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Le nucléaire en question (2)

23 Mai 2011

La presse, qu’elle soit papier ou télévision, a été envahie d’interventions sur la récente catastrophe nucléaire survenue à Fukushima au Japon. J’ai abordé ce thème la semaine dernière, et je vous ai promis de revenir sur la méthode que je propose pour analyser les risques. Comme je l’ai indiqué je distingue quatre niveaux, de gravité croissante ...

Commençons donc par le premier niveau …

   C’est celui de la radioactivité « naturelle », beaucoup plus fréquente qu’on ne pense en général, le radon (gaz radioactif) venant du sol, examiné la semaine dernière n’en étant qu’un exemple. J’ai, il y a un certain temps, reçu un coup de téléphone d’un directeur de centrale électro-nucléaire, qui m’appelait sur les conseils du CEA. Le problème de ce responsable de centrale était le suivant : il avait fait contrôler, et recontrôler, les dégagements radioactifs de tout l’équipement nucléaire de sa centrale, et vérifié que ce dégagement était nul. Par contre il trouvait une certaine radioactivité dans l’air de sa centrale, et il était inquiet, ne comprenant pas ce qui arrivait. Compte tenu des niveaux constatés j’ai pu indiquer à mon correspondant qu’il s’agissait vraisemblablement de radon, pour lequel la centrale n’était pas responsable. Tout allait bien et je n’ai plus jamais entendu parler de cette centrale.

Quel est votre « deuxième niveau » ?

   C’est le risque de voir l’équipement et le bâtiment victimes de phénomènes « naturels » exceptionnels : tremblements de terres, tornades, inondations (cela s’est produit à Blaye il y a quelques années), tsunamis, etc ... y compris chute d’avion. Normalement il est prévu des dispositions adéquates : fermeture automatique de la production nucléaire, quatre à huit heures de batterie pour maintenir le fonctionnement des pompes et des contrôles, etc ... Malheureusement il n’y a pas partout une discipline suffisante. En général il faudrait que les dispositifs de secours soient disponibles à une certaine distance de la centrale (20 km ?) afin de pouvoir intervenir.
  Autre exemple : on est amené à déverser de grandes quantités d’eau pour refroidir les combustibles nucléaires. Dans le cas de Fukushima cette eau a été puisée n’importe où, et rejetée sans traitement, donc très radioactive. Et ce alors qu’il existe un procédé d’arrosage de secours offrant en plus l’avantage de permettre le traitement des eaux usées afin d’éviter de rejeter de l’eau radioactive.
  Il se trouve, de plus, qu’on a généralement prévu que les bâtiments des centrales respectent des règles de construction antisismiques, plus ou moins anciennes et qui ne concernent que les structures et non pas les équipements. Finalement les responsables, très informés sur la radioactivité en général, ignorent plus ou moins tout sur les règles antisismiques, et surtout sur leur application, en particulier aux équipements et non pas aux structures.

Les règles antisismiques étaient-elles vraiment suffisantes au Japon ?

Je n’en sais rien, mais il est bien évident que tous les tremblements de terre ne sont pas équivalents. Dans certaines zones les phénomènes peuvent être très graves. Le tremblement de Fukushima est l’un des plus importants que l’on ait connu, étant dit « de force 9 ». D’autres ont été presque aussi graves, rien qu’en 2010 : à Haïti (force 7,0), au Chili (force 8,8), en Nouvelle Zélande (force 7,0). Il faut donc tenir compte de la zone géographique. En France métropolitaine on ne peut guère dépasser la force 6, mais à la Réunion on peut atteindre beaucoup plus. C’est donc une situation très favorable à l’implantation de centrales dans certaines régions – en France métropolitaine en particulier - mais pas dans d’autres régions.

Vous parliez d’un « troisième niveau » et d’un « quatrième niveau » de risque ?

Ce sont les risques les plus graves, et nous y reviendrons la semaine prochaine.

Roger CADIERGUES


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