BEPOS, c'est la solution collective qui est la plus intelligente

Par Alain MAUGARD, président de QUALIBAT le 30 Septembre 2013



La notion de bâtiment à énergie positive est nécessairement collective comme nous allons le voir. Le BEPOS attaché uniquement au bâtiment, s’il est un passage obligé pour avancer dans la dynamique de l’action n’est qu’une étape, c’est bien la notion de BEPOS à l’échelle collective qui présente le plus d’intérêt. Ainsi le BEPOS à l’échelle du bâtiment est nécessaire à la compréhension des enjeux et opportunités, cependant nous allons démontrer que c’est la solution collective BEPOS qui est encore plus pertinente.

Ce changement d’échelle, nous amènera à l’échelle de l’ilot, puis du quartier et ensuite de la ville et de son environnement proche. Ce changement d’échelle au préalable lié à l’ilot de bâtiments et du quartier, comment est-il venu ?



Le bâtiment de type BEPOS ne peut être isolé, il est lié au transport

La première idée est naturellement venue dès lors que nous avons senti que l’analyse énergie/environnement du bâtiment ne pouvait être isolée des transports ; transports automobiles individuels, transports en commun et transports doux (à pied et à vélo). 

Les transports en commun concernent largement le quartier. Ils desservent par des arrêts judicieusement implantés des lieux caractéristiques du quartier et de la ville, de par leurs activités et leurs typologies. Les transports en commun relient ainsi les quartiers les uns aux autres. Les investissements de transports en commun sont rattachés aux nécessités des quartiers, eux-mêmes organisés en ilots et en zones à desservir. La ville pilotant cette organisation. Nous nous apercevons dès à présent que le BEPOS dans la cité et particulièrement dans les zones denses, est lié irrémédiablement à l’organisation des transports.


La différence de typologie des bâtiments est une richesse, pourquoi ?

C’est la deuxième grande idée qui ne limite pas le BEPOS au seul bâtiment, et qui fait évoluer le BEPOS à un mode collectif de fonctionnement.

Les différentes typologies de bâtiments que nous retrouvons fréquemment dans la ville permettent des complémentarités énergétiques riches de sens et d’utilisation.

Il y a des bâtiments de natures différentes, de type bureaux et de type logements, dont  l’occupation n’est pas simultanée et avec un usage fort complémentaire sur le plan énergétique. En fin de journée je peux avoir un bâtiment de  bureaux qui dispose de chaleur excédentaire qui pourrait être restituée vers les logements lorsque les occupants arrivent le soir pour les réchauffer plus vite. Ainsi, la complémentarité entre les bâtiments entre eux par le biais d’échanges de chaleur mais également d’électricité est un plus dans la préservation et l’optimisation des énergies. C’est une facilité « à disposition » afin de rendre une zone à typologies différentes plus facilement « BEPOS ».

Autre exemple, dans la journée un logement inoccupé peut produire de l’électricité photovoltaïque qui pourrait être délivrée aux bureaux à proximité pour l’éclairage, pour leurs ordinateurs, pour leurs usages décalés. Par ailleurs, que fait-on de l’électricité qui serait disponible sur le toit d’une école en période de vacances scolaires ? Nous nous apercevons ainsi que l’idée de complémentarité entre les différentes typologies de bâtiments qui ont des usages différents, des intermittences différentes, est d’un énorme potentiel et peut générer un surplus, pour tout le monde qui veut bien en profiter.

La mixité neuf et ancien au sein d’une même typologie facilite la réalisation de BEPOS

Au sein d’une même typologie autour de l’articulation de bâtiments neufs au milieu de bâtiments existants, nous trouvons un potentiel de BEPOS à exploiter.

C’est le cas avec des logements neufs qui s’implantent au sein d’un environnement de bâtiments anciens. Supposons le cas où vous avez un bâtiment à construire qui doit être BEPOS. Ce bâtiment de type R+6, par exemple, dispose d’une toiture pour 7 niveaux et ne pourra recevoir qu’une capacité réduite de cellules photovoltaïques rapportée à la surface habitable. Cependant, le fait d’être situé au sein d’un ilot de bâtiments existants avec des toits à couvrir, signifie que nous pouvons créer une organisation collective BEPOS à l’échelle des bâtiments anciens avoisinants. Les toits des garages et hangars mieux exposés qui pourraient se situer à proximité de l’immeuble neuf seront des emplacements judicieux pour générer de l’électricité photovoltaïque. Ainsi est créée une communauté qui partage à plusieurs le droit de produire de l’énergie positive.

Avec les réseaux de chaleur, l’intérêt est le même et nous pouvons échanger et produire de la chaleur au sein des différents bâtiments de l’ilôt ; et ainsi créer une coopérative de consommateurs de chaleur et d’électricité qui profitera des avantages d’une centrale d’achat afin de négocier des prix d’énergie moins chers de la même manière on pourra fédérer les productions d’énergies renouvelables de façon collective telles que solaire thermique, géothermie, photovoltaïque, biomasse, miniéolien.


Des coopératives d’énergie pourront être créées pour un objectif de BEPOS collectif

Acheter, produire et vendre de l’énergie « à plusieurs » est loin d’être une utopie. D’où des missions d’ingénierie nouvelles extraordinaires qui verront le jour prochainement. Des acteurs comme Bouygues immobilier par exemple, se préoccupent de telles organisations en coopérative de vente et en coopérative achat d’énergie pour leurs programmes immobiliers. Est-ce que nous avons les bases juridiques suffisantes pour le faire ou faut-il de nouveaux règlements, de nouvelles lois ? Il peut leur arriver que dans un même quartier, une même ZAC, ils construisent plusieurs bâtiments BEPOS. Ne pourraient-ils pas alimenter aussi d’autres logements à venir et alimenter également des bâtiments publics ? Agir en fait en prestataire de services pour les copropriétés, pour un ilot de bâtiments, voire pour le quartier ? Et produire une énergie à vendre ou redistribuer au même titre que s’effectue la vente d’autres services : téléphone, internet, … ; donc se dessine l’idée qu’au niveau d’un ilot ou d’un quartier, peuvent se créer des communautés coopératives qui engendrent des échanges et optimisent un réseau de chaleur et d’énergie en général. Nous découvrons ainsi la nécessité des réseaux locaux intelligents : Smart grid et Smart réseaux de chaleur.

Ce qui vous attend pour la prochaine chronique ?

Le BEPOS isolé a un intérêt pédagogique,  réglementaire et approprié à la construction isolée. Cependant, en zone dense, c’est le BEPOS collectif qui se distingue d’un intérêt économique pour la communauté d’immeubles, au sein d’un ilot de bâtiment ainsi que de tout un quartier. C’est ce que nous allons voir prochainement.

Alain Maugard


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