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Faut-il rendre obligatoire la mesure de perméabilité à l’air pour les bâtiments tertiaires ?

Par Alice MEHEUT Ingénieur et cogérante du BET UBAT Paris

Projet Veolia Aubervilliers

Projet Veolia Aubervilliers – Source Veolia
Mesure de perméabilité à l’air sur le bâtiment entier : 46876 m² - Q4Pa_surf : 0.89 m³/(h.m²)


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Les nouvelles dispositions réglementaires !

La nouvelle norme internationale régissant les mesures de perméabilité à l’air, la norme ISO 9972 – « Détermination de la perméabilité à l’air des bâtiments » - entre en vigueur au 1er septembre 2016 ainsi que son guide d’application FD P50-784 (juillet 2016) associé.

Ces deux nouveaux textes viennent remplacer la norme européenne NF EN 13829 et son guide d’application GA P50-784 de Déc. 2014 et logiquement on pouvait s’attendre à une nouvelle obligation : la mesure de perméabilité à l’air des bâtiments tertiaires. Pourtant, ni l'arrêté du 25 juillet 2016 modifiant la RT 2012 pour imposer l'application de cette norme NF EN ISO 9972, ni le guide d’application FD P50-784 ne changent la position adoptée par la RT2012 vis-à-vis du tertiaire.

Dans le cadre de la RT 2012, pour le secteur tertiaire, aucune exigence de résultat n’est imposée. Une valeur par défaut est prise en compte dans le calcul thermique. Seuls les bâtiments tertiaires ayant une valeur plus exigeante que la valeur par défaut dans le calcul thermique doivent faire l’objet d’une mesure de perméabilité à l’air en fin de travaux pour justifier le niveau effectivement atteint. L’expérience montre pourtant depuis maintenant 3 ans que l’intérêt des Maîtres d’Ouvrages est grandissant pour la mesure de perméabilité à l’air sur les bâtiments tertiaires :

  • Les labels encouragent l’amélioration des performances et la mesure de perméabilité à l’air est un outil de vérification de cette promesse de performance
  • La perméabilité à l’air d’un bâtiment tertiaire ne peut se contenter d’une mesure en fin de travaux. Elle engendre, le plus souvent, une démarche de suivi tout au long du projet avec la mise en œuvre d’un plan d’assurance qualité qui permet de vérifier la qualité d’exécution de l’ouvrage aux différents stades d’avancement du chantier. Ce suivi qualité est directement bénéfique par rapport aux objectifs d’excellence du Maître d’Ouvrage
  • Les industriels se sont mobilisée depuis l’entrée en vigueur de la RT 2012 pour proposer des solutions de traitement de l’étanchéité à l’air, même pour les lots qui semblaient les plus complexes, comme le lot ascenseurs
Alors que manque-t-il pour se lancer dans la mesure systématique de la perméabilité à l’air des bâtiments tertiaires ? La question est posée pour la RT 2020 mais les retours d’expérience ne sont pas encore assez partagés.

L’association EFFINERGIE contribue, avec son observatoire BBC, à la diffusion de ses retours d’expérience sur l’étanchéité à l’air des bâtiments tertiaires.

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Les retours d’expérience sur l’étanchéité à l’air des bâtiments tertiaires

Selon l’observatoire BBC – EFFINERGIE (données présentées au Club Perméa le 23 Juin 2016 : 41 projets labellisés BBC Effinergie – 4 projets labellisés Effinergie + et 5 bâtiments BEPOS Effinergie +) :

  • Les valeurs moyennes de Q4Pa_surf connaissent une amélioration en fonction de l’exigence du label : plus le label est exigeant et plus les résultats de la mesure de perméabilité à l’air sont performants
  • L’amélioration du Q4Pa_surf est en parti lié à l’année de construction : les bâtiments les plus récents sont aussi les plus étanches avec un seuil minimum observé dans l’échantillon à 0,50 m³/(h.m²)
  • La valeur de Q4Pa_surf à 0.80 m³/(h.m²) semble être considérée comme atteignable alors que celle à 0.60 m³/(h.m²) - 0.50 m³/(h.m²) serait considérée comme trop ambitieuse
  • La distinction par typologie de bâtiment et par mode constructif n’a pas pu être approfondie compte tenu du manque de robustesse des données exploitables et de la petite taille de l’échantillon

Une étude approfondie mériterait donc d’être menée pour identifier d’autres facteurs comme le :

  • Rapport entre le Q4Pa_surf et les surfaces de parois froides hors plancher bas (Atbat) du bâtiment,
  • Rapport entre le Q4Pa_surf et les typologies de l’enveloppe,
  • Rapport entre le Q4Pa_surf et les équipements techniques présents dans le bâtiment, etc.

La maîtrise de l’étanchéité à l’air d’un bâtiment tertiaire n’est finalement pas beaucoup plus complexe que celle d’un bâtiment collectif mais la pratique de l’échantillonnage dans le résidentiel, aujourd’hui totalement interdite dans les bâtiments tertiaires (cf. nouvelle norme et nouveau guide d’application), n’a pas facilité l’acquisition d’un savoir-faire sur la mesure d’étanchéité à l’air de l’enveloppe entière d’un bâtiment.

Pour les bâtiments tertiaires, 3 dimensions sont à prendre en compte pour la maîtrise de l’étanchéité à l’air :

  • Le niveau d’étanchéité à l’air de l’enveloppe en fonction du mode constructif (béton, ossature bois, ossature métallique, murs rideaux, etc.) et des typologies de façades
  • Le niveau de risque par rapport aux percements et traversées de cette enveloppe par tous les types de fluides
  • Le niveau de difficultés à obtenir un Q4Pa_surf performant par rapport aux équipements techniques qui seront mis en place : systèmes de désenfumage, ascenseurs, etc.

Sur ces 3 dimensions, beaucoup de progrès ont été faits par l’ensemble de la filière : les professionnels des différents lots et les industriels.
Nous concentrerons notre propos sur un exemple qui est à l’origine d’une partie des réticences à la mesure de perméabilité à l’air : la ventilation des gaines d’ascenseurs.

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La maîtrise de l’étanchéité à l’air des bâtiments tertiaires : les solutions pour le traitement des ascenseurs

La ventilation des gaines d’ascenseurs a longtemps été considérée comme rédhibitoire aux mesures de perméabilité à l’air. En effet, la ventilation haute de la gaine d’ascenseur d’une dimension de 7 dm² impacte fortement le résultat de la mesure de perméabilité à l’air : même si l’ascenseur est à l’arrêt avec ses portes fermées, des fuites importantes sont observées à la jonction ouvrant/dormant des portes.

Pourtant des solutions ont fait leurs preuves :

Installation d’un volet motorisé sur la ventilation haute de la gaine d’ascenseur
Le principe est de pouvoir contrôler l’obturation de la ventilation haute de la gaine d’ascenseur par une unité centrale qui pilote un registre motorisé. Grâce à l ’obturation motorisée de la ventilation haute de la gaine technique, les déperditions énergétiques sont limitées et la ventilation de la gaine est optimisée par rapport aux besoins réels du bâtiment.

Au moment du test de perméabilité à l’air, le volet est maintenu fermé permettant ainsi d’éliminer les fuites d’air liées à cette ventilation permanente de la gaine d’ascenseur :

Système motorisé

Le système motorisé est à l’arrêt le jour de la mesure de perméabilité à l’air et son clapet fermé

Utilisation d’une VMC ou CTA pour la ventilation de la gaine d’ascenseur
L’autre solution est d’intégrer, dès la phase conception, l’utilisation d’un système de ventilation mécanique contrôlée (caisson d’extraction VMC) ou d’une CTA pour assurer le renouvellement d’air dans les cages d’ascenseurs. Cette solution a aussi fait ses preuves.
Le jour de la mesure de perméabilité à l’air, les caissons de VMC ou CTA dédiés aux installations des ascenseurs sont conditionnés comme ceux mis en œuvre pour les sanitaires ou pour les autres besoins. L’opérateur de mesure peut obturer ce réseau de ventilation pour éliminer les fuites d’air car les déperditions de cette installation ont déjà été prises en compte dans le calcul thermique.

VMC dédié à la gaine de ventilation de l’ascenseur

La VMC dédié à la gaine de ventilation de l’ascenseur est arrêtée et colmatée le jour de la mesure

Cette solution a déjà été mise en avant par la Fédération des Ascenseurs dans un dossier technique publié en Avril 2012 : « l’utilisation de la ventilation existante du bâtiment (CTA : Centrale de Traitement d’Air ou VMC double flux) pour assurer la ventilation de gaine peut être une solution efficace et simple à mettre en œuvre ».

Schéma de principe d'une ventilation via une CTA

Source : dossier technique ventilation des gaines d’ascenseurs – Fédération des ascenseurs – Avril 2012

Suppression de la ventilation naturelle en tête de la gaine d’ascenseur
Soucieux de répondre aux exigences réglementaires permettant d’assurer la ventilation haute de la gaine d’ascenseur (règlementation européenne et française (Directive 95/16/CE et normes NF-EN 81-1/2), tout en proposant des solutions pour limiter les déperditions énergétiques des bâtiments, les industriels ont aussi innové : à l’exemple d’OTIS qui a lancé en début d’année son système breveté PULSAIR.

L’objectif est de supprimer l’ouverture, pour la ventilation naturelle, de la gaine d’ascenseur et de la remplacer par un système qui assure le renouvellement d’air dans la cabine grâce à un design spécifique des portes avec des entrées d’air brevetées :

Système Puls'air

Système Puls’air – source Otis

Les débats passionnés des professionnels sur la question de la ventilation des gaines d’ascenseurs et l’étanchéité à l’air arrivent donc à maturité avec les différentes solutions proposées. Les arguments qui étaient avancés par les ascensoristes, notamment celui qui consistait à dire qu’il n’était pas possible d’installer un organe étranger en gaine d’ascenseur, sont petit à petit levés (cf : COFNA-IREC /2/006 – version : 03 - 26 juin 2014).

Reste la question de l’exigence de la mesure de perméabilité à l’air dans les bâtiments tertiaires, en neuf comme en rénovation. Certains pourraient penser que les bâtiments tertiaires rénovés ne peuvent faire l’objet d’une mesure de la performance sur l’étanchéité à l’air. Certes, les précautions à prendre et l’analyse des points singuliers requièrent un véritable savoir-faire mais dans ce cas aussi il existe une courbe d’apprentissage qui passe par l’implication de tous les acteurs de la filière pour innover et vaincre les réticences.

Par Alice MEHEUT Ingénieur et cogérante du BET UBAT Paris

SOURCE

Ubat Paris
2 bis rue André Pontier
94130 NOGENT SUR MARNE
Tél. 01.48.73.58.43
www.ubat.fr Logo Ubat Paris


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Commentaires

  • Arketherm
    15/09/2016

    Nous réalisons des Etudes thermiques Rt2012 pour les bâtiments tertiaires et tests de perméabilité a l'air intermédiaires pour ce type de bâtiment. Mais de quels bâtiments tertiaires s'agit il ? Entre les bâtiments en zone commerciale, salle polyvalente ou même bureaux pour les plus connus, nous sommes loin voire très loin des bâtiments de type logements qui nécessitent une obligation. Il n'est pas concevable de rendre obligatoire ces tests finaux. D'une part, l'aberration du moteur de calcul pour les bâtiments tertiaires, où les composantes et valeur pivot de celles ci, sont surtout liées a l'éclairage et ventilation pour leur coefficient de 2,58, et d'autre part en raison des volumes énormes, rapportés a leur surfaces deperditives et leur complexité de repartition en zone souvent différentes. Même dans le cas des échantillonnages on ne vérifierai qu'une partie de bâtiment dit représentatif. Cela devient aussi une aberration puisqu'on sait très bien que l'autre partie de bâtiment non soumis au contrôle ne sera jamais testé et devient impropre a sa destination, c'est a dire non conforme au sens Rt2012.

  • Eric
    15/09/2016

    Il faut rendre obligatoire la mesure de perméabilité à l’air pour les bâtiments tertiaires, notamment et c'est l'évidence afin que les points singuliers soient traitées. Le gain sur le Bbio en maison individuelle avec une perméabilité à l'air soignée est de l'ordre de 20 %, c'est gigantesque ! L'énergie est notre avenir il faut l'économiser !!! En même temps le moyen le plus simple aujourd'hui pour vérifier la qualité de mise en oeuvre du bâti c'est la perméabilité à l'air mesurée. D'une pierre deux coups !

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