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Smart technologies : usager vertueux ou addiction ...

20 Février 2014

Par Bernard Sesolis - Expert Energie Environnement -

Décidemment, je suis enclin à rebondir sur ce sujet suite à plusieurs articles de presse de Janvier 2014 sur la question de la communication et en particulier sur l’interface entre l’usager et son logement. Ils montrent que les intérêts industriels et financiers y sont considérables et qu’en conséquence, l’offre semble primer sur la demande. Un résumé le moins infidèle possible de ces articles alimente cette « humeur », qui fait finalement suite à la précédente et vise à calmer les ardeurs des adeptes inconditionnels des nouvelles technologies.

De la domotique du XXème siècle au « smarthome » du XXI ème siècle

A la fin des années 1980, la domotique était devenue la tarte à la crème de l’innovation dans les bâtiments. L’idée était de centraliser toutes les informations utiles pour une bonne gestion énergétique et de créer une interface permettant à l’usager d’agir si besoin de manière cohérente et efficace. Des informations internes appréhendées à l’intérieur et pour l’intérieur.
La domotique répondait à un des fantasmes de la maison de l’an 2000 : celui-de tout contrôler sans effort, y compris la complexité inhérente aux interactions des informations entre elles, ceci afin d’automatiser, de robotiser, bref de domotiser, c'est-à-dire rendre « intelligent » le logement à défaut de son occupant. Mais également, de donner si besoin, l’occasion à  l’usager d’agir avec pertinence.
Cela n’a pas pris ! Seul, le marché de la sécurité a un peu frémit après coup … mais le logement est resté aussi peu « smart » … Et l’occupant aussi ?


L’explosion des moyens d’accès à la communication et à l’information depuis 20 ans, l’avance très rapide des technologies ont déjà fait l’objet des précieux articles de veille technologique du regretté Roger Cadiergues sur Xpair. Ils sont toujours accessibles et toujours pas obsolètes. Aussi, je n’y reviendrai pas.


Il est devenu banal d’avoir en permanence sur soi un outil de communication et d’accès à toute information. Depuis peu, des décideurs industriels de premier plan, des financiers et des politiques semblent parier sur l’idée que si l’usager a le pouvoir d’être informé et d’agir à distance, il sera plus enclin à bien gérer son intérieur via l’extérieur, demande ou besoin qui aurait été inassouvi jusqu’à présent pour des raisons économiques et technologiques. Ou peut-être encore de parier que l’action à distance donnant un sentiment de puissance, devient par là même une expression plus forte, plus ludique, plus high-tech, plus moderne à l’instar de la clé de voiture qui permet d’ouvrir son véhicule, voire son coffre arrière avant d’arriver à proximité, ou encore de repérer son véhicule après avoir oublié où il était garé. Oui, indéniablement un progrès … à condition que la pile dans la clé fonctionne ... Imaginez la même chose avec votre logement ! Intéressant si on a oublié son adresse. Vous me pardonnerez, j’espère, cet humour facile, probablement dû à mon incrédulité après avoir lu les articles sur l’ampleur des moyens actuellement mis en œuvre pour gagner ce pari.


Ainsi, après avoir mis en connexion permanente et généralisée les personnes physiques, puis avoir fait de même avec les objets, les personnes et les objets seront ensemble en interaction illimitée.  Madame Fleur Pellerin, notre ministre déléguée à l’économie numérique ne déclarait-elle pas le 16 Janvier vouloir créer avant fin 2014 une « cité des objets connectés » ?
« Vaste programme » comme aurait répondu De Gaulle à quelqu’un qui avait crié à son passage : mort aux cons !
Contrairement à l’ère de la domotique, celle du « smarthome » risque d’être plus effective. Les technologies sont là. D’énormes moyens marketings et financiers se mettent en place.
Selon le cabinet américain Gartner, il y aura 26 milliards d’objets connectés en 2020, soit 30 fois plus qu’en 2009 et globalement, le chiffre d’affaire pourrait passer de 1,6 milliard de $ en 2013 à plus de 5 milliards de $ en 2015.

La domotique fait sa révolution, Google et les thermostats connectés, … Compte-rendu de lectures

Dans leur article du « Monde » du 19-20 Janvier 2014 intitulé « La domotique fait sa révolution », J.M. Bezat et J.Dupont-Calbo citent plusieurs actions ou expériences en cours.
Par exemple, Schneider Electric propose leur « Wiser », une box (en français, une boîte) permettant via internet de gérer l’énergie d’un logement à partir d’un smartphone ou d’une tablette. Il est projeté d’en vendre 10 000 dès 2014 étant donné le coût relativement faible, 700 €, face aux économies engendrées par l’usage de Wiser : de 10 à 30% en moins de dépenses en énergie. Il n’est pas précisé si cela couvre le chauffage ou d’autres postes.


Autre exemple, cocasse : la société Kolibree, créée par un ex-Google, commercialise une brosse à dents connectée (j’ai beaucoup ri !).


Encore un exemple, plus significatif : Google a annoncé le 14 Janvier avoir acheté la société Nest Labs pour 2,8 milliards d’euros. Cette société fabrique des alarmes et thermostats connectés et consultables sur smartphone. Dans l’article du « Monde » du 15 Janvier intitulé « Google fait la troisième acquisition de son histoire » », S. Belouezzane indique que la stratégie de Google se fonde sur la mise en place de « wearable devices », terminaux connectés sur soi. De leurs laboratoires sont déjà sortis en 2012 les Google Glass, lunettes intégrant un écran Plexiglas permettant d’utiliser internet, de recevoir des SMS et des mails. Le développement des objets connectés pourrait engendrer, selon le cabinet McKinsey, une valeur ajoutée mondiale de l’ordre de 2 700 à 6 200 milliards $ d’ici 2025. Selon cette journaliste, Google se donne les moyens pour faire la course avec Amazon et Apple pour cerner le comportement des consommateurs.


Enfin, un exemple du côté du Levant : P. Mesmer, dans son article du « Monde » du 19-20 Janvier intitulé « Après la catastrophe de Fukushima, le Japon est entré dans l’ère du Smart », décrit l’engagement nippon sur les « smart houses », « smart cities », « smart technologies ». Panasonic va inaugurer en Mars 2014 au sud de Tokyo  une smart city de 1 000 maisons équipées du HEMS, système gérant toutes les consommations d’une maison y compris celles de la voiture électrique et affichant tous les détails sur tablette ou écran mural. HEMS s’intègre dans des réseaux à l’échelle d’un immeuble et à l’échelle urbaine. La « Japan Smart Communuty Alliance », créée en 2010 et qui regroupe 365 sociétés, montre que le Japon veut rester en pointe sur le sujet.
Un passage de cet article m’inquiète particulièrement : A Kitakyushu, dans le sud-ouest, dans le quartier smart de Higashida, on chercherait « à modifier la consommation, en incitant notamment les gens à sortir au moment des traditionnels pic ... » !!!


Il faut ici revenir sur le rapport de l’offre et de la demande.

Est-il possible de concilier le « smart » et l’intérêt de l’individu ?

L’offre industrielle en marche vers le « tout smart » est une démarche intelligente pour le business.  Les perspectives de développement sont colossales.
L’optimiste y verra une amélioration du bien-être, la création d’emplois, la préservation de l’énergie et, par là même, la protection de l’environnement.
Le sceptique ou le paranoïaque y décèlera la mise en place d’un maillage objet-individu dont la fonction première serait la connaissance en ligne du comportement de l’individu afin de mieux provoquer une addiction à des services … non nécessaires et non gratuits ...


Entre ces deux chaises, où s’asseoir ? Il faut, à mon humble avis, continuer à réfléchir à la manière d’induire des comportements vertueux sans contrainte forte pour réduire les risques de l’effet rebond afin de répondre réellement aux objectifs de 2050. La démarche des industriels de la communication et de l’information se résume principalement et banalement à maximiser des bénéfices. L’offre n’est donc pas toujours, certains diraient pas du tout, en harmonie avec la demande. L’exemple japonais pourrait même faire penser que l’offre doit changer jusqu’à l’emploi du temps de l’usager. Il est toujours difficile de nuancer mais force est de constater que la démarche « smart » pose un problème sociétal que je résume en deux images opposées :

 

  • Un monde décentralisé où l’énergie et la gestion des biens sont mutualisées localement, vision quelque peu « écologique » du développement durable,

 

  • Une société globalisée par un maillage venant napper mondialement les individus et les objets pour rendre tout le monde « intelligent », contribuant ainsi à gérer 10 milliards d’individus en préservant la planète, autre vision technologique du développement durable.

 

Pour s’asseoir confortablement, il me paraîtrait louable de rapprocher ces deux chaises tant elles me paraissent éloignées.

 

 

Bernard Sesolis
bernard.sesolis(at)gmail.com


Commentaires

  • Bernard
    04/03/2014

    Juste pour répondre à Gaëlle. Il ne s'agit pas de fuir le progrès. De toute manière, il nous rattraperait ! Le progrès était mu schématiquement par 2 moteurs : améliorer le sort des habitants de cette planète et faire perdurer un système économique basé sur le profit (il semblerait pour l'instant qu'on a pas trouver moins pire). La question maintenant posée est : comment allier ces moteurs tout en préservant la planète ? Voilà les 2 chaises à rapprocher...et il y a de ce point de vue, beaucoup de travail car ses chaises sont très inertes..

  • DAMBINOFF Alexa
    26/02/2014

    Smart technologie =usager vertueux == il faut calmer les ardeurs des adeptes inconditionnels des nouvelles technologies ==il ne faut pas que se soit seulement d enormes moyens de marketing et financiers== mais mettre en place des reseaux d ARTISANS dans les differents metiers pour depanner ++car nettre en place 30 milliards d objets connectes avant 2020 =il vas y avoir des milliards de pannes ==il n est pas preciser si cela sera couvert par le fabricant en== esperant que developpement des objets connectes pourras engendre des valeurs ajoute FRANCAISES pour les artisans francais avant 2025== il ne faut pas mettre tout sur les machines=mais prevoir des hommes pour deconnecte en cas de grand problemes de panne generale d electricite ==il faut bien analiser et etablir sur le rapport de l offre et de la demande == éviter l addiction a des services non necessaires et non gratuits == il faut reflechir a la maniere d induire les comportements sans contraintes== car l offre n est pas toujours= je dirai pas du tout en harmonie avec la demande =et je constate que la demarche ( smart ) pose des problemes sociaux )= un monde decentralise =une societe globalise =par un mailliage qui nappe les individus et les objets pour faire croire que tout le monde est intelligent =et ainsi dirige des milliards d individus== daccord= noue sommes en 2014 = la population est vieillissante = mais tout sur terre vieilli les maisons, les voitures, les technologies aussi == il ne faut pas fuire le progrès mais le controler == pas seulement avec des robots = avant tout etre AUX COTES DES ARTISANS PARISIENS++ des humains aux service des humains

  • Jean-Marc
    21/02/2014

    Bonjour,

    Pour s'asseoir entre les deux chaises, il ne faut surtout pas s'adresser à un fabricant ni à un grossiste, leur seul but est uniquement lucratif mais à une profession qui est la bête noire des fabricants.

    Qui entre l’installateur électricien, le chauffagiste, la ventilation, la sécurité ou l’automaticien sera le plus à même de proposer une solution « domotique » au particulier avec le service adéquat ?
    C’est l’intégrateur-domoticien, un nouveau métier encore peu connu de la filière de la construction, avec sa vision transversale des différents lots techniques du second œuvre qui sera le spécialiste et qui apportera une réponse cohérente et efficace aux nouveaux défis que sont la RT2012 et l’efficacité énergétique.
    Contrairement aux ténors du marché qui ont une approche plutôt commerciale, l’intégrateur domoticien analyse techniquement et assure en toute indépendance et objectivité une assistance à la définition des besoins des clients et offre des conseils indépendants des constructeurs.

    C’est l’interlocuteur unique du client que vous devait contacter le plus en amont de votre projet et qui assemble les différents produits en préservant en permanence toutes les possibilités de choix et cela au meilleur rapport fonctionnalités sur le coût de l’investissement.
    Ses qualités intrinsèques dans l’informatique, l’électronique et l’électricité lui confèrent une capacité d’exploitation maximale des différents produits et marques du marché. Son savoir-faire sera un facteur clé de la réussite du projet.

    Il analyse les besoins du client et conçoit un proposition à la hauteur du budget.
    Il travaille majoritairement en système ouvert avec le protocole KNX, ce qui lui offre la possibilités de disposer de plus de 330 fabricants parlant le même langage.
    De plus ses achats sont bien souvent réalisés auprès de fournisseurs internationaux, ce qui lui permet d'économiser pas mal de marge et ainsi offrir des prix très compétitifs.

    Pour en terminer, la domotique bien pensée, bien conçue et bien réalisée ne coûte pas plus cher que la somme des différents automates que vous pourriez installer dans votre construction en travaillant comme au siècle dernier.
    La différence, c’est qu’une installation domotisée intègre les différentes fonctions de gestion du chauffage, de l’éclairage, des occultants et de la sécurité en les faisant réagir ensemble pour optimiser l’efficacité énergétique et réduire le coût de votre consommation en vous apportant un confort certain et un pilotage d’une seule commande qui sera soit la TV, l' Ipad ou le Smartphone.

    De plus, le véritable intégrateur-domoticien connaît très bien sa technologie et les produits qu'il met en œuvre et sera le meilleur pédagogue pour vous initier et vous permettre d'optimiser l'utilisation de cette technologie.

    La FFD (Fédération Française de Domotique) créée l'an dernier vous permet via son site http://www.ffdomotique.org/ d'avoir une idée objective de la domotique et son annuaire reprend les spécialistes de cette technologie.

    Comme dans l’automobile, la gamme en domotique va de la Dacia à la Ferrari !!!
    A vous de savoir quel est votre budget et dans quelle gamme de véhicule voulez-vous rouler !!!

    La domotique bien conçue, ce n'est rien d'autre qu'une installation électrique moderne, intelligente, communicante, flexible et évolutive.

    Pour en terminer, la publicité, les articles de presse, les sondages ne peuvent être réalisés que par les ténors du marché qui grâce à une importante trésorerie faite à vos dépends vous inondent de messages dont le seul but est de vendre.

  • alain
    20/02/2014

    Oui le smartphone sera l'élément de commande pour une domotique de commandes et d'informations : la MES du chauffage, l'ouverture/fermeture de l'eau, des volets, de la porte et de voir son invité prendre un verre le temps de votre arrivée !!!

  • Loïc
    20/02/2014

    Au delà de ces deux visions antagonistes de la société humaine on peut cependant trouver un intérét concret à ces nouvelles technologies. Je veux parler de la surveillance à distance d'une résidence dans laquelle on n'habite qu'épisodiquement, résidence secondaire de sedentaires ou résidence principale de grands voyageurs.

  • Francois
    20/02/2014

    Il est bien évident que le lobbying de la domotique amènera à la démocratiser. Beaucoup de gens geek (pardon pour l’anglicisme) pour être dans le coup feront le pas de connecter leur demeure
    Il n'en reste pas moins que les meilleurs systèmes ne servent à rien si les gens ne sont pas prêts à s'investir et passer du temps à optimiser leur système; pire, ils ne lisent pas le mode d'emploi. Pour exemple, combien de personnes savent (ou ont pris la peine) de programmer leur magnétoscope
    Je suis moi même à la tête d'une petite entreprise faisant de la GTB et nous retrouvons souvent des automates avec les programmations horaires ou les consignes telles qu'à la mise en service plusieurs années après réalisation
    Mais comme vous le dites si bien, nous ne pouvons passer à coté de cette vague qui à mon avis n'abaissera que très peu la pollution de la planète. Quant aux économies, avant d'amortir le coût il sera passé beaucoup de lunes... et nombre réalisations passeront au placard, faute d'avoir remplacé les piles des sondes ou capteurs sans fil

  • Gaëlle Maurel G
    20/02/2014

    Pourquoi tant de pessimisme, alors que nous disposons de batteries légères et de groupes électrogènes capables de prendre le relais pendant plusieurs heures si jamais le courant est coupé...même des panneaux thermo-solaires peuvent nous permettre d'avoir une liaison totalement autonome, si on y pense.
    Nous sommes en 2014, notre population est viellissante et la domotique est un progrès dont nous ne pouvons et ne pourrons pas nous passer. Allez donc voir la vidéo de Nest sur Youtube concernant le détecteur de fumées ; j'ai malheureusement fait pareil que la personne filmée : j'ai enlevé les piles car le son émis est insupportable et déclenché par quelque fumée qui sort du four !
    Ne fuyons pas le progrès, sans oublier les leçons du visionnaire Barjavel, "Ravages" toutefois.

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