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Une Génération BEPOS dans la foulée de la RT 2012 ?

15 Avril 2013

Par Alain Maugard – Président de QUALIBAT

Au départ le BEPOS était dépourvu d’autonomie !

Le BEPOS était ainsi défini dès 2005 comme un bâtiment à énergie positive qui produisait plus d’énergie qu’il n’en consommait, cependant dépourvu d’autonomie (c’est-à-dire que toute la production d’énergie est envoyée sur le réseau et toute la consommation à énergie est prise sur le réseau : en clair, rien n’est autoconsommé). Nous ne pouvions imaginer à l’époque que cette restitution systématique de la production pouvait poser des problèmes à EDF. L’électricité ne se stocke pas et il faut donc qu’à tout moment l’offre et la demande s’équilibrent. S’il y a trop de demande et pas assez d’offre cela conduit à la coupure d’électricité. D’un autre côté, s’il y a trop d’offre d’électricité et une demande faible, c’est le dysfonctionnement assuré. Face à cela EDF avait et a toujours des solutions pour équilibrer le réseau ; et ce dans les 30 secondes. Pour l’anecdote, EDF gère ses équilibres dans un poste central qui intervient en déclenchant par exemple une décharge hydraulique d’un barrage quelconque. Celui-ci générera immédiatement la production d’électricité qui palliera à la demande. Bien évidemment, à certains moments il faut intervertir le procédé et absorber le surplus d’énergie que le réseau électrique peut avoir, la demande n’étant pas suffisante. Il est possible alors de fonctionner à l’envers et remplir le barrage en utilisant l’énergie en surplus.


Ainsi à l’époque, nous avions considéré l’obstacle comme surmontable. Le BEPOS était donc viable eu égard aux infrastructures d’EDF. Le BEPOS était alors validé et lancé.

Pour préciser les échanges et débats que nous avions eu entre experts, la production d’énergie n’était pas obligatoirement photovoltaïque électrique. Elle pouvait être éventuellement éolienne électrique ou venir de la biomasse qui était une piste préconisée par l’ADEME et qui donnait de l’autonomie au BEPOS.


Comment le BEPOS s’est-il raccroché immédiatement au Grenelle de l’Environnement ?


Au moment où se lançait le Grenelle en Juillet 2007, le ministre Jean-Louis Borloo nous avait fait venir dans son bureau avec les représentants de la filière bâtiment, en l’occurrence la FFB, les promoteurs, les architectes, l’ingénierie, les industriels,…  Apparemment préparé, il nous demande si nous étions capables de réaliser des bâtiments à énergie positive ? Le président de la FFB, Christian Baffy, également préparé, répond oui ! Le ministre Borloo réagit immédiatement à cette déclaration et demande aussitôt de préparer pour le 1er Janvier 2008 une réglementation visant à réaliser des bâtiments à énergie positive. Réaction unanime dans la salle : c’est impossible immédiatement, laissez nous le temps…  Il était trop tard, le ministre Jean-Louis Borloo avait gagné et il n’était plus question de remettre en cause le principe du BEPOS, mais de savoir quand il pouvait être appliqué et avec quel échéancier ?


Avant de mettre en place le bâtiment à énergie positive, il s’agissait de mettre en place au préalable une nouvelle réglementation thermique permettant de réaliser un bâtiment économe en énergie, et de monter d’un cran significatif par rapport à la réglementation 2005. C’était la naissance de l’actuelle réglementation RT 2012, avec comme ligne de mire le bâtiment à énergie positive à l’horizon 2020. À l’époque, les politiques étaient plutôt favorables pour une réglementation en 2010 (RT 2010), et la profession plus favorable à une application en 2015. Le compromis a été 2012, comme mentionné dans la loi Grenelle 1. Cette loi mettait en perspective la venue de la réglementation 2012, et ensuite le bâtiment à énergie positive avec la RT 2020. Cette loi avait un caractère unique car elle fut votée à une majorité écrasante avec les voix de l’opposition (sauf quatre députés verts extrêmement écologistes qui se sont abstenus estimant que nous n’allions pas suffisamment loin encore).

BEPOS, oui !  Mais dé-carboné ?

La question qui était soulevée était la question carbone. Le Grenelle de l’environnement était un Grenelle de lutte contre l’effet de serre, et non pas un Grenelle de l’énergie. La question demeurait : comment lutter contre l’effet de serre ? La réponse prospective du BEPOS était nécessairement une réponse « déviée », car nous ne parlions que de préservation d’énergie et de production positive d’énergie. Bien évidemment si nous voulons lutter contre l’effet de serre, un bâtiment qui consomme peu est déjà une première réponse majeure.


Certes, la production par les énergies renouvelables faisait partie du concept BEPOS. Atteindre le niveau de l’énergie positive ne pouvait s’obtenir que grâce aux énergies renouvelables. Il n’était pas question de parler de BEPOS grâce  à des énergies non renouvelables.


Cependant, nous n’avions pu nous mettre d’accord sur le fait que le BEPOS serait obtenu d’une manière dé-carbonée. Pourquoi ? Car à l’époque, nous bloquions sur le contenu carbone des différentes énergies. L’électricité dans son mix énergétique même à 75 % d’origine nucléaire, est-elle une énergie totalement dé-carbonée ? Quel est l’impact carbone de l’énergie gaz ? Et même question pour le fioul. Pour l’électricité, « énergie de chauffage typiquement française », l’impact carbone n’est pas neutre et l’enjeu est tel qu’il  a été très problématique de se mettre d’accord sur le contenu carbone de l’électricité.


Nous le savons, celui-ci est très variable en fonction du moment « où je consomme de l’électricité ». Il y a des moments où l’électricité est très carbonée, notamment pour répondre à des périodes de pointe lorsque sont mis en service les centrales au fioul ou au gaz. En régime de croisière quand électricité n’est que nucléaire, elle est peu carbonée. Enfin, si l’électricité est produite avec utilisation des barrages hydrauliques, alors elle est dé-carbonée et renouvelable. Et nous voyons bien que ça n’a que peu de sens de parler d’un coefficient carbone propre à l’électricité puisque celui-ci varie constamment en fonction des énergies primaires mises en jeu pour produire l’électricité ! Il faudrait faire autant de coefficient carbone que de périodes distinctives différenciant l’origine de l’électricité.


Lors du vote de la loi Grenelle, on n’a pu préciser complètement le BEPOS que l’on voulait. Le BEPOS à réaliser à l’horizon 2020 doit présenter un bilan énergétique en kilowatts heure, positif sur toute l’année grâce aux énergies renouvelables ; le bilan carbone passant en deuxième plan.  Ainsi, la question de l’énergie carbonée ou dé-carbonée a donc été évacuée au niveau politique car trop complexe à cerner à l’époque. Ainsi, nous constatons que le débat sur le Grenelle de l’environnement a été initié avec des causes environnementales effet de serre, c’est-à-dire de limitation des émissions de carbone, et qu’il conclut à des objectifs de maîtrise de l’énergie avec le bâtiment à énergie positive où le carbone n’est pas pris en compte !


Signalons tout de même que cela a été la position française, et que dans d’autres pays notamment en Angleterre, il était question de réaliser des bâtiments « à zéro carbone ». Les Anglais avaient traité le sujet peu après nous et s’étaient concentrés sur les objectifs internationaux de limitation de gaz à effet de serre et donc d’émission de carbone.


Actuellement, nous continuons le questionnement avec un débat lié à l’énergie, celui de la transition énergétique. Des contradictions avalisent encore cet amalgame. Par exemple, certains Verts sont antinucléaires alors que le nucléaire est une énergie faiblement carbonée. C’est donc le courant de pensée antinucléaire amplifiée par l’effet récent de Fukoshima qui prévaut sur les objectifs de lutte contre l’effet de serre. Néanmoins, le BEPOS qui est né à l’époque du grand débat de l’effet de serre demeure une solution très pertinente dans le débat d’aujourd’hui sur la transition énergétique.

Le BBC a été atteint facilement, pourquoi pas le BEPOS ?

Le BEPOS étant positionné comme objectif moyen terme, le bâtiment basse consommation BBC devient la référence de la réglementation 2012. Même avant son application obligatoire, nous nous sommes aperçus que le niveau BBC était atteint relativement facilement. De nombreux bâtiments BBC ont été réalisés. La réglementation 2012 s’est mise progressivement en place ; elle est généralisée depuis le 1er Janvier 2013, certes avec quelques problèmes de mises en application mais ceux-ci sont totalement surmontables.


Rendons nous compte que nous avons divisé quasiment par trois la consommation par rapport à l’ancienne réglementation thermique. En moyenne, nous sommes passés de 130 kWh/m2/an à 50 kWh/m2/an de consommation d’énergie primaire. Aujourd’hui, le niveau conventionnel des 50 kWh/m2/an n’est aucunement remis en question, et les bâtiments réalisés dépassent assez souvent cet objectif. Nous sommes donc arrivés à réaliser du BBC sans grand obstacle. L’ensemble des industriels ont accepté l’ambition et ont adapté leurs offres de produits. Les entreprises de gros œuvre ont su mettre en œuvre les dispositifs d’isolation et d’étanchéité à l’air, limiter les ponts thermiques, installer des fenêtres très performantes, bref trouver les solutions passives performantes. Pour la partie active, les équipementiers ont adapté leur chaudière, amplifié la gamme des pompes à chaleur et des échangeurs de chaleur, et développé des régulations et des systèmes de ventilation performants.


Il y a eu comme conséquence, non pas une révolution industrielle, mais une adaptation en douceur des équipements et des méthodologies de construction, et cela même en avance par rapport aux prévisions. La RT 2012 aurait pu être une RT 2011 ! Nous aurions presque pu aller plus vite et plus loin, mais pour cela des labels vont se mettre en place progressivement. Soyons attentifs à ce que les bâtiments présentent également le confort climatique souhaité ; pour cela les retours d’expériences nous sont précieux ! Certes, nous n’échapperons pas, au début, à certains désordres de construction, et les contrôles ne vont pas systématiquement s’effectuer, et certains en profiteront mais nous y arriverons,… . Par ailleurs, face à cet objectif vertueux, nous assisterons à une montée en compétence et à une élévation de la qualité des entreprises du bâtiment et de la maîtrise d’œuvre. C’est ce que j’appellerai un ajustement positif.

Quant aux surcoûts BBC, ils ont été quasiment absorbés par l’offre industrielle et par la qualité de la conception architecturale désormais bioclimatique.


Alors pourquoi ne pas commencer à réaliser du BEPOS dès maintenant ? Que nous manque-t-il ? Nous maîtrisons incontestablement la consommation, n’est-il pas temps, huit ans auparavant, de lancer l’offre industrielle ?


C’est ce que nous verrons lors de notre prochaine chronique !

Alain Maugard


Commentaires

  • Romain
    10/05/2013

    Tout à fait d'accord concernant la lourdeur administrative de ces réglementations mais a-t-on trouvé un meilleur moyen pour tirer les professionnels du bâtiment vers le haut (je ne mets pas tout le monde dans le même sac mais les plus gros sont les pires) ? Stop aux constructions bas de gamme et sans le moindre bon sens !!! le bioclimatisme et une isolation bien pensée ne coûtent pas plus chers et permettent d'atteindre facilement les exigences de la RT 2012. Prenons exemple sur nos voisins allemands avec un seul mot d'ordre : le PRAGMATISME !!! Ils ont su développer les filières économiques nécessaires (triple vitrage par exemple, photovoltaïque, isolants, VMC...), standardiser leurs constructions et le résultat aujourd'hui, ils construisent mieux que nous, moins cher et en plus ils nous vendent leurs produits!!! Stop aux branlettes de cerveaux (comme le débat sur la transition énergétique), regardons ce qu'il se fait de mieux à l'étranger, copions et agissons ! La croissance sera verte ou ne sera pas...

  • allan
    15/04/2013

    Oui très bien, très beau ! Sauf que la profession est lassée de cette usine à gaz réglementaire (oui je dis bien réglementaire car la réalité est loin derrière) qu'est la RT 2012 ! Nous n'avons que faire d'un modèle BEPOS dont nous savons tous qu'il ne s'agit que d'un modèle réglementaire autrement dit administratif qui se défend de rechercher la réalité physique, et qu’en réalité les résultats seront tout autres. La transition RT2012 était facile et vous en tirez gloire ! bien sur puisque il a été introduit dans les moteurs de calcul du CSTB des paramètres suffisamment viciés pour y arriver. Dans ces conditions nous atteindrons également facilement le BEPOS (aussi faux que le BBC à 50 kW.hep/(m2 an) et personne pour contredire puisque plus personne n’y comprendra plus quoi que ce soit. Gloire à vous !

  • claude
    15/04/2013

    J'entends dire par des élus et par des collègues artisans (une rumeur sans doute) que la RT 2012 pourrait être remise en question. Carrément! Il n'y aurait pas assez de permis de construire en cours depuis le début de l'année. Le coût de la mise en œuvre supplémentaire étant encore trop fort pour l'acheteur moyen, celui-ci préfère temporiser ou acheter déjà construit, donc hors obligations RT 2012. Si on ne peut pas revenir en arrière, peut-on octroyer un délai d'application? Le problème est de taille dans ma région, ce n'est pas une vue de l'esprit.

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