Bruit et confinement - Vers une politique contre le bruit



Par Dominique Bidou - Président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC France



baisse niveau sonore

Les modifications sonores pendant le confinement Covid 19



Un des effets du confinement a été une sensibilité accrue aux bruits

La suspension de nombreux chantiers, la chute de la circulation automobile dans les villes et des trains entre les villes et en banlieue, la fermeture des aéroports ou la forte baisse du trafic aérien : autant de causes de la baisse du niveau sonore dans les villes, qui n’est pas passée inaperçue.

Il faudrait y ajouter la fermeture des bars et des restaurants, avec leurs terrasses, qui ont pu produire localement des réductions du bruit supérieur à celle des transports. Le paysage sonore des villes en a été profondément transformé. Non qu’il n’y ait plus de bruit, mais d’autres bruits. Un chercheur du CNRS à Toulouse a même été à l’origine d’un réseau international (32 pays) pour une recherche appelée « Silent.cities », pour évaluer les modifications sonores pendant le confinement.


La hiérarchie des bruits habituels dans la ville a été inversée

Les transports étaient en tête, suivi des bruits de voisinage et des bruits naturels, et c’est l’inverse en temps de confinement, les sons naturels sont prépondérants, suivis des bruits de voisinage quand on est chez soi.

Notez que tout n’est pas positif. Le silence ambiant a révélé ou renforcé la perception de bruits indésirables. Les bruits internes de l’habitat (comportement, musique, bricolage, etc, ...), dus en partie à des défauts d’isolation acoustique, ou en provenance des espaces extérieurs (jardinage, jeux d’enfants, etc, ...) ont été à l’origine de perturbations, qui ont été mal vécues du fait du télétravail notamment.

Certaines personnes, peu nombreuses mais elles existent, se sont aussi plaintes du silence, qui a dégradé leur qualité du sommeil ou a provoqué une recrudescence de leurs acouphènes. [Selon l’enquête en ligne menée par le CIDB (www.bruit.fr) à l’issue du confinement, 2000 répondants. A retrouver dans le n°164 d’Echo Bruit, dont je me suis largement inspiré pour rédiger cette note].


Le bilan est cependant largement positif ...

Avec le beau temps, les « confinés » ont ouvert leurs fenêtres, profité des balcons et de leurs jardins, et apprécié le chant des oiseaux. Au total, des effets bénéfiques sur la santé sont largement ressentis du fait d’une réduction de la gêne, de la fatigue, de la nervosité ambiante, et d’une amélioration de la qualité du sommeil pour beaucoup (pas tous !). Il faudrait aussi parler des bienfaits du confinement sur la faune des villes, mais c’est une autre histoire.


Une politique environnementale contre le bruit

Une fois le confinement terminé, les bruits sont redevenus ce qu’ils étaient ! Et la question se pose de la pérennisation des effets favorables du confinement, notamment pour la qualité de l’environnement sonore. La question est particulièrement aigue avec l’extension des terrasses des restaurants : comment concilier le plaisir des uns à dîner en ville et le respect de la tranquillité des autres ? Le problème existait avant, mais il sort renforcé de la crise de la COVID. La solution réside en une réglementation stricte des horaires et des engagements des restaurateurs. La Ville de Paris propose une charte que les candidats à l’extension des terrasses doivent signer, avec des sanctions dans les cas de non-respect. Les riverains restent très vigilants, mais on est loin de la « ville apaisée » que chacun souhaiterait après en avoir gouté les charmes pendant le confinement.

La réglementation est une manière de faire, de manière générale. Des restrictions d’horaires peuvent être imposées aux activités bruyantes, et certains proposent que, à l’instar de ce qui se pratique pour la pollution atmosphérique, des périmètres soient interdits pour les véhicules les plus bruyants. Une vignette « CritBruit » ? Les difficultés de réglementer et de faire appliquer la réglementation sont nombreuses, et des solutions doivent être trouvées ailleurs.

Il y a la politique de mobilité. Des transports en commun peu bruyants, des circulations douces, une baisse de la circulation automobile du fait du télétravail, qui a changé d’échelle lors du confinement, du covoiturage, et des livraisons à domicile. Il y a des solutions techniques, comme le traitement acoustique de l’habitat et des activités.

Comment ne pas profiter de la rénovation énergétique pour y associer l’amélioration de la qualité sonore des logements, laquelle sera utile pour le confort des habitants comme pour le travail qu’ils y feront pour une part d’entre eux ? Une rénovation tout court, plutôt qu’une rénovation réduite à l’énergie.

Et puis il y a l’urbanisme, la conception des villes. Leur morphologie impacte directement la transmission des bruits, leur conception produit plus ou moins de besoins de mobilité. Ce sont des politiques au long cours, auxquelles on pourrait ajouter des décisions aux effets immédiats comme l’adoption de revêtements de chaussées silencieux.

C’est une convergence de politiques, réglementaires, comportementales et techniques qui permettront d’allier l’apaisement et l’activité, deux qualités parfois difficiles à marier, bien qu’elles s’imposent l’une et l’autre.



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