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Économie circulaire, bâtiment biosourcé : la construction se met au vert

18 Juin 2019

Par Bernard Reinteau - Journaliste en Presse Bâtiment



Marginal il y a peu, le bâtiment biosourcé adopte un contour plus précis et embarque décideurs politiques et professionnels de la construction.



Effet de mode, surf sur la « grande peur » du retournement environnemental … Le signal du grand départ semble avoir été donné par les articles 14 et 144 de la loi de la transition énergétique d’août 2015. Ces textes ont fait entrer la notion du biosourcé dans le vocabulaire du secteur de la construction. Désormais, elle raisonne de manière puissante.

Le sujet n’est pas neuf. La demande d’un retour du bois, du chanvre ou de la terre crue dans la construction remonte à plus d’un demi-siècle. Historiquement, elle s’explique par un phénomène de retour de balancier des plus classiques.



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Hôtel Jo&Joe à Gentilly à ossature bois - Source architecte JP Viguier


Une économie du minéral

Au cours des années 50 à 70, la reconstruction a rassemblé les moyens techniques lourds et jugés les plus efficaces pour répondre aux besoins de logements : ciment, granulats de carrières, produits métallurgiques pour les armatures … La filière construction structurée durant ces années s’est confortablement installée dans une économie du minéral totalement en déphasage avec les pratiques précédentes. Jusqu’à la fin des années 30, le bois et la pierre régnaient en maîtres. Et hors des villes, le bâti traditionnel utilisait encore le torchis – paille, chanvre, terre et chaux. Au début du 20e siècle, les matériaux minéraux bruts, sans transformation thermique ou chimique comme le béton, et biosourcés formaient pratiquement les deux tiers des composants des constructions. Désormais, leur part est de 20 à 25%. Compte tenu de l’augmentation des volumes consommés, le recul prend encore plus d’ampleur.

Rapprochée des besoins énergétiques nécessaires, cette observation s’est rapidement transformée en véritable prise de conscience. Car le passage au tout minéral – qui en très peu de temps, s’est généralisé sur le globe – demande une importante consommation d’énergie – produire le ciment, produire les aciers – exploite les ressources non renouvelables en carrières et impose une infrastructure considérable pour répondre au besoin du marché au meilleur coût.

Rapidement, les tenants de la construction biosourcée ont tiré l’alarme : trop d’énergies fossiles consommées, trop de matières non renouvelables extraites du sous-sol ou du lit des rivières. Mais, depuis quelques années, trois principaux arguments viennent réveiller ces vieux slogans : primo, les informations sur les tensions répétées sur les marchés du sable ou des granulats ; deuzio, la mise en évidence au niveau mondial de l’impact de la construction au regard du changement climatique, car construire en béton est une activité très émettrice de gaz à effet de serre ; tertio, le formidable volume de déchets de la construction et leur caractère non-renouvelable, non réutilisable.

Certes, on voit aujourd’hui le secteur des matériaux de construction se réveiller. Les chimistes fournisseurs d’adjuvants ont mis au point des formules pour parvenir à produire des bétons convenables avec des granulats de piètre qualité ou du béton concassé. Les cimentiers ont retrouvé les formules de mortiers métallurgiques mis au point à la fin du 19e siècle ; elles permettent de produire des ciments « à froid », non plus dans un four, mais dans un réacteur. Seul bémol : pour produire des ciments métallurgiques, il faut des déchets de hauts-fourneaux … La France a compté un parc de plus d’une centaine d’installations ; il n’en reste plus que huit, sur trois sites. Va-t-on importer la « matière première » d’Asie ?


Vers la construction bas carbone

Les objectifs et les volontés de recyclage de matériaux sont brandis haut et fort, mais cela semble tardif et dérisoire ; le vent tourne. Le débat n’appartient plus aux seuls militants de la construction bois avec isolation en paille ou en chanvre. Les responsables politiques des grandes agglomérations ont pris fait et cause pour la construction bois – Paris insiste pour que l'on produise une grande part d'immeubles en structure bois dans le village olympique ; les producteurs de chanvre se sont rassemblés pour développer les solutions techniques ; Bouygues communique sur l'immeuble en bois « Sensations » qu'il vient de terminer à Strasbourg ; en Bretagne, les entreprises viennent de se rassembler sous le nom des « Terreux armoricains » pour montrer leur maîtrise de la terre crue ; en octobre 2018, ingénieurs et scientifiques se sont réunis à Paris, Halle Pajol, pour faire le point complet sur ce sujet ; en avril dernier, le forum annuel de la construction bois qui s’est tenu à Nancy a fait une large place à la construction paille, aux retours d’expériences de constructions bois-paille. Toujours en région parisienne, et à la faveur du chantier des nouvelles lignes de métro du Grand Paris Express, architectes, aménageurs, laboratoires et économistes se penchent sur la création prochaine d’un atelier de production de matériaux à partir des terres excavées. Son nom dit tout : Cycle Terre. Par ailleurs, des constructions en terre crue sont en cours dans le quartier de Lyon Confluence, et des projets sont lancés en région bordelaise.


Des questions fondamentales à se poser encore

Naturellement, ce sujet du biosourcé pose des nombreuses questions fondamentales. Quid de l’assurabilité, de la normalisation de la mise en œuvre, du calcul des constructions … L’engouement traduit cependant une démarche qui va bien au-delà d’une stérile dénonciation du tout-béton. La redécouverte des matériaux et des constructions traditionnelles, vernaculaires, veut renouer avec une économie circulaire où gisements, activités et besoins seront scrupuleusement pris en compte en termes sociaux – des emplois pour tous, des ingénieurs aux compagnons –, économiques – réaliser des constructions abordables produites avec un savoir-faire local –, et environnementaux – les matières exploitées sont renouvelables et les produits finis demandent juste l’énergie nécessaire.

Et l’affaire est prise au sérieux au niveau politique. En 2017 et 2018, la Région Île-de-France a produit ses stratégies régionales sur le bois et les matériaux biosourcés. Lors du colloque Fibra Innovation qui s’est tenu fin 2018 à Paris, le représentant de cette collectivité annonçait la mise en œuvre de ces réflexions au travers d’actions entre les filières agricoles, industrielles et de la construction. En point d’orgue il annonçait un premier sommet mondial des territoires sur la construction biosourcée. L’événement devrait se dérouler en novembre, les 5 et 6 novembre … En plein Mondial du Bâtiment.




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