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Les différentes filières énergétiques face à la nouvelle PPE



Le 6 Décembre 2018

Par Grégoire Noble - Journaliste scientifique

 

Transition énergétique - Electricité ou chaleur renouvelable ? Nucléaire ou biogaz ? Géothermie ou éolien ? Les détails de la stratégie française pour l'énergie et le climat, dévoilés par le président de la République et le ministre de la Transition écologique et solidaire, font réagir tous les acteurs du secteur. Tour d'horizon des satisfaits et des déçus de ces annonces.


L'électron est-il le grand vainqueur de la Programmation Pluriannuelle de l'Energie annoncée par Emmanuel Macron et François de Rugy, pour la période 2019-2023 et 2024-2028 ? Le président de la République a martelé vouloir "désintoxiquer" le pays de sa dépendance aux énergies fossiles, qui font de la France un pays soumis aux aléas du marché du pétrole et du gaz, et aux importations de nations étrangères comme l'Arabie saoudite, l'Iran ou la Russie. Le but sera bien de faire sortir l'Hexagone des sources carbonées en 2050 pour que l'ensemble de son bouquet énergétique soit à émissions neutres.



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PPE ! Electricité nucléaire avec un mix d’énergies renouvelables


1 - L'électricité, ce vecteur décarboné

Le président de la République a notamment rappelé : "L'électricité va prendre une place de plus en plus grande à mesure que nous allons cesser d'utiliser du pétrole, du charbon et du gaz naturel", précisant que le mix énergétique serait marqué par "l'essor des énergies renouvelables". Le parc éolien terrestre sera notamment multiplié par trois d'ici à la fin de la prochaine décennie, tandis que la puissance cumulée du solaire sera multipliée par cinq ! Le ministre de la Transition écologique et solidaire ajoute : "A échéance de 10 ans, il y a aura une augmentation assez nette du fait de l'électrification d'un certain nombre de consommations d'énergie, que ce soit dans les transports ou que ce soit aussi dans le chauffage". Une aubaine pour EDF, comme le relève Jean-Bernard Lévy, son président : "Ce projet de PPE fait clairement de l'électricité l'énergie de l'avenir. C'est une excellente nouvelle pour EDF dont l'électricité est le cœur de métier". D'autant que l'entreprise s'est engagée sur un développement intensif du solaire photovoltaïque, puisque ses propres capacités devront être multipliées par quatre entre 2020 et 2035, avec 30 GW installés. EDF dit aussi vouloir continuer à diminuer son empreinte carbone, en réduisant ses émissions de 40 % d'ici à 2030, en passant de 51 Mt CO2 à 30 Mt, soit un niveau de seulement 40 grammes/kWh produit. Ceci grâce à l'hydroélectricité, aux renouvelables, mais également grâce au nucléaire.

Car si l'électricien national semble prêt à mettre 12 réacteurs de 900 MW à l'arrêt, entre 2025 et 2035 (plus les deux unités de Fessenheim dès 2020), Emmanuel Macron n'a pas hésité à demander une étude de marché pouvant déboucher sur le lancement de futurs EPR, en plus de celui de Flamanville. La Société française d'énergie nucléaire (SFEN) rappelle que le projet de PPE contient les précisions suivantes : "La France doit conserver une capacité industrielle de construction de nouveaux réacteurs nucléaires pour des enjeux de souveraineté". Il sera donc question "d'optimisation économique d'un nouveau modèle de réacteur", afin que les dérives du chantier de l'EPR ne soient pas réitérées. La SFEN estime que le socle français devrait être fixé à 40 GW (contre 63,2 actuellement) et que le coût visé du MWh se situera entre 60 et 70 €. Afin d'y parvenir, elle préconise "la construction de réacteurs par paire sur un même site", sur trois centrales différentes, ceci afin de réduire les coûts d'investissements de 30 %. L'arbitrage sur la poursuite – ou non – de l'aventure atomique civile se décidera en tout cas après 2021, moment où l'analyse d'EDF sera remis à l'Elysée.

Grande satisfaction évidemment pour Enerplan, le syndicat qui réunit les professionnels du solaire, la PPE fixe des objectifs à 2030 en ligne avec ceux qu'il avait avancés. "Aujourd'hui, la filière solaire est plus que jamais prête à relever le défi. La décarbonation de l'énergie utilisée dans les transports et le chauffage est une opportunité que la filière solaire (thermique et photovoltaïque) souhaite résolument saisir", s'enthousiasme le syndicat. Suite à cette annonce, Enerplan ajoute : "Il est important que cette ambition soit maintenant rapidement déclinée en objectifs chiffrés dans le temps pour fixer une feuille de route de l'énergie solaire, ce qui permettra de donner aux acteurs de la filière la visibilité propice aux investissements et à la création d'emplois", en demandant des adaptations du cadre réglementaire et administratif et des précisions sur le volume et le cahier des charges des futurs appels d'offres. Pour Daniel Bour, le président d'Enerplan : "Passer d'un marché photovoltaïque d'à peine 1 GW en 2018 à 4-5 GW/an d'ici à 2023 est atteignable, sous réserve que les mesures visant à débloquer les freins au déploiement de l'énergie solaire soient prises rapidement et que les AO soient adaptés en conséquence". Parmi les mesures attendues, figurent la libération de l'autoconsommation et la sortie des appels d'offres des installations de moyenne toiture (100 à 500 kWc).

Le Syndicat des énergies renouvelables (SER), se félicite également du volet électrique de cette PPE, via le renforcement de la production hydraulique et la multiplication des capacités éoliennes terrestres. "Cette accélération traduit les gains de compétitivité obtenus ces dernières années pour ces technologies dont les prix sont proches ou inférieurs à 60 €/MWh", assure-t-il. Mais les spécialistes de l'éolien offshore déplorent un manque d'ambition pour les énergies marines renouvelables. Ils recommandent qu'un volume de déploiement d'au minimum 1 GW/an leur soit consacré "pour permettre un déploiement industriel durable". L'absence d'appels d'offres en 2021 et 2022 marquerait "un à-coup préjudiciable pour la poursuite des investissements industriels sur notre territoire".


2 - Souffler le chaud et le froid

Lors de ses annonces, le président de la République a, en revanche, insisté sur "le gros potentiel" de la géothermie, qu'il souhaite voir mieux exploité. Comme le rappelle le SER, il s'agit en effet d'une "énergie locale, disponible en permanence, performante et propre (…) discrète et silencieuse" qui "apporte des solutions thermiques aux bâtiments, dans la maison individuelle et dans les quartiers, aussi bien en rénovation que dans la construction neuve". Ces solutions, à émissions de CO2 très réduites, sont donc appelées à se développer et l'Ademe s'y prépare, avec la prise en compte du géocooling dans la réglementation environnementale des bâtiments (RE 2020) et la comptabilisation du froid renouvelable dans les règles du Fonds Chaleur. Pour profiter au mieux de ce potentiel, les professionnels préconisent la mise en place d'un chèque énergie géothermie pour favoriser l'installation de systèmes de surface dans le cadre d'une évolution du CITE et de mettre en place une part obligatoire dans la future réglementation environnementale des bâtiments neufs pour le logement collectif et le tertiaire.

Du côté de la chaleur, en revanche, la PPE laisse un sentiment mitigé. La Fedene estime que les orientations choisies "proposent des avancées mais elles sont encore trop centrées sur l'électricité qui ne représente que 25 % de la consommation énergétique en France [et] ne mettent pas suffisamment en exergue les solutions techniques pour la rénovation énergétique des bâtiments et la chaleur renouvelable et de récupération". La fédération salue évidemment l'augmentation du Fonds Chaleur (315 M€ en 2019, puis 350 M€ en 2020 et 2021) et la trajectoire de développement des énergies vertes, ainsi que le remplacement des avances remboursables par des subventions, mais elle souhaite que l'exécutif aille plus loin. Tout d'abord en revoyant les modalités de calcul de l'aide du Fonds pour assurer des économies suffisamment attractives pour les usagers (de l'ordre de 10 %) puis en redonnant une impulsion sur les projets techniques de rénovation énergétique. "Il suffit par exemple de rétablir les niveaux des Certificats d'économies d'énergie (CEE) délivrés pour le remplacement des chaudières et équipements techniques de plus de 20 ans, et de promouvoir et bonifier les projets de Contrats de performance énergétique (CPE)", assurent les experts.

Même sentiment du côté de Coénove, association qui regroupe les acteurs de la filière gaz. Elle se dit satisfaite de la reconnaissance accordée à la méthanisation comme solution importante du futur mix, mais ce rôle "ne se retrouve pas dans les objectifs chiffrés", déplore Bernard Aulagne, son président.

L'objectif de 10% de gaz d'origine renouvelable en 2030, semble être en-deçà des possibilités françaises. L'Hexagone disposerait déjà de 600 projets d'injection de biométhane en file d'attente auprès des gestionnaires de réseaux. Les spécialistes du gaz tiennent à rappeler l'importance de la complémentarité entre les énergies et la capacité, pour ce vecteur, d'assurer une meilleure intégration des renouvelables intermittentes comme l'éolien ou le photovoltaïque, au moyen de procédés comme la méthanation et le stockage. Le porte-parole de l'association s'est également dit "choqué" des propos d'Emmanuel Macron "qui limite l'efficacité énergétique aux seules énergies fossiles, quand on sait le nombre de foyers qui se chauffent à l'électricité". La guéguerre entre l'électron et la molécule de gaz n'est donc pas prête de s'éteindre de sitôt… A moins que l'hydrogène, produit grâce à l'électricité renouvelable excédentaire et transitant grâce aux gazoducs, qui ne dégage que de la vapeur d'eau en brûlant, ne soit la réponse à tout ?


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