Les certifications énergétiques face à leur avenir ...

Dans mes deux précédentes lettres j'ai indiqué les objectifs de la directive européenne sur les performances énergétiques, et les principaux problèmes posés par ces directives. Ce ne sont pas les seuls problèmes à examiner : il en existe d'autres. Ils sont certes assez différents, mais ils conditionnent largement l'avenir de la certification énergétique européenne.

Il s'agit des problèmes que vous avez classés comme "supplémentaires", ce qui peut conduire à les classer comme secondaires ?

Certainement pas, mais ils sont d'une autre nature. Ces problèmes "supplémentaires" que je souhaite aborder sont au nombre de quatre, et concernent :

1 - la normalisation de la méthode d'évaluation,
2 - le rapport inévitable entre certification et réglementation,
3 - l'organisation des fonctions d'expertise,
4 - la liaison avec les évolutions réglementaires liées au développement durable.

Je vais essayer de traiter de ces quatre problèmes dans cette lettre.

Commençons donc par le premier problème : la normalisation de la méthode d'évaluation ?

Je constate dans différents pays (France, Grande Bretagne, Allemagne, etc…) une sorte de course aux méthodes d'évaluation, placée généralement sous le couvert de la réglementation énergétique nationale (thermique en France !). Or, mes contacts avec des représentant des "nouveaux" européens démontrent qu'ils n'ont pas l'intention d'avoir leur réglementation propre, et qu'ils attendent tout de la normalisation européenne, en charge dès maintenant de quelques 31 normes répondant aux besoins en cause. J'avoue ne pas voir (pour ne pas dire plus) l'intérêt de règles nationales, et je pense inévitable que nous allions vers une méthode européenne normalisée. Que les processus de normalisation européenne soient satisfaisants est un autre problème, mais le recours à une méthode unifiée me paraît essentiel pour éviter des gaspillages lourds et regrettables.

De toutes façons la directive implique l'existence d'une réglementation, en dehors même de la certification ?

Sauf à sombrer dans l'absurde, il me semble manifeste que la certification doit prendre le pas sur toutes les autres démarches, y compris celles concernant la réglementation. Qu'on ait choisi de certifier est un problème en soi, qui vaudrait sans doute une réponse moins brutale que le oui européen, mais une fois la certification décidée je pense qu'il vaut mieux la prendre pour pivot. La solution la plus simple, et alors la plus efficace et la plus économique, est de fixer les objectifs réglementaires sur la base d'un niveau minimal de certification : C, D etc… Bien entendu ce niveau doit être fixé en fonction de la zone climatique : c'est le seul apport national qui devrait être accepté. Dans ces conditions la question "faut-il unifier les réglementations énergétiques européennes ?" perd tout son sens. Celles-ci, sauf déraison incompréhensible, devraient s'appuyer sur les certifications. Et non l'inverse.

Vous avez également fait allusion à l'organisation des expertises : de quoi s'agit-il ?

A mon avis c'est très simple, même si l'Europe met plusieurs années à s'adapter. A partir du moment où les procédures d'évaluation seront unifiées, à partir du moment où l'essentiel du contrôle ne pourra se faire que sur dossier (la composition des murs par exemple), après visite légère du site, l'expertise prendra une allure de plus en plus internationale. Avec un recours progressivement accru aux échanges Internet, et un privilège aux localisations les moins coûteuses et les plus efficaces des collèges d'experts. Alors devrait intervenir la directive, plus ou moins retouchée, sur les services. Je ne suis pas très sûr que les pouvoirs publics avaient bien prévu le problème social qui se prépare.

Votre quatrième problème concernait le développement durable : de quoi s'agit-il ?

D'une remarque très simple : tôt ou tard le problème de la certification se posera sur le plan du développement durable, qui vogue nettement au-dessus des soucis énergétiques, même s'il les inclut. C'est déjà le cas en France avec les labels HQE®, qui devraient recevoir un nouveau développement en 2005. Pour le moment attendons les réactions de l'Europe, mais attendons-nous à des reprises plus ou moins complètes des décisions qui seront adoptées en 2006 sur les plans éco-énergétiques …

Pensez-vous vraiment qu'en matière de certification énergétique vos vœux seront exaucés?

Pour vous répondre, il faut se placer dans une optique large. Dans l'immédiat des pays comme la France ou la Grande-Bretagne vont faire leur propre "cuisine". Avec des méthodes dérivées des réglementations actuelles pour autant qu'on puisse le prévoir. Je suis personnellement convaincu que ce ne seront là que des solutions transitoires, et qu'il faudra, dans deux ou trois ans, passer à des certificats européens. Que les solutions transitoires, telles qu'on peut les prévoir actuellement, constituent finalement des gaspillages regrettables un jour, c'est à d'autres que je laisse le soin de le souligner. Mon seul espoir est que chacun sache investir avec prudence face à ce qui ne seront probablement que de "fausses (ou temporaires) certitudes".

Dans ma prochaine lettre, nous changerons fortement de sujet, pour aborder celui de la ventilation, un thème qui peut paraître très classique, mais qui peut réserver bien des surprises.

Roger CADIERGUES


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