Le problème crucial des coûts n’est pas actuellement pris en compte …

1er Février 2010

Cette remise en cause est pourtant indispensable, nous allons voir pourquoi.

Expliquez-vous

Je vous avais promis, la semaine dernière, de revenir sur le problème des coûts. A travers cette analyse nous allons montrer le rôle (ignoré par nos décideurs) d’une évaluation économique correcte dans le choix des solutions. Il va s’agir de l’exemple de l’isolation thermique des bâtiments. Lors de la mise au point des règles thermiques RT, à la fin des années 1980, j’avais émis le vœu que nous examinions avec précision jusqu’où nous pourrions aller en la matière, ce qui – hélas - ne fut pas fait de façon satisfaisante pour des raisons de délais.
Attention : mon intention n’est pas de suggérer de limiter nos efforts en matière de réduction des dégagements de gaz à effet de serre, elle est de rationaliser ces efforts – ce qui n’est pas la même chose. Nous allons prendre un exemple pour illustrer ce que je veux dire : la rentabilité de l’isolation décroît fortement au fur et à mesure que nous l’augmentons. Et ce pour deux raisons qui se conjuguent.

Quelles sont ces raisons ?

Voyons d’abord la première raison. Supposons que nous passions d’un mur peu isolé, constitué (outre la carcasse) d’un isolant de 2 cm d’épaisseur. Portons cette épaisseur à 5 cm : nous allons réduire les pertes d’une valeur que je prendrai égale à 100 comme référence pour la suite.
. Avec cette convention si je porte l’épaisseur de 5 à 10 cm, je ne vais réduire mes pertes que de 53 (et non pas de 100 ou plus).
. Si j’ajoute encore 5 cm, portant l’épaisseur d’isolant à 15 cm, je ne vais gagner que 20 supplémentaires.
. Si j’ajoute encore 5 cm, portant l’épaisseur à 20 cm, je ne vais gagner que 12 supplémentaires.
Il s’agit donc d’actions géométriquement équivalentes, mais économiquement très différentes.

Vous parliez d’un second effet ?

Les pertes précédemment calculées correspondant uniquement aux déperditions, voyons maintenant les consommations de chauffage (et non plus les déperditions), ces consommations faisant intervenir les apports gratuits d’origines diverses. Pour le calcul je vais utiliser la terminologie suivante : les besoins bruts (annuels) sont ceux obtenus en négligeant les apports;(ils correspondent aux déperditions analysées plus haut); les besoins nets (annuels) sont ceux qui prennent en compte les apports; les apports (annuels) dépendent du site et de la nature (occupation, activités) du bâtiment.
Certaines méthodes de calcul évaluent les besoins nets par simple soustraction des apports aux besoins bruts. C’est une méthode erronée, d’autant plus dangereuse que lors des simulations c’est une dérive arithmétique cachée. En réalité, à chaque heure, lorsque les apports dépassent les besoins bruts le résultat de la soustraction est négatif, et les apports ne servent finalement qu’à provoquer de la surchauffe. Pour faire une estimation valable il faut annuler ces différences négatives. D’où le résultat (annuel) suivant : les besoins nets s’obtiennent par soustraction des besoins bruts, non pas des apports complets, mais des apports multipliés par un « rendement de récupération » adéquat. La simulation effectuée sur de nombreux cas, excluant les bâtiments très légers ou très lourds, aboutit à une relation simple, et à des chiffres pratiquement universels : le rendement de récupération ne dépend que du poids des apports (le quotient des apports par les besoins bruts). Tant que ce poids reste inférieur à 0,5 environ le rendement de récupération vaut 1. Ensuite, plus le poids des apports augmente, plus le rendement de récupération diminue. C’est à partir de ces lois que j’ai pu estimer le poids économique de l’isolation.

Quel est ce poids ?

Comme il varie avec le site et le type de bâtiment, on ne peut prendre que des exemples. Dans ces conditions je vais revenir à l’exemple adopté plus haut, d’isolants croissant de 2 à 5, puis à 10, puis à 15, puis à 20 cm, dans un cas où le poids des apports est de 0,5 pour 5 cm d’isolant (rendement de récupération alors égal à 1). Voici les résultats, en adoptant la référence 100 pour les besoins nets, lorsque l’épaisseur d’isolant passe de 2 à 5 cm :
. quand on passe l’isolation de 2 à 5 cm;: la diminution des besoins nets est de 100;
. quand on passe l’isolation de 5 à 10 cm, la diminution des besoins nets est de 28;
. quand on passe l’isolation de 10 à 15cm, la diminution des besoins nets est de 14;
. quand on passe l’isolation de 15 à 20 cm, la diminution des besoins nets est de 7.
N’allez pas jusqu’à conclure que les fortes isolations ne servent à rien : il s’agit simplement de prendre conscience des réalités. Et d’en tirer les conséquences pratiques que j’examinerai la semaine prochaine.

Roger CADIERGUES


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