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Le commissionnement, pour une qualité durable du bâtiment

Par Pascale Renou
Journaliste J3E, avec la contribution de René Cyssau, consultant équipement du bâtiment, ex-ingénieur en chef du Costic

« C'est une erreur de penser que lorsque les équipements sont posés l'installation est terminée. Au contraire, c'est là que commence le travail intelligent. » À travers cette remarque, Pascal Payet, entrepreneur en génie climatique (1), rappelle l’importance du commissionnement, une prestation qui devrait être naturelle pour ne pas dire indispensable dans le bâtiment.

Chaudières gaz

À sa réception, un bâtiment peut présenter des qualités environnementales visibles par son architecture et ses matériaux, mais sa consommation d’énergie, elle, ne le sera pas. Seul le gestionnaire, après une période d’exploitation, sera en mesure de constater le coût de l’exploitation et de la maintenance sur le plan énergétique. Cette connaissance de la performance du bâtiment a posteriori est évidemment un risque lorsque l’on sait que les dépenses de fonctionnement cumulées sur une période de 30 à 40 ans atteignent 3 à 4 fois le coût d’investissement, ou que le surdimensionnement des équipements dégrade l’efficacité énergétique. Pour Jean-Louis Plazy, de l’Ademe, il est clair aujourd’hui que « les réalisations médiocres et les suivis approximatifs des installations n’ont plus leur place dans le champ du développement durable. La gestion optimale doit faire partie de la motivation des maîtres d’ouvrage. »

Mais comment être assuré de la qualité de fonctionnement et de la performance énergétique d’un bâtiment ? En s’appuyant sur le commissionnement, répond René Cyssau, consultant équipement du bâtiment (2).

Un processus connu mais trop souvent escamoté

Réglages

Dans les années 1990 il a été reconnu que la qualité des réalisations devait s'améliorer, et en particulier celles du génie climatique, explique cet expert dans un article paru sur le site Xpair.com (3). Des réglages de température, de renouvellement d'air, des sensations de courant d'air… ont des effets sensibles sur les occupants d’un bâtiment. Les premiers référentiels portaient sur la mise au point et la vérification de la réception des installations. « Sur le constat que la qualité ne s'instaure pas qu'aux étapes finales, le commissionnement de l'ensemble du processus, sous le pilotage direct ou indirect du maître d'ouvrage, est apparu nécessaire. Il a été reconnu comme un processus nécessaire pour l'efficacité énergétique des bâtiments. »

Et par commissionnement il faut comprendre l’ensemble des tâches qui vont permettre de mener à terme une installation afin qu’elle atteigne le niveau des performances contractuelles et de créer les conditions pour les maintenir. L’objectif est d’avoir un résultat en rapport avec l'expression des besoins exprimés par le maître d’ouvrage. Il s’agit in fine d’une démarche qualité, et c'est principalement la performance énergétique des systèmes qui est recherchée.

En France, le concept est connu mais insuffisamment appliqué et le constat est que beaucoup de défauts de qualité d’installation sont dus à un commissionnement passé sous silence ou bien escamoté parce que le retard pris dans l’exécution des travaux a réduit d’autant la durée de cette démarche. Le coût, qui dépend évidemment beaucoup de la technicité et de la taille d’une réalisation, est également un frein alors que le commissionnement est reconnu comme source d’économies. Un paradoxe !

Un coût intégré à celui d’une installation

Les tâches du commissionnement sont vastes et multiples. Raison pour laquelle elles doivent être identifiées précisément dans le cahier des charges, et leurs coûts chiffrés par les professionnels qui répondront à l’appel d’offres.

Le maître d’ouvrage sera bien inspiré de prendre des précautions vis-à-vis des réponses qui ne chiffrent pas ces missions ou les sous-évaluent. Dans le Mémento du commissionnement (4), le Costic cite un exemple instructif à ce sujet : « En réponse à un appel d’offres pour équiper un bâtiment de 250 PAC sur boucle d’eau, une entreprise a indiqué deux jours pour la mise au point ; une autre à prévu un mois et demi. C’est cette dernière qui a été retenue, malgré la différence de prix. Le maître d’ouvrage savait qu’une mise au point complète devait être menée et que, en la menant après la livraison, elle serait plus coûteuse. »

Il est donc nécessaire que le commissionnement soit « une clause du CCTP qui précise les limites des prestations demandées à l’entreprise et que celle-ci n’ait pas honte de les vendre », insiste Pascal Payet.

Engager le processus à partir d’un CCTP fonctionnel

Ce commissionnement « étendu » à toutes les étapes d’une réalisation, comme un processus assurant la conformité du résultat à l'expression des besoins, vise en premier lieu la qualité d'exploitation. « L'objectif est bien que la gestion technique du bâtiment (GTB) ne se heurte pas à des difficultés de terrain pour pouvoir délivrer la performance attendue », souligne le Costic. Pour cela, le maître d'ouvrage doit engager le processus par un cahier des charges fonctionnel. Et par fonctionnel, entendez : « qui formule le besoin en décrivant les fonctions qui contribuent aux services et les contraintes auxquelles ils seront soumis. »

Pour un système de GTB, par exemple, le CCTP peut stipuler :

- les matériels et les câblages sont en place, vérifiés, mis au point et documentés ;
- les fonctions d’acquisition des données sont opérationnelles ; tous les points physiques sont bien affectés aux fonctions logiques qui leur correspondent ;
- les régulateurs et automatismes sont opérationnels et mis au point ;

Une désignation laconique telle que « L’installation fera l’objet d’un processus de commissionnement » n’engage pas sur des tâches à réaliser. Attention donc aux appels d’offres qui conduisent à des prestations insuffisantes et donc à des risques de surcoûts qui viendront au cours de l’exploitation et de la maintenance et seront les plus lourds.

Clairement précisé dans ces phases préparatoires, le commissionnement permettra de mener dans les meilleures conditions toutes les missions de mise en service et de mise au point post-réalisation. Bien sûr, certaines mises en service ne pourront pas être menées avant la réception, faute de connaître les conditions réelles d’occupation et d’exploitation des locaux et des installations techniques. Il faudra donc adapter le fonctionnement aux usages dans les mois suivant l’installation des occupants. Il peut y avoir un délai entre la réception du bâtiment et l’entrée des usagers dans les lieux… Ces ajustements doivent être prévus dans la mission de commissionnement.

Une documentation organisée et suivie

Enfin, et ce n’est pas un détail, une des missions du commissionnement sera de fournir la documentation et les informations qui accompagneront l’installation livrée :

- documents techniques pour le maître d’ouvrage, le gestionnaire administratif, le gestionnaire technique, l’exploitant et l’équipe de maintenance ;
- information et formation adaptées aux usagers.

Des dossiers constitués de documents photocopiés, sans organisation, risquent d’être insuffisants et nécessiter une reprise coûteuse et très lourde pour mettre en place un traitement informatisé ultérieur, comme la GMAO, par exemple. La qualité, ici aussi, sera gage d’économies ultérieures.

Les prestations qui font le commissionnement peuvent bien se placer dans les procédures actuelles des marchés, affirme le Costic. Étant donné les inadéquations trop fréquentes en tertiaire, une telle discipline serait souhaitable, note pour sa part Roger Cadiergues, ex-directeur du Costic, sur le site Xpair.com : « Contrairement aux opinions courantes, c'est une source d'économies et non pas de dépenses supplémentaires. »

Commissionning : documents utiles

Plusieurs documents peuvent être référencés dans les marchés ou appliqués par les intervenants BET et entreprises. Ils peuvent être utilisés comme guides pour mener les missions afin de mettre en place le système de GTB et faciliter la gestion technique :

  • Cahier des charges fonctionnel pour la GTB, téléchargeable sur www.Xpair.com .
  • Norme Afnor NF EN ISO 16484-1, Systèmes d'automatisation et de gestion technique du bâtiment (SGTB). Cette norme traite des phases de conception, d'installation et d'achèvement des systèmes de régulation et de GTB.
  • Norme Afnor NF EN 15232, Performance énergétique des bâtiments - Impact de l'automatisation, de la régulation et de la gestion technique. Cette norme permet de guider des choix de fonctions en qualifiant l'impact de la régulation et de l'automatisation sur la performance énergétique des bâtiments.
  • Guides de Mise au point (MAP) ; série d’ouvrages pratiques rédigés par le Costic en collaboration avec l’AICVF.
  • Norme Afnor NF EN 14336 - Systèmes de chauffage dans les bâtiments - Installation et commissionnement des systèmes de chauffage à eau.

À noter enfin que le groupe de travail ISO 205, Conception de l’environnement intérieur des bâtiments, a récemment élargi son domaine d’activité pour inclure le commissionnement ; un groupe de travail dédié a été créé.

Un mémento destiné à tous ceux qui traitent la performance des équipements techniques des bâtiments. Préparé par les professionnels du génie climatique, il donne des indications aux maîtres d’ouvrage pour établir leurs demandes auprès des professionnels capables d’assurer les prestations qui font les installations performantes.

Téléchargez gratuitement le guide Mémento du commissionnement sur le site du Costic : Memento du commissionnement

Par Pascale Renou
Journaliste J3E, avec la contribution de René Cyssau, consultant équipement du bâtiment, ex-ingénieur en chef du Costic

→ Sources et liens :

(1) Extrait du point de vue de Pascal Payet, Mémento du commissionnement, publié par le Costic.
(2) René Cyssau est consultant équipement du bâtiment, ex-ingénieur en chef du Costic, il est l'auteur d'ouvrages techniques et a été rédacteur en chef de la revue Promoclim. Il a également présidé à l'élaboration de normes européennes, comme NF CEN/TS 15810.
(3) « Commissionnement et gestion technique, un mariage pour tous ! », article de René Cyssau paru sur le site www.Xpair.com, le 1er février 2013.
(4) Mémento du commissionnement publié par le Costic, en collaboration avec la FFB, l’Ademe, le Fonds social européen et l’AICVF.
(5) http://www.3egroup.fr

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