés. Notons malgré tout que certains dommages sont difficilement réversibles, ou très lentement, érosion, salinisation, rémanence de produits toxiques bien après leur interdiction, etc.


génie écologique

L’urbanisation du quartier de la Défense à Paris, irréversible pour le sol et la biodiversité


L’extension urbaine, logements, activités et grandes surfaces en périphérie des villes notamment, revêt un caractère d’irréversibilité immédiatement perceptible. Il faudrait y ajouter la fragmentation des habitats naturels provoqué par la multiplication des voies de circulation. La France est mal notée par rapport à nos voisins européens. Nous consommons chaque année deux fois plus de sols que d’autres pays, aussi bien très denses que de faible densité de population.

L’alerte est ancienne et revient sur le devant de l’actualité à chaque grand projet, aéroport, centre d’activité, etc, ..., mais la progression de l’artificialisation est diffuse, pour ne pas dire sournoise. Elle semble inexorable.


La réaction s’appelle « zéro artificialisation des sols »

Récupérons les terrains abandonnés, les friches industrielles ou commerciales, densifions les villes en les renouvelant sur elles-mêmes, construisons plus haut. Bonnes résolutions, mais à mettre en œuvre avec doigté, car c’est notre mode de vie qui pourrait en souffrir. La composition des ménages, la « dé-cohabitation », le vieillissement, le besoin de confort, autant de facteurs qui exigent de la surface pour de nouveaux logements. Certains avancent le chiffre de 400 000 par an, parfois encore plus. Pourrons-nous nous passer de toute artificialisation, faut-il absolument viser zéro artificialisation ?

Oui, si celle-ci est synonyme de dégradation du milieu et du vivant, mais ce n’est pas une fatalité. Nous pouvons aujourd’hui construire et créer de la richesse biologique, réguler le régime des eaux, contribuer à la qualité d’un paysage. Evitons, bien sûr, l’artificialisation brutale, mais ne nous interdisons pas quelques extensions, en leur imposant des exigences pour permettre aux sols de satisfaire plusieurs fonctions. Des logements agréables à vivre, économes en matériaux, en énergie, en carbone et en ressources naturelles, et qui offrent de bonnes capacités à infiltrer les eaux de pluie, retenir la matière organique et le carbone, produire de la biodiversité, y compris urbaine : voilà un objectif à assigner à tout nouveau projet. Ce sera sur des terrains « naturels », qu’il s’agira d’enrichir, ou des terrains « recyclés » qui seront ainsi réhabilités et rendus à la nature. Une ZAC « bio » sera plus riche biologiquement qu’un champ de maïs bourré d’engrais et compacté par des énormes engins, ou qu’une friche industrielle en déshérence. Soyons fermes, en revanche, sur toute artificialisation de terrains de haute productivité biologique.

Les sciences des milieux et le génie écologique qui en est issu nous permettent d’avoir de telles ambitions, sans alourdir le coût de l’opération ni les délais de construction. Faut-il encore adopter une démarche collaborative, où les différents professionnels pourront apporter leur savoir-faire au bon moment. La « main de l’Homme » n’est pas toujours mauvaise, certains paysages très artificiels sont en plus très accueillants à la vie sauvage.


Zéro artificialisation, oui, mais avec discernement

D’une part, il ne faudrait pas que le recyclage d’un sol déjà artificialisé suffise à obtenir un diplôme de bonne conduite écologique, il faut que le projet ait aussi des vertus propres. D’autre part, de nombreux terrains dits « naturels » ou « agricoles » sont très dégradés dans les faits. Une nouvelle artificialisation, bien pilotée, peut produire des effets bénéfiques, il ne faut pas s’en priver.



Commentaires

Aucun commentaire actuellement, soyez le premier à participer !

LAISSER UN COMMENTAIRE

ABONNEZ-VOUS !
En validant ce formulaire, vous acceptez que les informations saisies soient transmises à l’entreprise concernée dans le strict respect de la réglementation RGPD sur les données personnelles. Pour connaitre et exercer vos droits, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité
Reférencement gratuit

Référencez gratuitement votre société dans l'annuaire

Suggestions

Bilan 2023 des ventes d'équipements de CVC : il y a des chiffres positifs !

Bilan 2023 des ventes d'équipements de CVC : il y a des chiffres positifs !

Bilan 2023 : Ventes d'équipements de CVC en hausse ! Découvrez les chiffres positifs et les tendances du marché.


Capture et stockage du carbone : le «technosolutionnisme» avance à grands pas …

Capture et stockage du carbone : le «technosolutionnisme» avance à grands pas …

Essayons de dresser un état des lieux sur la capture et la séquestration du carbone qui fait son petit bonhomme de chemin.


Coup de projecteur sur les innovations « solutions techniques » d’EnerJ-meeting Paris 2024

Coup de projecteur sur les innovations « solutions techniques » d’EnerJ-meeting Paris 2024

Découvrez les dernières avancées technologiques au cœur d’EnerJ-meeting Paris 2024. Explorez les solutions techniques qui façonneront l’avenir de l’industrie du bâtiment.


Géothermie de surface avec pompe à chaleur, études et innovations

Géothermie de surface avec pompe à chaleur, études et innovations

Découvrez les dernières avancées dans le domaine de la géothermie de surface, où les pompes à chaleur (PAC) exploitent la chaleur du sous-sol.


Nouvel arrêté végétalisation et production d’EnR pour une toiture d’immeuble

Nouvel arrêté végétalisation et production d’EnR pour une toiture d’immeuble

Arrêté du 19 Décembre 2023 portant application de l'article L. 171-4 du code de la construction et de l'habitation.


La maison de l'innovation du groupe La Poste, HQE « EXCELLENT », E+C-, OSMOZ, BIODIVERCITY ET R2S

La maison de l'innovation du groupe La Poste, HQE  « EXCELLENT », E+C-, OSMOZ, BIODIVERCITY ET R2S

Le parc immobilier de la poste est considérable avec plus de 9 000 immeubles et 6 millions de mètres carrés.


Construire et rénover : 1. Sobriété - 2. Efficacité - 3. Décarbonation, venez échanger à EnerJ-meeting Paris

Construire et rénover : 1. Sobriété - 2. Efficacité - 3. Décarbonation, venez échanger à EnerJ-meeting Paris

EnerJ-meeting Paris, le grand rendez-vous de toute la filière des décideurs du bâtiment fait peau neuve au Carrousel du Louvre le 6 Février 2024


Chauffage hybride de logements collectifs avec pompe à chaleur et chaudière

Chauffage hybride de logements collectifs avec pompe à chaleur et chaudière

Cette expertise vise à optimiser les performances énergétiques des logements collectifs en combinant chaudières à gaz naturel et pompes à chaleur, en réponse aux normes réglementaires et aux e


« Sans transition » ... et surtout sans se raconter d’histoires car il n’y a pas de transition énergétique

« Sans transition » ... et surtout sans se raconter d’histoires car il n’y a pas de transition énergétique

Selon les premières interviews de Jean-Baptiste Fressoz, l'auteur dévoile comment matières et énergies s’accumulent.


Performances et traitement des installations de chauffage

Performances et traitement des installations de chauffage

Sentinel partage son savoir-faire quant à l'optimisation du chauffage et de l'eau chaude sanitaire (ECS)


Déshumidification de locaux et déshumidification de piscines

Déshumidification de locaux et déshumidification de piscines

Explorer les solutions de déshumidification pour locaux et piscines, pour un contrôle efficace de l'humidité.


Interviews sur les innovations du marché lors d’EnerJ-meeting Paris 2023 : suite et fin

Interviews sur les innovations du marché lors d’EnerJ-meeting Paris 2023 : suite et fin

Découvrons lors d’EnerJ-meeting Paris 2023 les interviews d’industriels et start-up qui innovent pour la filière.


Rénovation énergétique des bâtiments : quels besoins de main-d’œuvre en 2030 ?

Rénovation énergétique des bâtiments : quels besoins de main-d’œuvre en 2030 ?

Dans le secteur de la construction, d’ici 2030 une estimation de créer 170 à 250 000 emplois supplémentaires dans la rénovation énergétique des bâtiments.


Concertation sur la décarbonation des bâtiments

Concertation sur la décarbonation des bâtiments

Le SYNASAV a contribué à la concertation sur la décarbonation du secteur du bâtiment. Voici ce qu'il convient d'en retenir


Décarboner à tout prix le bâtiment aura-t-il un prix ?

Décarboner à tout prix le bâtiment aura-t-il un prix ?

Voici la réflexion de la filière du PBD et du CSTB établie en début d'année sur la Feuille de route décarbonation du cycle de vie du bâtiment .