Sept organisations professionnelles créent l’Association Française de la Ventilation



Par Bernard Reinteau - Journaliste en Presse Bâtiment



Le débat sur la structuration des métiers de la ventilation dure depuis plusieurs années, et les parties prenantes de ce secteur viennent de se structurer en association. Les buts de ce carrefour d’intérêts : soutenir la croissance du marché, améliorer les prestations et faire évoluer la réglementation.


Création de l’Association Française de la Ventilation. Cette occasion sera-t-elle la bonne ?

Cela fait plusieurs années – on devrait même compter en dizaines d’années – que les professionnels de la ventilation, installateurs et industriels, évoquent voire tentent de se rassembler. Les motivations étaient d’abord portées par la qualité de réalisation ; puis avec la RT 2012 et ses règles d’étanchéité à l’air, on a aussi mis en avant les débits d’air qui jusqu’alors intégraient … les fuites du bâti. Désormais, avec les débats sur la RE 2020 qui pourraient « upgrader » encore le niveau d’exigences, et surtout l’effort du gouvernement sur la rénovation du bâti existant et la prise à bras-le-corps de la rénovation tertiaire au cours des 30 prochaines années, la mise en ordre de marche de toutes les parties prenantes devient urgente.


association française ventilation

Sur la photo, de gauche à droite : Ghislain Eschasseriaux (FEDENE) -  Jean-Claude Rancurel  (CAPEB) - Jean-Paul Ouin (UNICLIMA) - Pascal Housset (UMGCCP-FFB) - Roland Bouquet (SYNASAV) - Jean-Pascal Chirat (FNAS) - Fernando Ramos et Tugdual Papillon (SNEFCCA)


Ce 27 Janvier, sept organisations professionnelles ont annoncé la création de l’Association Française de la Ventilation.

Figurent parmi les fondateurs de cette nouvelle institution :
- les organisations professionnelles du secteur du bâtiment : l’UNA CPC (union du chauffage, plomberie et de la couverture) de la Capeb, l’UMGCCP (couvreurs et climaticiens) de la FFB ;
- les organisations professionnelles spécialisées : le Synasav, syndicat du SAV membre de la Fedene, et le Snefcca, syndicat des installateurs, industriels et centres de formation du secteur du froid commercial et des grandes cuisines ;
- les distributeurs de la FNAS, spécialistes du chauffage, de la plomberie et de la ventilation ;
- les industriels réunis au sein d’Uniclima, syndicat des industriels du chauffage, de la climatisation et de la ventilation.

Cette structure est présidée par Pascal Housset, par ailleurs vice-président de l’UMGCCP-FFB. Il est accompagné de trois vice-présidents, Roland Bouquet, président du Synasav, Jean-Pascal Chirat, vice-président de la FNAS, et Jean-Claude Rancurel, président de l’UNA CPC Capeb. Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima, est membre de ce conseil d’administration au titre de trésorier. Le secrétariat et l’animation sont tenus par Hugues Haëntjens, ex-journaliste de presse professionnelle et spécialiste du secteur du génie climatique.


Ventilation et QAI, un véritable sujet de santé publique

Jean-Claude Rancurel précise les objectifs de l’association : « Que les installations soient efficaces, bien réalisées et pérennes ». En effet, les études récentes indiquent qu’en construction neuve, 56% des VMC installées seraient non conformes. Dans les logements résidentiels existants, le constat est aussi sévère. Dans une étude de l’institut BVA réalisée en 2018, « seuls 34% des personnes interrogées disent avoir fait contrôler une fois leur système de ventilation », reprend Roland Bouquet. Il rappelle qu’à l’occasion des 14 millions d’interventions de ses adhérents remontent constamment les mêmes problèmes de dysfonctionnement des installations : « des non-conformités, des détériorations de réseaux tels que des gaines déchirées, écrasées, fuyardes, ou des conduits encrassés, bouchées … ».

Il liste très aisément les conséquences : humidité et condensation dans les locaux, développement de moisissures … L’état des lieux est connu depuis des années et a fait l’objet de nombreux colloques, séminaires et études. En 2014, un travail réalisé par l’Anses, le CSTB et l’Observatoire de la Qualité de l’air intérieur (ce dernier a été créé il y a 20 ans !) avec les économistes de l’université de Paris-Sorbonne établissait le coût global et collectif de la pollution intérieure à 20 Mds€ par an, 20 000 décès annuels directs et 28 000 nouveaux cas d’asthmes, allergies …

Un travail de l’APPA (l’association des praticiens hospitaliers et associés) en 2017 fait état du quadruplement de l’asthme en 30 ans.

Ce professionnel de la maintenance donne quelques pistes pour améliorer la situation : sensibiliser les occupants sur ces problèmes de santé, mais aussi qualifier les techniciens de maintenance, faire évoluer la réglementation en obligeant à entretenir annuellement son installation, développer les équipements de suivi de la qualité d’air intérieur – les outils de mesure ont fait de gros progrès ces dernières années.


Accélérer le renouvellement du parc

Pour sa part, Jean-Pascal Chirat prend appui sur l’importante réglementation et les stratégies élaborées ces derniers temps (Plan Climat, plan de rénovation énergétique des bâtiments, loi Elan, décret tertiaire, plan de relance …) pour argumenter sur les soutiens à apporter à la ventilation. « Le contexte réglementaire favorise la mise à niveau des équipements, les économies d’énergie et la santé des occupants. »

Pour le vice-président, cette association vise à soutenir la croissance de ce marché en résidentiel individuel et collectif comme en tertiaire. En maisons individuelles, Jean-Pascal Chirat estime le parc à 10 millions de VMC. Les ventes annuelles sont de l’ordre de 850 000 pièces, et 20% seraient posées dans le neuf. Avec 80% de ventes en rénovation, le taux de remplacement serait de 5 à 7%.

En habitat collectif et en tertiaire, les ventes sont de 115 000 unités, et pareillement, le neuf consomme 20% de ce volume. Le parc en fonctionnement est estimé à 1,2 millions de caissons, et le taux de remplacement serait aussi de 5 à 7%. À la différence de l’individuel qui entretient peu son système – un tiers serait régulièrement entretenu – le collectif et le tertiaire sont plus précautionneux : 80% du parc est régulièrement maintenu sur la base de contrat de type P2 (entretien des installations).

Dans les deux cas, milite Jean-Pascal Chirat, « l’objectif est de favoriser la rénovation du parc et de faire évoluer le taux de remplacement vers 8 à 9%. Dans l’individuel, cela représente 150 à 200 000 unités supplémentaires par an, soit une augmentation de 20% ; dans le collectif, ce sont 10 000 caissons de plus chaque année, soit 10% de plus. Un tel niveau contribuerait à apporter une croissance bénéfique à la filière. »


Un soutien politique affiché

L’initiative est suivie par trois députés. Pour Jean-Luc Fugit, député du Rhône et président du Conseil national de l’air, le sujet est important, et il a milité pour qu’il soit pris en compte dans les aides MaPrimRenov gérées par l’Anah.

Dans le cadre du 4ème Plan national santé, il a proposé à la ministre de la Transition énergétique, Barbara Pompili, de compléter le diagnostic de performance énergétique (DPE) d’un examen des aérations et de la ventilation des logements, d’agir en faveur de la maintenance de la ventilation, de réfléchir à un étiquetage des systèmes ainsi qu’au mode de surveillance de la qualité de l’air. Par ailleurs, il propose de développer des certificats d’économie d’énergie basés sur l’amélioration de la qualité de l’air intérieur.

Marjolaine Meynier-Millefert, députée de l’Isére, très impliquée dans les dossiers bâtiments et énergie, souligne que les confinements ont montré l’importance de la qualité de l’air intérieur « quand on passe 100% de son temps dans les bâtiments ». Soulignant des témoignages d’occupants qui ne souhaitent pas avoir d’entrées d’air dans les menuiseries, elle pose une priorité : « Il faut que la ventilation soit mieux comprise et perçue ». Désignant l’association qui vient de se créer, elle indique : « Il faut isoler et ne pas rendre le bâtiment hermétique. Pour cela, nous avons besoin de ce collectif ».

Claire Pitollat, députée des Bouches-du-Rhône et membre d’un groupe d’étude « Air et Santé » à l’Assemblée nationale, se dit « convaincue qu’il faut faire évoluer les normes sur la qualité de l’air intérieur. Et pour cela, nous avons besoin d’un rassemblement des acteurs pour les réaliser et qu’elles soient profitables aux usagers ». Connaisseuse du cas très spécifique et déjà maintes fois médiatisé du mauvais état sanitaire des écoles marseillaises, elle précise au sujet des chantiers de rénovation de ces sites l’importance de la visibilité des intervenants de la filière ventilation : « Il faut que la qualité d’air intérieur soit mentionnée dans le dossier de rénovation ». Pour une pérennité des équipements, elle propose « une présence des acteurs au long de la vie des bâtiments », que ce soit pour la maintenance, mais aussi « pour informer les occupants ». Et comme Jean-Luc Fugit, elle partage l’idée « d’une ouverture du DPE vers un diagnostic santé du bâtiment ». Elle dit avoir été entendue par la ministre Barbara Pompili.

Pour sa part, Marjolaine Meynier-Millefert se montre prudente : « Le DPE est déjà multifonctions. À le charger de trop de sous-dossiers, on risque de le rendre illisible ».


Des initiatives bientôt lancées par l’Association Française de la Ventilation

La création de l’Association Française de la Ventilation et la désignation de son conseil d’administration devraient être prochainement suivies d’annonces d’actions.

Selon Jean-Paul Ouin, la procédure de réception de la ventilation contenue dans le projet de réglementation environnementale 2020 (RE 2020) a suscité la création d’un groupe de travail sur ce sujet. Il ajoute que, dans le travail que mène actuellement le Plan Bâtiment Durable sur le label qui devrait suivre la publication de la RE 2020, la qualité de l’air intérieur devrait mieux être prise en compte.

Pour Pascal Housset, président de l’AFV, il est aussi possible de faire évoluer la situation en s’inspirant de l’existant. Il cite le contrôle des installations gaz lors de leur livraison qui ont permis de contenir les anomalies à moins de 5%. Il évoque aussi l’initiative actuellement poursuivie pour délivrer une étiquette énergétique sur les chaudières existantes ; le principe pourrait selon lui être étudié pour une transposition à la ventilation.

Pour Jean-Claude Rancurel, ce premier temps de l’association doit être poursuivi par une opération de montée en puissance. Les prochaines semaines seront consacrées au rassemblement d’adhérents ainsi qu’à la préparation d’un budget et la rédaction d’un plan d’actions. Parmi elles, il cite : « former les jeunes et aussi les entreprises ».


Association Française de la Ventilation
Contact : secretariat@afventilation.fr
Tel. : 06 89 62 69 88



création association
 


Commentaires

  • mehdi
    0
    03/02/2021

    Bonne continuation et bravo pour tout la famille de HVAC .
    Le métier reste toujours vivant et renouvelable high-tech assurée par les experts de HVAC


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