Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

10 Juin 2014

Par Bernard Sesolis - Expert Energie Environnement -

Sommes-nous pris dans la toile ? »

Le maillage dans lequel nous baignons est très dense : réseaux électriques, réseaux de fluides, réseaux de transports, télécommunications et téléinformations. Les smartphones accentuent encore la densité de la toile dans laquelle nous vivons. Et les objets se connectent de plus en plus... entre eux.  Au point qu’il faut s’interroger sérieusement sur l’intérêt à être nappé par ce nouveau maillage, cette nouvelle couche, cette « super-toile ».


Clairement, les grandes multinationales qui se placent sur ce marché (cf. humeur de Mars) voient dans le progrès des « smart technologies » l’opportunité d’ouvertures de marchés considérables. Leurs intérêts de connecter les objets et les rendre « intelligents » peuvent se résumer à la volonté de suivre nos comportements afin de cerner en permanence et de manière de plus en plus précise nos demandes. Le seul rôle dévolu à l’usager est celui du consommateur potentiel.


Mais pour que cela prenne, il faut que l’usager y trouve aussi des avantages. L’assuétude (oh pardon ! Je voulais dire « addiction ») aux smartphones et la possibilité d’agir sur des objets à distance sont deux indicateurs suffisamment démonstratifs pour constater et conclure que, nous, usagers, allons-nous complaire dans ce maillage entre objets. Cela va donc bien prendre.


A nous, pour 140 €, les brosses à dents qui transmettent les caractéristiques de notre brossage à notre smartphone qui les analyse et nous délivre des conseils pour améliorer notre hygiène dentaire. A nous, pour 65 €, la fourchette qui analyse notre manière d’ingurgiter et qui émet des vibrations pour nous inciter à ralentir notre cadence, nous permettant ainsi de perdre du poids. A nous, pour 80 €, la cigarette électronique qui dit tout sur votre nombre de bouffées, le taux de nicotine et dresse un bilan santé mensuel. A nous, les piluliers alertant sur les heures de prises de médicaments, les jardiniers numériques pour mieux soigner ses plantes, les lampes pilotables, musicales, diffuseuses de senteurs d’huiles essentielles, les bracelets pour le fitness, les montres connectées ainsi que les nombreux objets de loisirs ou de surveillance ...


Cette liste qui rappelle la « Complainte du progrès » de Boris Vian, ce n’est déjà plus le futur.


Nous nous installons progressivement dans ce maillage avec la délectation de rester dans le coup, d’être moderne. Cette fascination d’être entouré d’objets qui nous coachent, qui prennent des décisions pour alléger les activités de notre bouillonnant cerveau, pour améliorer notre ordinaire finiront par nous transformer en consommateurs encore plus passifs.


Ne vous occupez de rien. Nous savons en live ce que vous faites et ce que vous voulez. Nous optimisons notre offre selon votre demande. Ecoutez-nous, consommez bien  et dormez tranquille !

Certes, cette vision est caricaturale. Mais la réalité qui se met inéluctablement en place l’est aussi un peu ...

Si j’étais paranoïaque, je me demanderais comment démêler ces mailles de plus en plus fines qui nous enserrent au point qu’elles pourraient progressivement étouffer notre libre-arbitre au quotidien.


N’étant que névrosé, je préfère me tourner vers d’autres horizons plus revigorants, plus optimistes, vers ceux capables de prendre des initiatives dans leur environnement proche. D’innombrables actions associatives locales, citoyennes, autogérées, mutualisées se mettent en place ou fonctionnent depuis des années. Loin de toute logique « start-up + multinationale », ces initiatives démêlent ces mailles trop fines et prennent parfois des tours extraordinaires.


L’exemple de la ville de Schönau (2600 habitants) dans le Bade-Wurtemberg est spectaculaire (cf. article du Monde du 21/01/2014 de Frédéric Lemaître) : Ursula Sladek, ex-enseignante allemande âgée aujourd’hui de 67 ans, fut très marquée par l’accident à Tchernobyl en 1986. Elle milita avec son mari et plusieurs habitants de la commune pour ne plus consommer d’électricité nucléaire. Face au refus du distributeur local, et, après 10 ans d’actions et deux référendums d’initiative populaire, ces militants ont fini par racheter le réseau local et le transformer en coopérative (EWS). En 2014, EWS dessert tout le bourg, compte 135 0000 clients dans toute l’Allemagne et prend des participations dans d’autres réseaux qui veulent se fournir en électricité verte, notamment à Stuttgart. Résultats : 3300 sociétaires, un capital de 28 M€, 92 salariés, un chiffre d’affaires de 140 M€ et un résultat net d’impôts de 4,3 M€ !
Ursula Sladek explique que EWS choisit ses fournisseurs exploitant exclusivement des énergies renouvelables (actuellement : hydroélectricité norvégienne et éolien autrichien) avec des installations de moins de 6 ans. Les tarifs restent compétitifs car les actionnaires se contentent de 4% de temps de retour au lieu des 15% fréquemment observés.
Grace à certains clients acceptant de payer un peu plus, EWS est à l’initiative d’investissements dans le renouvelable et la formation de ses clients sur les questions de maîtrise de l’énergie.


Les mailles se desserrent un peu et on peut observer à travers elles, l’énorme distance électrique entre Ursula Sladek … et Angéla Merkel.


Peut-être que l’idée du bâtiment à énergie positive, qui s’étend à l’échelle du quartier et de la ville, deviendra un axe de réflexion sur la façon dont pourraient se superposer harmonieusement la maille que nous trament inexorablement les multinationales et les réseaux locaux issus des  nécessaires mutualisations au fonctionnement du Bepos.


Peut-être une synthèse entre la technologie et la responsabilité, entre le réalisme économique et l’action citoyenne …

Pour les chercheurs de « Schmilblicks » …

 

PS : pour les chercheurs de « Schmilblicks » (cf. humeur de Mai). Vous avez peut-être comme moi et une grande majorité répondu spontanément ainsi : puisque le losange noir est un Schmilblick, c’est, soit parce qu’il est losange, soit parce qu’il est noir, et pas les deux. Comme le cœur gris n’est ni l’un, ni l’autre, il n’est pas un Schmilblick. Quant au losange gris et au cœur noir, ayant l’un et l’autre une de ces 2 caractéristiques nécessaires, ils sont Schmilblicks. Avec une variante possible déjà plus avancée : ne sachant pas exactement pourquoi le losange noir est un Schmilblick (parce qu’il est noir ? ou bien parce qu’il est losange ?), on ne peut rien conclure pour le losange gris et le cœur noir.


Ces raisonnements « évidents » sont faux. En conséquence, intuitivement, 80% des interrogés aboutissent à ces fausses conclusions.

Voici le bon raisonnement : le cœur gris est un Schmilblick ! En effet, si le losange noir est
Schmilblick parce qu’il est noir, c’est aussi parce qu’il n’est pas un cœur. Le cœur gris a bien une seule caractéristique du Schmilblick : il est cœur et il n’est pas noir. Si le losange noir est un Schmilblick parce qu’il est losange, c’est aussi parce qu’il n’est pas gris. Le cœur gris est encore un Schmilblick car il est gris sans être losange.

En raisonnant de la même manière, on peut montrer logiquement que, selon les 2 cas possibles concernant le Schmilblick losange noir, le cœur noir et le losange gris ne sont jamais des Schmilblicks car ils ont, selon l’hypothèse choisie, l’un, les 2 caractéristiques en même temps, l’autre aucune des 2 caractéristiques …


 

Bernard Sesolis
bernard.sesolis(at)gmail.com


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