Une évolution inexorable de nos techniques ?

Par Roger CADIERGUES le 12 Novembre 2009

9 Novembre 2009

Récemment l'un des périodiques proche de notre secteur a souhaité m'interroger sur la politique énergétique actuelle, pensant sans doute que ce serait facile. Malheureusement ma position sur le sujet est plus radicale que jamais, et une interview rapide ne pouvait qu'envenimer le sujet. Finalement j'ai refusé, mais je me suis promis de revenir sur ce plan dans cette lettre laquelle fournit la liberté indispensable à ces intransigeances.

Quel est donc votre point de vue ?

Les politiques énergétiques européennes ou françaises actuelles risquent de conduire à des illusions multiples et à de très mauvais choix. Aboutissant finalement à des dépenses publiques - ou parapubliques - très largement excessives, finalement tôt ou tard interrompues par manque de moyens financiers. Soyons clairs : il ne s'agit pas seulement de chauffage (ce que supposent beaucoup trop de conseillers sans le dire), mais de tous les usages consommateurs d'énergie, y compris ceux externes (serveurs téléphoniques ou Internet). A mon sens, notre critère essentiel, du moins pour le moment, devrait être la production de CO2 - toutes activités - par habitant.

Pouvez-vous être plus précis sur vos perspectives ?

Je vois l'avenir, très proche, comme suit. Nos techniques ont, périodiquement connu - et de plus en plus souvent depuis 1950 - des virages énergétiques forts : j'entends par là le remplacement de certaines énergies par d'autres énergies, un phénomène essentiel en chauffage. Il est manifeste que beaucoup d'esprits ont du mal à s'adapter à ces virages qui, c'est vrai, affectent souvent de façon désagréable certains secteurs industriels. Or mon opinion est que nous vivons actuellement ce phénomène, même si beaucoup refusent de le croire.

De quel virage voulez-vous parler ?

Tout simplement du passage progressif quasi-total à l'électricité dans nos installations lorsqu'elles utilisaient jusqu'ici des combustibles. Bien entendu certains puristes l'acceptent mal, mais ce sont souvent les mêmes qui défendent comme un progrès indéniable le passage aux véhicules électriques. Soyons donc objectifs, et cessons d'être subjectifs. J'ai connu, au Commissariat du Plan, une période où cet organisme - pour prévoir l'avenir énergétique de la France - avait demandé à chaque énergie ses prévisions d'avenir : les charbonnages, les pétroliers, les gaziers, les électriciens. En faisant la somme de ces prévisions, le Commissariat pensait disposer de perspectives valables, pour le chauffage par exemple. Or la somme obtenue était absurde, et dépassait très largement les besoins probables. Sur cette remarque, le Commissariat m'a demandé de procéder à une nouvelle prévision. Ma position a été claire : à cette époque les chaudières à charbon étaient, déjà, souvent remplacées par des chaudières à fioul. C'était là le nœud du problème : le charbon devait décroître. Ce ne fut d'ailleurs pas la fin des retournements : par la suite nous vécurent le passage progressif du fioul au gaz, puis - progressivement - le passage du gaz à l'électricité. Ce sont des virages quasi-inexorables.

Le passage à l'électricité peut-il vraiment se faire avec les équipements actuels ?

Oui et non : il s'agit, aujourd'hui, des mêmes équipements en nom que jadis, mais pas en technologie.

Exemple 1 : les réfrigérateurs ont tellement gagné en efficacité que l'étiquetage énergétique tel qu'il a été initialement prévu doit être réajusté. Avec l'apparition des classes A+ ou A++, la classe la plus performante jadis prévue (A) étant insuffisante à couvrir les efficacités actuelles.

Exemple 2 : les pompes à chaleur, bénéficiant des améliorations considérables de performance énergétique des circuits frigorifiques depuis quarante ans, atteignent des coefficients de performance jadis inenvisageables.

Et ainsi de suite avec l'éclairage, l'eau, etc. Sous les mêmes désignations les équipements ont considérablement évolué, entraînant sur l'existant des réductions de consommation très significatives, même s'il reste encore beaucoup à faire. Et ce en tenant compte des multiples facteurs de nos évolutions énergétiques.

Que voulez-vous dire par là ?

Que la réalité est la suivante : la maîtrise de l'énergie ne repose pas sur un seul facteur, mais sur trois :

  • le comportement des usagers,
  • l'efficacité des systèmes,
  • la décarbonatation des énergies.

Sur le premier, par exemple, il me semble qu'on se trompe beaucoup, pensant que l'incertitude est totale face au comportement incertain des usagers. Je ne suis pas de cet avis, mais sous réserve de revoir complètement les commandes et les automatismes tels qu'on les conçoit trop souvent aujourd'hui (j'y reviendrai).

Roger CADIERGUES


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