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Se préparer à construire et à rénover autrement

12 Juillet 2019



Par Bernard Reinteau - Journaliste en Presse Bâtiment


La rénovation énergétique est chose très délicate. Aux dernières Assises du Logement, fin juin à Paris, les visiteurs ont pu mesurer la complexité de cette ambition.


Comment parvenir à massifier la rénovation énergétique ? Comment revivifier les cœurs de villes ? Comment produire des bâtiments réellement innovants ? Ces questions étaient au centre des propos échangés lors des dernières Assises du Logement tenues le 24 juin dernier au Palais d’Iéna, à Paris.

Le moins que l’on puisse dire est que les avancées sur cette question produisent à la fois une sérieuse prise de conscience des problèmes et une véritable révolution des méthodes. Cela se lit à travers plusieurs exemples.



colloque bâtiment santé 2019

Rénovation énergétique : appels à projets urbains d'anciens sites d'activités


Ainsi, le traitement des cœurs de villes dégradés doit légitimement être perçu avec soulagement. De quoi s’agit-il ? Le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales a déjà retenu un programme d’action de revitalisation dans 222 villes. À la suite d’un appel à projet, depuis mi-mars dernier, 112 d’entre elles doivent bénéficier d’un accompagnement spécifique (1). Il ne s’agit que d’une première étape : 55 villes ont désormais la possibilité de lancer des appels à projets dès cette année, et 57 autres bénéficieront d’un accompagnement pour préciser leur projet urbain … Sur quoi portent ces projets ? Ce sont généralement d’anciens sites d’activités industriels, d’anciens hôpitaux, un couvent, des commerces de centre-ville (un « JouéClub », des « Nouvelles Galeries », une quincaillerie « Gitem », des usines et des locaux administratifs, …) fermés depuis des années et qui cristallisent les difficultés de renouvellement urbain dans de petites et moyennes villes de province – à Pontivy, Autun, Longwy ou Montélimar… S'y installeront de nouvelles activités (fab-lab, espaces de coworking, commerces, …), des associations, des logements, …

À l’évocation de cette action, on touche du doigt l’impact de la crise depuis la fin des « 30 glorieuses » et on mesure les efforts énormes pour relever le défi des effets d’un abandon de ces cités et de leur mise en cohérence avec les projets d’avenir, concrets et durables. Pour autant, on peut se demander si l’organisation administrative jacobine mise en place pour résoudre ces problèmes n’est pas démesurée, voire contre-productive. Les collectivités locales ne vont-elles pas baisser les bras devant tant de procédures, d’énergie à développer et de délais ? À suivre.

Construire autrement

Nous savons depuis plusieurs mois que l’administration du ministère de la transition énergétique travaille à remettre au carré le code de la construction en s’appuyant sur les récentes lois Elan (2) et Essoc (3). Régulièrement invité dans les colloques du secteur de la construction, Emmanuel Acchiardi, sous-directeur qualité et développement durable dans la construction à la direction de l’habitat, de l’urbanisme et du paysage, s’est employé à montrer les avancées réglementaires, les opportunités de simplification de conception telles que le permis d’expérimenter et les modalités de capitalisation de ces initiatives. Ce travail devrait déboucher au cours de l’année 2020.

À travers la présentation de l’avancement de cet important dossier en ouverture des Assises, on comprend vite que le secteur de la construction entre dans une nouvelle ère. Alors que précédemment les initiatives étaient relativement cadrées par la réglementation, le carcan se desserre. On parle de permis d’innover, d’expérimenter, de capitalisation des expériences, …

En réalité, il y a urgence à se bouger. François-Xavier Jeuland, président de la Fédération française de Domotique, n’hésite pas à bousculer la filière construction en lançant publiquement une vraie provocation – qu’il enverrait aussi dans des cercles fermés : si on produisait un Iphone avec les méthodes et les procédures du bâtiment en France, il reviendrait à 270 000 € !



Intégrer le numérique

François-Xavier Jeuland présente ainsi le projet de l’américain Katerra qui s’est lancé dans un projet d’intégration verticale de la construction industrialisée, bois et béton (4). Cette entreprise s’est dotée d’un budget de recherche et développement d’un milliard de dollars, a créé ses sites de production, exploite la gestion en BIM de tous ses projets, implante des appareils connectés dans ses panneaux de CLT…  L’ambition de cet acteur est immense puisqu’il achète des entreprises en Asie, et il s’y implante ainsi qu’au Moyen-Orient. Face à une telle démarche, similaire à celle d'un Tesla dans l'automobile ou d'un Amazon dans le commerce, le développement d’une réglementation E+C– et les démarches précautionneuses en faveur du BIM s’apparentent à une ligne Maginot …

Dans les allées des Assises du Logement, les solutions numériques ne manquaient pas. Urban Practices propose notamment d’exploiter les données sur l’usage des différents fluides (eau, gaz, électricité et données internet) des logements collectifs afin d’optimiser les fonctionnements, anticiper les besoins et de fournir, en retour, un coaching « non intrusif » auprès des occupants. Cette start-up travaille déjà avec cinq bailleurs sociaux (Grand Dijon Habitat, Batigère, Cristal Habitat, l’Opac 38 et 3F) et expérimente sa solution sur 1 700 logements.

Autre initiative : Nexelec, fabricant de détecteurs de fumée, qui propose un appareil désormais multifonctions connecté et orienté vers la mesure de la qualité de l’air. En exploitant la mesure de la température de l’humidité et de la concentration de CO2, les bailleurs sociaux peuvent ainsi maîtriser le chauffage et la ventilation des logements.

Construire, une affaire de culture

Pour autant, cette vision moderniste du logement suscite un vif débat avec les concepteurs. Lors de la conférence conclusive des Assises, Christine Lecointe, présidente de l’ordre des architectes d’Île-de-France revendiquait une vision plus humaine de la construction et de la rénovation. Elle demandait de durcir les permis de démolir, trop facilement attribués depuis les premiers temps des programmes aidés par l’ANRU. Ses arguments : la qualité des constructions, le maintien d’une histoire sociale, une « sédimentation de la vie ». D’ailleurs, après avoir activement participé à ces programmes, les bailleurs s’affirmeraient aujourd’hui plus sensibles au réemploi du bâti. Ce qui ne semble pas gêner techniquement les promoteurs du numérique pour améliorer le logement ancien. Mais il reste beaucoup à faire pour renverser le mouvement de renouvellement du parc de logements : la rénovation est toujours moins bien financée que la construction neuve.



(1) À suivre sur les sites :

www.cget.gouv.fr 

www.urbanisme-puca.gouv.fr

(2) Elan, loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique.

(3) Essoc, loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d’une société de confiance.

(4) www.katerra.com 


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