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Bonne décennie 2016-2026 !

21 Janvier 2016


Par Bernard Sesolis - Expert Energie Environnement -


En ce début d’année, il faut vraiment se souhaiter une douzaine de mois plus sereins que ceux de la douzaine précédente. Tant qu’à faire, et compte tenu des efforts à réaliser pour sortir du marasme ambiant, autant se souhaiter tout de suite dix années consécutives heureuses et positives.
Après, nous verrons. La fin 2015 s’est terminée dans l’horreur et le désenchantement dans l’ambiance d’un hiver effroyablement doux … avec beaucoup de monde aux terrasses des cafés !
Comment sortir du chaos actuel et futur ? Comment se donner des perspectives puisque le « politique » en est incapable ? Trop vaste sujet pour être traité en quelques lignes. Cependant, il faut cultiver l’espoir, même s’il s’agit momentanément d’un aveu d’impuissance.


1/ Bilan télégraphique de 2015

Parallèlement à tous les évènements dramatiques récents, et pour revenir sur des domaines où il m’est permis d’étaler mon humeur, on peut rappeler au moins trois sujets qui auront marqué l’année écoulée : la baisse spectaculaire du pétrole, la loi de transition énergétique pour une croissante verte et, bien sûr, la COP21.

Un baril à moins de 30$ et tout est permis … à nouveau. Malgré les impatientes ambitions chinoises, les Etats-Unis restent toujours la locomotive de la planète : une consommation de charbon qui baisse certes, mais Exxon continue à soutenir les climato-sceptiques (1), jamais les américains n’ont acheté autant de voitures (2), et ce pays va redevenir exportateur de pétrole(3). Par ailleurs, les catastrophes y déferlent (tornades particulièrement fréquentes, sécheresses, fuite de méthane – voir (4), fusillades en tout genre, un candidat républicain débile et pourtant très populaire, ...). Les USA sont malades et tout le monde tousse.

Contrairement aux prédictions des analystes, le baril risque de rester longtemps à un niveau bas. L’Arabie Saoudite casse les prix pour freiner le développement des produits schisteux du continent Nord-Américain. L’Iran, doté d’énormes réserves, revient sur le marché avec son retour diplomatique. La Chine, grosse importatrice, fait une cure d’amaigrissement de sa croissance et se dirige vers la production de services au détriment de la production de biens. Ces quelques facteurs cités ici montrent, à l’évidence, une situation bien installée. En conséquence, le développement des économies d’énergie et l’emploi d’énergies renouvelables ne pourront toujours pas se justifier par des temps de retour acceptables. L’argument n’est qu’environnemental, donc politique. Mais, le monde des décideurs publics n’a pas la volonté de se débarrasser du joug de la  tyrannie du court terme.

Pourtant, la loi sur la transition énergétique pour une croissante verte aura été un évènement hexagonal de première importance confirmant l’objectif de division par 4 des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Une France exemplaire donc ? Sur le papier, oui. Mais, un mois après la sortie de la loi (Août 2015), le PDG d’EDF se permet de contredire la feuille de route nucléaire en annonçant qu’il faudra construire une soixantaine de nouvelles tranches avant la fin du siècle !
Et ce, sans aucune réaction du monde politique, quel qu’en soit le bord.

Quant à la COP21, ce fut indéniablement un succès … d’organisation : 195 pays présents et signataires dont les plus gros consommateurs / pollueurs / émetteurs, 32 pages, 29 articles « ambitieux et réalistes » selon François Hollande. Mais il aura fallu attendre le samedi 12 Décembre pour aboutir à un accord dans lequel un « shall » (doit) aura été transformé en « should » (devrait). Les lobbies américains ont encore gagné. La contrainte est repoussée. L’accord prendra effet en 2020 y compris les aides financières. Les pays devant être soutenus dans leur développement devront attendre 4 ans. Les banques en 2008 n’auront pas attendu autant pour être renflouées après leurs gabegies spéculatives. Il est vrai qu’il fallait sauver le système financier. Alors qu’ici, il ne faut venir en aide qu’à des pays pauvres où mal situés sur le globe.

Nicolas Hulot, très impliqué dans la préparation de cette COP21 précise dans une interview (5) : « C’est très difficile de donner un avis sur la COP21; l’avenir dira si c’est le début d’une extraordinaire ambition ou la fin d’une ultime mystification » et « sur le plan diplomatique, c’est un moment historique; sur un plan climatique, nous ne sommes pas à la hauteur ».
On peut lui donner raison et ajouter qu’à part la question du réchauffement climatique ayant fait l’objet d’un consensus mou, les autres sujets brûlants n’ont pas été abordés (biodiversité, ressources, alimentation, santé, …).

Alors, “wait and see”? ... Attendre qui ? Quoi ?


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2/ De la difficulté à intégrer le climat en politique

On connaît le climat politique mais la politique ne veut pas entendre parler de climat. Le court terme va être rattrapé par le très long terme. Certains spécialistes se posent la question de l’avènement d’une nouvelle ère générée par l’Homme (6) étant donné le caractère irréversible de certains impacts liées aux activités de l’humanité.

Dans un récent article (7), Bruno Latour, philosophe et sociologue, décrit de manière très synthétique la situation du politique face aux enjeux environnementaux. Il s’interroge sur la possibilité de trouver une voie entre deux postures : les « réactionnaires » regrettant l’ancien terroir et les « progressistes » pariant sur la mondialisation. Comment éviter l’inutile nostalgie de l’entre soi et la globalisation qui a perdu ses illusions sur l’avenir ? La planète s’invite en politique. L’objet est encombrant. Le globe universellement modernisé dans l’idée des élites ne correspond pas à la Terre réelle.

Face à la mondialisation matraquée dans les esprits, les réactions de territorialité et d’identité sont multiformes avec leurs excès communautaires imaginaires : race blanche, viande de porc, califat, nation, drapeau, … n’importe quoi pourvu qu’on ne se retrouve pas avec rien ! Et s’accrocher donc à toutes ses « anciennes terres » atomisées par la mondialisation.
Selon Bruno Latour, à ce moment décisif d’inflexion, il faut se poser la question de savoir s’il existe un espace entre le terroir et le globe. Entre l’identité et l’universel ? Entre réaction passéiste et progressisme du toujours plus ?

Le philosophe Bernard Stiegler vise à « ré-enchanter » le monde en dénonçant la forme la plus récente du capitalisme : le capitalisme cognitif qui pousse à transformer le citoyen en simple consommateur via les nouvelles technologies, à transformer le siège de l’esprit, le cerveau, en simple organe reflexe, un ensemble de neurones sans conscience (8). Il propose d’opposer la valeur esprit au « populisme industriel ».

Ce retour de l’esprit dans l’économie devrait contribuer à répondre aux interrogations de Bruno Latour. Mais, c’est loin d’être gagné ! A priori, le principe de réalité devrait nous faire sombrer dans la plus profonde morosité, dans un pessimiste définitif. Les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont très puissants et beaucoup de ceux qui sont dans l’élite ou qui aspirent à y être ne rêvent qu’à produire, à leur tour, un nouveau grand monstre distributeur de dividendes pour les actionnaires.

Qu’est-ce qui pourrait ré-enchanter la planète ?


3/ Vous prendrez bien un bol d’air frais ...

En dehors de toute logique du politiquement correct, du réalisme économique ou du soi-disant  carcan financier, des initiatives locales pullulent dans le monde entier. Quelques exemples peuvent être cités ici. Un peu d’oxygène dans ce monde de CO2 ne peut pas faire de mal.

Beaucoup connaissent l’émission quotidienne de Philippe Bertrand sur France-Inter de 12h30 à 12h45 qui donne la parole à des initiatives de terrain, mêlant fraternité, astuces, réalisme et pugnacité. Ou bien, regardez en podcast l’émission « En quête d’énergie renouvelable » de la chaîne LCP du 24/12/2015 à 20h30. Vous découvrirez Jean-François Caron, maire écolo de Loos en Gohelle, commune de 7000 habitants dans le Pas de Calais : un exemple de volonté tranquille, éclairée et imaginative.

S’il n’est pas trop tard, courez voir le film « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Vous oublierez très vite le côté militant ou un peu boyscout de ce documentaire. Les hommes et les femmes filmés à droite et à gauche de la planète, agissent sur  l’agriculture, l’énergie, la démocratie, l’éducation, l’argent. On ressort gonflé à bloc pour réfléchir et agir.

Sans sombrer dans un optimisme béat, ces quelques exemples poussent à réfléchir à cette troisième voie. Celle d’un système qui serait, dans les décennies à venir, toujours dans une logique capitaliste tirée par des macro-sociétés réalisant des profits à leur échelle, mais avec une finalité environnementale laissant les initiatives locales exemplaires se développer à leur rythme : relier le terroir et le globe.

Il faut trouver comment persuader les puissants qu’ils ont plus d’intérêts à accompagner qu’à imposer. Il faut imaginer comment relier les initiatives locales exemplaires entre elles, non pour uniformiser, mais plutôt pour qu’elles puissent s’enrichir mutuellement. La technique est pratiquement prête. La réponse est politique.


Bernard Sesolis


(1) « Petits compromis avec la vérité » Le Monde 08/12/2015, Stéphane Foucart et « Exxon assigné par la justice américaine » Le Monde, 08 et  09/11/2015, Stéphane Lauer
(2) « 2015, année record de ventes de voitures aux Etats-Unis », Le Monde  07/01/2016, Philippe Jacqué
(3) « Les Etats-Unis vont de nouveau pouvoir exporter du pétrole », Le Monde  20 et 21/12/2015, Stéphane Lauer
(4) « Etat d’urgence en Californie après une fuite de méthane », Le Monde 09/01/2016, Corine Lesnes
(5) « Nicolas Hulot : je suis frappé par l’indigence des partis politiques sur la question climatique », Le Monde 10 et 11/01/2016, Sophie Landrin, Simon Roger.
(6) « Allons-nous entrer dans l’anthropocène ? », Le Monde 04/01/2016, Stéphane Foucart
(7) « Le climat, un nouvel horizon politique », Le Monde 13/01/2016, Bruno Latour, auteur de « Face à Gaïa – 8 conférences sur le nouveau régime climatique », La Découverte 2015.
(8) « Réenchanter le monde », Bernard Stiegler/Ars, collection Champs-Essais, Flammarion

 

 


Commentaires

  • Julien
    0
    28/01/2016

    Merci pour cet excellent article, je voudrais juste apporter une précision à propos du reportage sur LCP, l'émission est "Droit de suite" et le titre de cet épisode est "En quête d'énergie durable".

    Voici le lien direct vers le site de la chaîne:
    http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-suite/vod/176920-en-quete-d-energie-durable


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