Les réseaux de chaleur et de froid sont les grands oubliés des aides d'Etat

Le 21 Novembre 2018

Par Grégoire Noble - Journaliste scientifique

 

Transition énergétique - Alors que la chaleur devra fournir un effort 2,5 fois plus important que l'électricité pour se verdir, cette forme d'énergie semble négligée par l'exécutif. Les présidents du SNCU et de la Fedene, Thierry Franck de Préaumont et Pascal Roger, ainsi que Serge Nocodie (Amorce), font le point sur cette inégalité au sein des renouvelables.



Chauffage-urbain

Réseau de chauffage urbain : chaleur collective avec mix-énergétique


1 - Chaleur : premier poste de consommation énergétique en France

La chaleur est le premier poste de consommation énergétique en France, loin devant l'électricité. Cependant, comme le soulignent le Syndicat national du Chauffage Urbain (SNCU) et la Fédération des services énergie environnement (Fedene), cette énergie ne bénéficie qu'une d'une faible part - moins de 10 % - des soutiens aux renouvelables. Pascal Roger, président de la Fedene, précise : "Les réseaux de chaleur et de froid concentrent les deux-tiers des économies prévues par la PPE (ancienne mouture). L'objectif de verdissement est deux fois et demi plus important que l'électricité renouvelable".

L'enquête nationale sur ce type d'infrastructures révèle qu'en 2017, la France disposait de 761 réseaux de chaleur et de 23 réseaux de froid, répartis sur tout le territoire (voir encadré). Ces installations, qui alimentent du résidentiel, du tertiaire et des sites industriels ou agricoles, s'étirent sur plus de 5.600 km et desservent plus de 39.000 bâtiments (soit l'équivalent de 2,4 millions de logements). Ils ont contribué à livrer 25 TWh de chaleur et 1 TWh de froid, au moyen d'une énergie très faiblement carbonée. Thierry Franck de Préaumont, président du SNCU, explique : "Le bouquet énergétique des réseaux de chaleur a évolué avec aujourd'hui environ 56% d'énergies vertes ou de récupération, dont 25% d'Unités de valorisation énergétique et 22% de biomasse". En 2005, cette proportion d'énergies "vertes" n'était que de 25%, et de 31% en 2010, démontrant la rapide transition effectuée dans le secteur. Conséquence, le contenu carbone diminue pour n'être plus que de 116 grammes de CO2/kWh, contre 180 gCO2/kWh en moyenne pour l'électricité, 234 gCO2/kWh pour le gaz naturel et 300 gCO2/kWh pour le fioul. Les sources les plus polluantes, charbon et fiouls ne représentent plus que 6% des approvisionnements des réseaux et devraient, à terme, disparaître. Du côté des réseaux de froid, l'empreinte est encore plus faible : seulement 11 grammes de CO2/kWh !


 

2 - Le Fonds Chaleur : un bel outil mal employé

"La transition énergétique c'est passer de grosses centrales à une production locale décentralisée", analyse le président du SNCU. "Les réseaux peuvent en être le vecteur en irriguant les villes. Les réseaux de froid en particulier pourraient concourir à l'adaptation au changement climatique et s'avèrent indispensables pour les hôpitaux, les hôtels, des bureaux … Ils évitent le phénomène des îlots de chaleur lié à la climatisation en utilisant les nappes souterraines". L'enjeu, au-delà du verdissement des sources d'énergie, déjà bien amorcé, sera de densifier les réseaux existants, en raccordant toujours plus de bâtiments. La création de nouveaux réseaux, qui requiert des investissements lourds et des processus particulièrement lents, ne livrera ses effets qu'à plus long terme. Mais faute d'aides, les objectifs de la PPE 2023 ne seront probablement pas atteints, avertissent les professionnels.

Serge Nocodie, vice-président d'Amorce, détaille : "Le doublement du Fonds Chaleur ? Pour l'heure, les contraintes financières à Bercy font qu'il sera porté à 300 M€ en 2019", soit une augmentation de +50%, la moitié de ce qui était attendu par le secteur. "Or les collectivités ont besoin d'aide sous forme d'assistance à maîtrise d'ouvrage pour monter des projets, avec des études préalables, puis se lancer en obtenant des soutiens".

L'association, qui travaille avec l'Ademe, gestionnaire du Fonds Chaleur, précise avoir identifié 400 villes moyennes de 20.000 habitants ou plus, qui seraient susceptibles de bénéficier du développement de réseaux de chaleur ou de froid. Thierry Franck de Préaumont renchérit : "Le Fonds Chaleur est un outil parfaitement adapté mais son usage doit être mieux réparti avec une réaffectation sur de multiples projets. Le dispositif est aujourd'hui complexe avec les avances remboursables qui en représentent 30%, et rendent le système illisible". Le souhait des spécialistes est donc de rendre plus claires les modalités d'usage, tout en augmentant l'enveloppe globale. Seulement, tous les amendements déposés en ce sens dans le cadre du projet de Loi de Finances 2019 ont été retoqués …

La filière s'étonne des arbitrages de l'exécutif : "La chaleur est la grande oubliée de la transition : il y a 7 milliards d'euros d'aides à l'électricité renouvelable et seulement 600 à 700 M€ pour la chaleur renouvelable, dont 300 M€ pour le Fonds Chaleur, alors que les besoins en chaleur sont deux fois plus élevés que ceux de l'électricité". Et de demander un meilleur soutien pour les années à venir, avec une stabilité des aides, afin de faciliter les investissements.

 

Des réseaux de chaleur répartis sur tout le territoire

C'est en Île-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes que les réseaux sont les plus importants : ils sont moins nombreux dans la région francilienne (105 contre 161) mais sont considérablement plus étendus (1.750 km contre 800). La région Grand Est arrive en troisième place, avec 103 réseaux et 650 km. Nouvelle Aquitaine et Bourgogne-Franche-Comté suivent, avec une soixantaine de réseaux chacune et 250 à 350 km de canalisations, tandis que l'Occitanie, la Normandie et les Hauts-de-France parviennent à une cinquantaine d'infrastructures et des développés également compris entre 250 et près de 400 km. Les régions les moins en pointe, s'avèrent être les Pays-de-la-Loire et la Bretagne, avec moins de trente installations en fonctionnement, tandis qu'en Provence-Alpes-Côte d'Azur, le développé des réseaux n'est que de 94 km … Heureusement, la Méditerranée pourrait changer la donne avec des projets de thalassothermie comme il vient de s'en créer à Marseille.

 

Les chiffres clés des réseaux de chaleur et de froid


Réseaux de chaleur

  • 761 réseaux
  • 5 397 km de longueur desservie
  • 25 TWh de chaleur livrée
  • 38 212 bâtiments raccordés
  • 2, 40 millions d’équivalents logements raccordés
  • 56 % d’EnR&R dans le mix énergétique
  • 83 % des réseaux fonctionnent grâce aux énergies vertes

 

Réseaux de froid

  • 23 réseaux
  • 1 TWh de froid livré
  • 198 km de longueur desservie
  • 1 234 bâtiments raccordés

     

 

SOURCE ET LIEN

 

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