Du respect de l’Environnement à la symbiose avec l’Environnement



Par Dominique Bidou - Président d'honneur de l'Alliance HQE-GBC France
 


Il est de bon ton de manifester du respect pour la nature ou pour l’environnement. C’est bien le moindre que chacun puisse faire, mais est-ce suffisant, ne faut-il pas aller au-delà du respect ?


Bâtiment et équilibre avec l'Environnement


Faut-il continuer de parler de respect de l’environnement

Le choix des mots n’est jamais neutre. Parler de respect paraît sympathique, mais présente un grave défaut : il crée une distance, voire même une barrière qui nous sépare de la chose ou de l’être respecté. Parfois une crainte. Il conduit à une attitude passive, qui peut aller jusqu’à la paralysie. Les agressions dont la nature a été victime sont tellement importantes que nous n’osons plus y toucher. Nous sommes sans une approche purement défensive, évitons de détruire la nature. Il s'agit de faire attention, de ne pas dégrader le milieu naturel dans toutes ses composantes, biodiversité, cycle de l'eau, qualité des sols, climat, etc. C'est bien le minimum, mais c'est une vision placée de fait sous le signe de la contrainte - Attention à ne pas dégrader - toujours une approche restrictive, propre à brider la liberté de manœuvre et la créativité. J’ai même vu, pour promouvoir une architecture respectueuse de l’environnement, l’image d’une maison transparente, dans la nature, comme si la construction devait passer inaperçue, au lieu de contribuer à l’amélioration de l’environnement.


Le respect est malgré tout une première étape

Nous ne pourrions pas nous en contenter, à moins de revenir quelques milliers d’années en arrière, avant que les humains ne transforment leur environnement. Une transformation parfois dramatique, créatrice de déserts, destructrices de nombreuses espèces animales ou végétales, mais parfois aussi favorable, ayant produit des écosystèmes originaux comme les bocages ou les étangs destinés à fournir le poisson du vendredi. L’action de l’homme n’est pas fatalement mauvaise. Nous ne partons pas non plus d’une situation « primaire », où la nature serait originelle, mais d’une nature cultivée, même en forêt, et nous savons que l’abandon à leur sort de ces territoires ne pourrait que les appauvrir.


Passer du Respectueux de l’environnement à la symbiose avec l’Environnement

Le respect, la sacralisation de la nature, qui s’impose évidemment dans les zones « où la main de l’homme n’a jamais mis le pied », n’a guère de sens dans nos paysages, humanisés depuis des siècles. Il faut vivre avec la nature, composer en permanence, rechercher une forme de symbiose qui permette à la fois de satisfaire nos besoins et nos envies tout en enrichissant les milieux, en favorisant la biodiversité. Passer d’une attitude défensive, que suggérerait le respect, à une attitude offensive, où l’amour de la nature n’empêche pas d’y toucher. Et il ne s’agit pas seulement de la campagne, mais aussi des villes, des bâtiments, des espaces publics. La nature peut trouver dans la ville des espaces où elle s’épanouit, et apporte sa pierre, si l’on peut dire, à une ambiance urbaine riche, apaisée et équilibrée ([1]). 

Une attitude strictement défensive risque fort d’être à la longue perdante. L’inaction qu’elle provoque serait soumise à forte pression, avec le risque de voir un jour les barrages emportés et la nature malmenée. Le respect, car il en faut, bien sûr, doit s’accompagner d’une ardente obligation, composer avec la nature, faire avec. Nous retrouvons là une déclinaison du concept du double dividende, gagner sur les deux tableaux, pour la planète et pour l’humanité.

Ces pratiques plus fusionnelles existent depuis toujours, et sont reprises aujourd’hui sous des termes tels que permaculture ou agroécologie. S’intégrer à la nature pour en tirer les produits dont nous avons besoin. Faire corps avec. Toutes les démarches pour imiter la nature, en connaître les mécanismes (et nous avons encore beaucoup à apprendre), et qui constituent le biomimétisme relèvent de la même logique. La ville a tout à y gagner, autant que la campagne.

L’erreur à éviter est d’ajouter aux projets traditionnels une « couche » supplémentaire, qui serait intitulée « respect de l’environnement ». Faire comme avant, et penser à l’environnement après coup, ce qui conduit à quelques replâtrages ou quelques « signes extérieurs de richesse », environnementale comme des panneaux photovoltaïques ou des plantations d’arbres, d’ailleurs pas toujours bien choisis. L’environnement apparaît alors comme une contrainte, qui s'ajoute aux nombreuses autres, telles que la sécurité, la solidarité, etc. Une difficulté supplémentaire, donc des surcoûts, des délais, des complications de toutes natures. Tout ça n'est pas très engageant.

Les projets doivent intégrer l’environnement dès leur origine, pour parvenir à ce fameux double dividende. C'est un appel à la créativité pour imaginer de nouvelles relations avec la nature, ce qui impose de la connaître intimement, de savoir comment elle se comporte dans sa complexité. Nous sommes loin du respect, qui impose une certaine distance et n'oblige pas à comprendre. C'est une symbiose à inventer, qui sera différente dans chaque cas d’espèce. Le développement durable nous conduit à changer de regard. Il ne s'agit pas de faire durer le passé en le corrigeant ici et là, mais d'inventer de nouvelles manières de produire, de nouveaux modes de vie. Non plus une approche défensive, mais une démarche offensive, pour ouvrir de nouveaux horizons. Bien au-delà du respect.


[1]  On pourra à ce sujet se reporter à l’ouvrage d’Emeline Bailly, Dorothée Marchand et Alain Maugard - « Biodiversité urbaine » - Editions PC



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