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Energie primaire : cessons l’introduction du cheval de 3 pour du convecteur électrique 2.1


Par Bernard Sesolis - Expert Energie Environnement


Ceux qui auront lu l’article → lien de Jean-Pierre HAUET du 23 mai 2019 sur le site Xpair « Energie primaire : cessons de faire la promotion des énergies carbonées dans le bâtiment » et les nombreux commentaires qui ont suivis, dont le mien, comprendront le titre de cette présente humeur.
Jean-Pierre HAUET, Président du Comité scientifique de l’association « Equilibre des énergies », l’EDEN, a longuement répondu aux remarques souvent critiques de son article émises par plusieurs internautes. Qu’il en soit gréé.

Cependant, le contenu de ces réponses ne peut pas rester sans réactions. J’invite ceux qui n’auraient pas encore lu l’article de J.P. HAUET et les commentaires suscités, à le faire avant de lire mon humeur → lien. Ayant le privilège de pouvoir largement m’exprimer, je vais tenter de répondre à certains arguments de l’EDEN. Il ne s’agit pas d’avoir le dernier mot, mais au contraire de poursuivre les échanges et de rectifier ce qui, à mon sens, mérite de l’être.



Quid en substance ?

En résumé (pour les flemmards), l’EDEN considère que le concept d’énergie primaire est absurde pour les bâtiments. S’il faut le garder, alors il faut rétablir un équilibre entre le gaz et l’électricité, en particulier pour les immeubles collectifs suite aux distorsions introduites par la RT 2012 (1), et de manière générale, pour rétablir une équité, car ce qui compte in fine, c’est l’impact carbone. Bref, abandonner le facteur 2,58 et le remplacer par 2.1, valeur proposée par la dernière Directive européenne DPEB (2) que les Etats membres peuvent utiliser sans justification.

Et l’EDEN se propose de le justifier partiellement en argumentant que, dans un kWh électrique français, il n’y a pas que du nucléaire, mais également des énergies renouvelables. Un argument est avancé sous la forme d’une question par rapport à la situation d’avant le premier choc pétrolier : « L’arrivée du nucléaire a posé problème car que signifie l’énergie primaire d’un gramme d’uranium ? ».

La conclusion de l’EDEN se résume donc à proposer de ramener le coefficient 2.58 au 2.1 européen afin de donner une place plus équitable à l’électricité face au gaz dans le futur cadre de la réglementation RE 2020, permettant ainsi à une énergie peu carbonée de ne pas être pénalisée par rapport à une concurrente qui, elle, l’est beaucoup.


Ma réaction aux réactions

Face aux nombreuses et fébriles réactions, J.P.HAUET a pris le temps de répondre point par point aux différents internautes. D’abord, il se défend de représenter un lobby.

Débat sur l'énergie primaire

Débattre en dépassant les convictions, pour le bien commun

Il ne faut pas en avoir honte, surtout lorsque c’est si évident ! Parmi les membres de l’EDEN, les producteurs ou distributeurs d’énergie ne sont représentés que par la filière électrique. Il n’y a aucun secret, même de Polichinelle, tellement cela est transparent. Sur l’argument de la noblesse de l’électricité, j’avançais avec un autre internaute qu’il était dommage de transformer l’électricité en chaleur par effet joule avec des rendements globaux de l’ordre de 1/3 et qu’il valait mieux au contraire l’utiliser exclusivement là où elle est irremplaçable.

En réponse, J.P.HAUET nous attribue le ridicule propos que brûler du gaz serait plus noble !!! Qui parle du gaz ? Qui a émis un tel point de vue ? Voilà bien une approche polémiste qui me fait dire ce que je n’ai, ni dit, ni pensé. En revanche, l’EDEN reste muette sur la remarque que j’émettais sur le rendement global de la production de l’électricité issue d’une centrale thermique fusse-t-elle nucléaire. Où sont passés les 2 kWh sur 3 issus du combustible pour produire l’électricité ? Pourquoi la cogénération est pestiférée en France ? Est-il « équitable » de gâcher autant d’énergie ?

Et justement, J.P.HAUET fustige les notions de rendement ou d’énergie primaire en rappelant qu’on ne s’attarde pas sur ces critères quand on évoque le solaire ou l’éolien. Faut-il rappeler que l’uranium n’est pas une énergie renouvelable ? Faut-il rappeler que les déchets issus de la filière dont il n’est pas lobbyiste, bien entendu, devront à terme être traités, on ne sait toujours pas comment. A ce sujet, je vous invite à lire un récent article édifiant du journal Le Monde (3) sur cette question.
Faut-il aussi rappeler qu’un bilan énergétique avec n’importe quelle énergie renouvelable tient compte des rendements de production ? Sinon, peut-être serait-il envisageable de mettre à pied d’égalité un chauffage effet joule alimenté par du PV et des apports solaires passifs !!!

Oui, finalement, il fallait le rappeler…

Dans la même veine, par sa question posée, il considère que le nucléaire n’a pas à être comparé à l’aune des énergies primaires. Etrange constat. Dispose-t-on chez soi d’uranium 235 et peut-on l’utiliser directement ? Le trouve-t-on en creusant dans son jardin ! Plusieurs internautes osent avancer que le coefficient 2.1 favoriserait le convecteur électrique.

Selon J.P.HAUET, une telle prédiction serait une « petite polémique » qu’il faudrait arrêter. Mais plus loin dans ses réponses, il fait la promotion du convecteur, « intelligent », à gestion active, et fait part d’une enquête montrant qu’en moyenne, des utilisateurs de ces équipements ne chauffent qu’à 17°C.

Quelles économies donc ! Faut-il encore rappeler que l’effet « portefeuille » est un facteur qui poussent les utilisateurs à réduire leurs factures avec un tarif unitaire énergétique élevé par rapport aux autres énergies. Cela fait longtemps que l’on constate une température moyenne plus faible quand le chauffage est électrique. La gestion active, c’est d’abord la limite que se donne l’utilisateur sur sa facture… Les systèmes de gestion active supposés engendrer 30% d’économie devraient, selon l’EDEN, être bonifiés dans la future RE 2020. Avec un coefficient 2.1 et une telle bonification, même plus besoin de PAC, voire d’une bonne isolation…..

Pourquoi une telle promotion du retour du convecteur ? Certains esprits pernicieux pourraient penser que la marge est peut-être plus importante quand on vend un convecteur plutôt qu’une PAC. Voilà le genre de suspicion que peut engendrer une telle polémique provoquée par J.P. HAUET.

Ce dernier cite également la configuration PAC + CET (pompe à chaleur + chauffe-eau thermodynamique) comme étant vertueuse. Effectivement, tout lecteur d’Xpair sait que les COP arrivent à compenser le coefficient 2,58. Du coup, dans les secteurs où cette configuration est envisageable, elle est largement prescrite. C’est pour cette raison que cette solution électrique s’est substituée à l’effet joule en construction. Dans son article, J.P.HAUET s’est empressé de donner les courbes du marché en immeubles collectifs montrant le remplacement des solutions effet joule par des solutions gaz. Mais pas celles des maisons individuelles pour lesquelles la filière électrique s’est bien reprise sur le marché, justement, grâce aux PAC. La maison individuelle représente 60% du parc, les immeubles collectifs, 20%. Un beau marché en construction et rénovation en perspective. Mais pour ceux qui prônent « l’équilibre des énergies », ce n’est jamais suffisant….L’habitude d’avoir été en position hégémonique depuis longtemps est difficile à perdre. Et justement, il s’en défend. Je ne peux pas m’empêcher de restituer intégralement une partie de sa réponse quand il évoque le développement des usages directs des énergies renouvelables : « …Mais il faut reconnaître que l’électricité est aujourd’hui le vecteur énergétique décarboné le plus accessible et que, s’il n’y avait pas l’électricité pour permettre le développement des énergies renouvelables (solaire et photovoltaïque), celles-ci, qui ne pèsent déjà pas très lourds dans le bilan énergétique, pèseraient encore beaucoup moins. Mais le choix des solutions électriques, quelles qu’elles soient, est bridé par la considération de l’énergie primaire et le coefficient de 2,58 qui date des énergies fossiles (1972) ».

Je n’invente rien. Tout lecteur pourra vérifier que ceci a bien été écrit par J.P.HAUET en réponse aux réactions suscitées par son article → lien. Tout lecteur pourra apprécier la bonne foi du représentant de l’EDEN qui considère que ses contradicteurs polémiquent. Je me refuse à répondre point par point à ces énormités.

Le dernier argument pour montrer que la décarbonation passe par l’effet joule consiste à avancer que le kWh électrique chauffage et les autres kWh électriques étant indissociables, il serait « spécieux » d’affirmer que les pointes d’hiver seraient liées au chauffage. La preuve : depuis le 1er mars 2018, sur 16 mois, le contenu en CO2 par kWh n’a jamais excédé 103 g. C'est-à-dire moins que le fioul (343 g) ou le gaz (243 g). J.P. HAUET nous prend pour des poissons qu’il tente en vain de noyer. Il omet simplement de préciser que le chauffage pèse entre 180 et 210 g selon les sources qu’il utilise (équivalences du DPE, référentiel E+C-). Les 103 g en moyenne sont la résultante du chauffage et des autres usages qui, eux, sont consommés toute l’année avec des ratios de contenu CO2 variant de 40 à 60g/kWh.
Cette comparaison se réduit tout bonnement à une entourloupe grossière ! Monsieur HAUET, le chauffage électrique est en partie responsable des pointes d’hiver ! Personne à EDF, ErDF ou à RTE n’oserait affirmer le contraire. Pour la filière électrique, vouloir à nouveau ouvrir la porte au convecteur plutôt que de banaliser les PAC ne ferait qu’augmenter la part carbone du kWh électrique. Les rendements comme les chiffres, sont têtus… Alors si J.P.HAUET considère que « la décarbonation est un enjeu trop grave pour s’arrêter à des polémiques », il serait opportun d’en finir avec des arguments aussi éculés que ceux qu’il est sensé combattre.

Malgré la forte pénalisation infligée par la RT 2012 au chauffage électrique direct au profit du gaz en immeuble collectif, la filière électrique s’en est bien remise grâce à la PAC enfin considérée comme un produit standard. Il fallait cela pour que l’électricité retrouve ses « lettres de noblesse » en proposant une solution chauffage peu carbonée et pertinente.
Si la RT2012 a bien été une fossoyeuse de l’effet joule en immeuble collectif, ce n’est pas le cas pour les bâtiments à très faibles besoins de chauffage comme par exemple, les bureaux ou la plupart des bâtiments en zone H3.


En attendant une éventuelle réponse sérieuse…

Pour l’EDEN, « le débat de fond est de savoir si on veut migrer ou non vers une société décarbonée. Si ce n’est pas le cas, laissons les énergies carbonées (le gaz est bien entendu la première de celles-ci) continuer à se développer ». En d’autres termes, si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Moi seul détiens la vérité. Une société décarbonée sera une société où l’énergie nucléaire sera le garant de la continuité de service permettant aux énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien) de contribuer comme elles peuvent à fournir de l’électricité vertueuse et surtout être utilisées pour des usages directs. Une éventuelle réaction de J.P.HAUET ou d’un expert de la filière électrique confirmera ou infirmera peut-être ce que je pense de leurs pensées.

En attendant, je peux leur rappeler (c’est fatigant d’avoir à enfoncer autant de portes ouvertes….) que cette vision est loin d’être la plus pertinente. Ceux ayant aussi des capacités à imaginer une société décarbonée sur un tout autre modèle, sont nombreux et devront être entendus et pris en considération par la filière électrique française qui, décidément, à toutes les difficultés à sortir de son ornière culturelle.

Il faut arrêter la polémique ? Alors, arrêtons d’argumenter sur le seul choix entre la chaudière gaz et le convecteur électrique. Collectivement, nous sommes capables de nous montrer plus subtils en évitant des débats manichéens et stériles.

radiateur et chaudière énergie primaire

Le passage du coefficient de 2.58 à 2.1 induirait un renouveau du convecteur électrique. L’EDEN le nie tout en affirmant que, finalement, le convecteur électrique serait une bonne solution décarbonée. Le 2.58 est un coefficient politique ? Soit. Mais, 2.1 serait-il un coefficient scientifiquement avéré ? L’Europe l’a choisi. Mais est-ce un argument recevable ? Pourquoi alors l’Europe ne prend pas pour exemple le modèle de production électrique français actuel ?
Et puis après le 25 décembre 2022, on changerait de valeur du coefficient. Dans quel sens ? Avec quelle vision ?
La guéguerre entre le convecteur et la chaudière gaz, très franchement, ce n’est plus le sujet !

Voilà Monsieur HAUET, quelques réactions et nouvelles questions induites par vos réponses. J’attends par ailleurs vos retours sur mes remarques du 23 mai (celles que j’ai écrites, pas celles que je n’ai pas écrites….) et celles des lecteurs d’Xpair qui méritent d’être considérés sans condescendance.

L’avenir énergétique est trop lié à la décarbonisation pour en débattre sans recul, en défendant telle ou telle filière. Le militantisme et le lobbying sont utiles. Quoi de plus normal qu’une filière forge sa stratégie en défendant ses intérêts et non le bien commun. Mais la nécessité d’une réflexion dépassant les convictions devient patente et urgente. Le media Xpair sera peut-être un des lieux où cette réflexion pourra se développer.

Pour l’instant, le passage du coefficient d’énergie primaire pour l’électricité de 2.58 à 2.1 dans la future RE 2020 serait une très mauvaise idée pour ceux qui veulent voir les constructions contribuer efficacement à une décarbonisation rapide du parc bâti. Parole d’électron libre !

(1) Cf. figure 2 de l’article de J.P.Hauet montrant l’effondrement du marché du logement en collectif au profit du gaz.
(2) DPEB : Directive sur la Performance Energétique des Bâtiments du 11/12/2018.
(3) « Le poison lent des déchets radiooactifs « oubliés » », Le Monde, 12 juin 2019, Pierre Le Hir.


Par Bernard Sesolis - Expert Energie Environnement






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À propos de l'auteur Bernard SESOLIS


Consultant Energie - Environnement, Docteur en géophysique spatiale environnement, Bernard SESOLIS a une longue expérience en secteurs publics (Ministère de l’Equipement) comme privés (fondateur et directeur des bureaux d’études Tribu puis Tribu-Energie). Auteur de nombreux ouvrages, il est également investi dans plusieurs associations (AICVF, Effinergie, ICEB...). il poursuit actuellement ses activités de conseil et de formation dans le domaine des bâtiments respectueux de l’environnement et soucieux des usagers.


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Commentaires

  • Jacques
    27/06/2019

    Il y a quand même un énorme avantage à ce coefficient de 2,1: la disparition instantanée des passoires énergétiques électriques.
    La massification de la rénovation énergétique aurait ainsi commencé pour pas cher...,

  • abdelwahid
    27/06/2019

    Débat inutile... un de plus. Quand on aura compris que le CO2 rejeté par les humains ne représente que 4% des 0.04% de la totalité de l'atmosphère terrestre, on finira par enfin ouvrir les yeux: le roi est nu.
    A titre d'exemple les rejets de CO2 engendrés par la totalité des voitures sur terre ne représente que l'équivalent d'une allumette brûlée pendant 20 ans dans une pièce de 100m3.
    L'énergie "fossile" est absolument merveilleuse, je vous invite à écouter Alex Epstein sur cette question.

  • Christian
    27/06/2019

    Bien. Merci pour cette mise au point. Quand j'étais jeune, on ne chauffait pas les chambres de la maison; il y avait une magnifique décoration des fenêtres simple vitrage due au gel ! On compensait par des couvertures, des édredons, des pyjamas, une brique chaude dans le lit avant de se coucher ... Et je suis toujours vivant et en très bonne santé ! Du coup, sans vouloir revenir à la bougie ou à l'âge de pierre comme le diront certains, si nous chauffions beaucoup moins en hiver tout ou partie de nos habitats, peut être que nous pollurions beaucoup moins notre environnement quelque soit le combustible ou la technologie utilisée ! C'est tellement simple qu'on oublie volontiers d'en parler. Faut dire que la publicité pour le cocon au domicile et la flemmardise en prendrait un coup !

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