La résilience « durable » du bâtiment concerne l’être humain

Par Dominique BIDOU, président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC France le 06 Octobre 2022

Dans nos sociétés troublées par les crises multiples, chacun cherche des points d’appui, des repères stables qui lui permette de s’y retrouver, et de conserver son statut. Nous parlons alors de résilience.


résilience bâtiment usagers


La résilience : retrouver son équilibre pour le bâtiment et ses usagers


Un mot à la mode, qui sonne bien dans les salons et les tables rondes

Les grands débats qui s’amorcent, sur les « transitions », écologiques et énergétiques, sur les mille façons de surmonter les crises sanitaires, économiques, géopolitiques, alimentaires et autres, font tous état de cette fameuse résilience. Voilà un mot qui capte l’attention des experts, et qui fait fuir beaucoup d’autres, qui n’en comprennent même pas le sens. C’est comme paradigme, un mot bien intéressant pourtant, mais dont l’usage, si ce n’est la compréhension, est réservé à quelques happy few. Sans revenir sur les malentendus autour de la précaution, il est clair que les mots employés ne sont pas neutres, ils sélectionnent les acteurs sans que l’on ait besoin de faire un tri. Le travail se fait tout seul, et il permet de rester entre soi, entre gens sérieux.


Le problème est que les solutions à nos problèmes ne peuvent être trouvées avec les seuls « experts »

Les raisons en sont multiples …

D’une part, les experts oublient vite la finalité des choses. L’expert en transports sera très fort sur l’organisation des transports, les progrès à espérer avec l’introduction de nouvelles techniques, mais son expertise butte contre l’essentiel : la mobilité, pour quoi faire ? Nous changeons de monde, nous passons alors d’un domaine technique à un domaine social, voire sociétal, économique, politique. Or les gains qui nous permettront de vivre mieux en consommant moins de ressources résident souvent dans le « pourquoi », au moins autant que dans le « comment ».

La qualité de l’habitat, au centre de plans qui mobilisent beaucoup d’énergie, est autant appréciée par les habitants que par les experts, qui ne portent pas le même regard. En quoi un logement est-il considéré comme de qualité ? Les modes de vie, eux aussi, sont « résilients », ils perdurent, nous sommes marqués par le village, ou différents modèles dont nous avons hérités et qui dictent nos envies et nos comportements.

Les solutions recherchées sont dans le dialogue. Il permet de revenir aux vrais besoins, il ouvre le débat sur les différentes manières de les satisfaire. Le spécialiste connait tout de sa spécialité, et tente tout naturellement de placer sa compétence, c’est sa forme de résilience à lui, on ne peut lui en vouloir pour cela, mais il peut ainsi détourner l’attention du cœur du sujet.

Les solutions s’inscrivent par ailleurs dans la durée. Un logement ne se juge pas par ses qualités à la livraison, mais par son bilan une fois occupé, bilan qui doit bien sûr intégrer la satisfaction des occupants, et pas seulement quelques performances techniques, si importantes soient-elle. La manière dont les qualités d’origine, soigneusement imaginées et mises en œuvre par les concepteurs et les entreprises, sont valorisées au cours des années de vie, on pourrait dire « de service », du logement, ne peut être optimisée sans la participation des habitants. Il y a un passage de relais à concevoir, et il ne peut l’être sans les usagers, que l’on appelle parfois les « maîtres d’usage ». Ces derniers, ce sont souvent vous et moi, simples citoyens qui demandent à être logés et à jouir du confort d’un chez soi, sans pour cela devenir un technicien ni un ascète, encore moins un militant. Le terme de « bâtiment durable » n’a de sens que comme résultat d’une contraction.

Ce n’est pas le bâtiment qui est durable, mais le mode de vie de ses occupants.

Et pour cela, sa conception peut être un atout, ou au contraire un handicap. Le cas est différent pour les locaux professionnels et les équipements publics, où les usagers sont d’autres professionnels, avec leurs experts à eux.


La capacité de résistance et d’adaptation, cette fameuse résilience

Elle se trouve souvent dans la diversité. Pas tous les œufs dans le même panier. Il est dangereux de s’en remettre aux experts, même les meilleurs, d’un seul domaine. Il va falloir croiser des spécialités, travailler avec d’autres « sachants », et ainsi partager le savoir. Il y a une dizaine d’années, un rapport de l’Académie des technologies sur « le véhicule du futur [1] » mettait en évidence un nouveau concept, le « système voiture », au lieu de la voiture tout court. C’est là que serait l’avenir, intégrateur de nombreuses compétences, de la conception des moteurs à la gestion de files d’attentes pour la mise à disposition des véhicules, à la demande.

L' Académie préconisait de « nouveaux écosystèmes de service ». La diversité des savoirs s’impose. La transposition au logement de cette proposition, un « système logement » serait bien ambitieuse, et utopique par bien des aspects, mais l’intégration des étapes de la vie d’un immeuble, avec les acteurs qui s’y succèdent, occupants et intervenants divers, permettrait d’enrichir le concept de cycle de vie, en plaçant l’usager au cœur de la démarche qui y gagnerait à la fois en intensité et en légitimité.

Si la résilience consiste à revenir à un état d’équilibre immuable de la société, nous sommes loin d’une logique de développement durable. Les sociétés évoluent, elles s’adaptent, elles sont attirées par de nouveaux produits, même si ce sont parfois des miroirs aux alouettes.

La résilience « durable » concerne l’être humain, son intégrité physique et mentale, sa capacité à vivre en société, à se sentir solidaire de ses semblables. Etre bien dans sa peau.


[1] Le véhicule du futur - Rapport de l’Académie des technologies - 14 Septembre 2012



Commentaires

Aucun commentaire actuellement, soyez le premier à participer !

LAISSER UN COMMENTAIRE

ABONNEZ-VOUS !
En validant ce formulaire, vous acceptez que les informations saisies soient transmises à l’entreprise concernée dans le strict respect de la réglementation RGPD sur les données personnelles. Pour connaitre et exercer vos droits, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité
Reférencement gratuit

Référencez gratuitement votre société dans l'annuaire

Suggestions

Agitation sociale et agricole, finances publiques en berne ? La transition attendra

Agitation sociale et agricole, finances publiques en berne ? La transition attendra

Agitation sociale et défis agricoles : Comment la transition écologique peut apaiser les tensions.


3 000 milliardaires sur la planète ! Alors 2024, année banale ou charnière ?

3 000 milliardaires sur la planète ! Alors 2024, année banale ou charnière ?

Les 3 000 milliardaires mondiaux en 2024 : Une élite financière en constante évolution, une année charnière.


Health Cube - le nouveau centre de santé innovant de Wilo

Health Cube - le nouveau centre de santé innovant de Wilo

Découvrez le Health Cube de Wilo, un centre de santé innovant qui réinvente le bien-être pour les employés du groupe à travers le monde.


RE:3 pour une réduction durable du carbone incorporé

RE:3 pour une réduction durable du carbone incorporé

Comment optimiser les pratiques pour contribuer à un avenir plus respectueux de l'environnement tout en maintenant la performance et la durabilité ?


CAP sur la prochaine COP - La COP 28 sera-t-elle un nouveau bide ?

CAP sur la prochaine COP - La COP 28 sera-t-elle un nouveau bide ?

En 2015, les accords de Paris avaient l’objectif du +1,5° de réchauffement moyen maximal en 2100 afin que la planète reste vivable pour la grande majorité de l’Humanité.


Développement durable - Des préjugés qui coûtent cher

Développement durable - Des préjugés qui coûtent cher

Les énergies renouvelables sont aujourd’hui prépondérantes en Europe, des progrès en tous genres sur leur efficacité et leur prix.


Cet article n’a pas été écrit par ChatGPT

Cet article n’a pas été écrit par ChatGPT

Suivons l'évolution de l'AI qui prospère rapidement et qui devient un outil de plus en plus puissant.


L’hydrogène bas carbone : préparer un avenir énergétique décarboné

L’hydrogène bas carbone : préparer un avenir énergétique décarboné

A découvrir avec le webinaire la matinée de l'IGEDD qui s'est tenue le 22 Mai 2023 sur la question : L'hydrogène, nouveau vecteur de la transition énergétique ?


Développement durable : le piéton, roi de la rue

Développement durable : le piéton, roi de la rue

Le constat souvent établi, le piéton est l’oublié des politiques d’aménagement, qui lui s'adapte aisément aux circonstances.


Aménager les territoires du bien-être

Aménager les territoires du bien-être

Prenons connaissance de l'ouvrage de Jean-Pierre Thibault sur l'aménagement des territoires du bien-être.


Mines urbaines, bien souvent sous-exploitées

Mines urbaines, bien souvent sous-exploitées

Intéressons-nous sur un concept intéressant, en phase avec le principe d’intensité, de faire plus avec moins, rendre plus de services avec moins de matières premières.


Peut-on, doit-on relancer le nucléaire ?

Peut-on, doit-on relancer le nucléaire ?

Intéressons-nous à la question urgente du moment sur le nucléaire, peut-on ou doit-on relancer le nucléaire ?


Développement durable : faire sa part comme le colibri

Développement durable : faire sa part comme le colibri

Découvrons l'histoire relative aux milieux de l'environnement et l'ouvrage d'Alain Maugard sur le bâtiment acteur majeur des changements sociétaux.


Un joli petit « chat » aussi émouvant qu’invasif

Un joli petit « chat » aussi émouvant qu’invasif

Prenons connaissance du développement d'un « robot » bluffant de la start-up Open AI pour que les acteurs du GAFAM se mettent à rivaliser sur leurs propres avancées et projets.


Développement durable : l’imaginaire à l’encontre du sens de l’histoire

Développement durable : l’imaginaire à l’encontre du sens de l’histoire

Décourvrons les atouts pour l’environnement que représente la maison individuelle avec des grandes surfaces pour capter des énergies, ...