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Intérêt de l'application ISO 50001 en froid et climatisation

Par Eric Devin, Directeur Général - Cemafroid, IIF - AFF et Florence Moulins, Expert - Cemafroid, AFF - AICVF

Introduction

15% de l’énergie électrique mondiale est aujourd’hui consacrée à la réfrigération et à la climatisation. La maîtrise de l’utilisation de l’énergie est devenue incontournable en regard de la disponibilité des ressources et des objectifs fixés par les engagements européens et nationaux.
Consommatrices d’énergie par nature, les technologies de production de froid et de conditionnement d’air font partie des sujets dont la prise en compte est inévitable lors de la mise en place d’une politique énergétique dans une entreprise et a fortiori lors d’un engagement dans un système de management de l’énergie de type ISO 50001, et constituent au sens de la norme un secteur d’usage énergétique significatif.

ISO

  • ISO = Organisation Internationale de Normalisation.
  • Une norme internationale ISO représente un consensus mondial sur l’état des connaissances dans le domaine concerné.
  • L’ISO 50001 porte sur les « systèmes de management de l’énergie », la norme spécifie, à l’intention des organismes, les exigences applicables aux systèmes de management de l’énergie (SMÉ)
  • Les systèmes de management

    système de management
    Un système de management est un ensemble de procédures qu'une organisation décide de mettre en place et de suivre afin de finaliser les objectifs qu’elle s’est fixée, visant à énoncer explicitement le rôle de chaque intervenant. Il s’agit de standardiser les modes de fonctionnement afin de les sécuriser, en termes de qualité (ISO 9000), de sécurité (ISO 22000 pour l’alimentation), de gestion de l’environnement (ISO 14000), de maîtrise de l’énergie (ISO 50001), … Le résultat attendu en est une fiabilisation du fonctionnement de l’organisation visant à sécuriser sa démarche en interne et/ou en externe, vis-à-vis de ses clients en particulier. Dans ce dernier cas, la démarche s’associe à une certification délivrée par une tierce partie.

    Ceci se déroule au travers de différentes étapes, la mise en place du système de management, l’engagement de la direction à le soutenir et le faire vivre, la définition de la politique à suivre, sa planification et enfin la vérification de cette dernière et du bon fonctionnement de l’ensemble du processus.

    Le système de management de l’énergie ou SMé

    Le contexte international de l’énergie a d’ores et déjà conduit – voire contraint, de nombreuses entreprises à aborder le sujet de sa maîtrise, que ce soit en termes de consommation, de coût, d’usage ou d’efficacité énergétique. Si le but final est recherché avant tout en termes de coût, il est également de plus en plus significatif de pouvoir arborer des performances environnementales avec des émissions de CO2 ou un bilan carbone à la baisse. De fait, la norme aborde l’ensemble de ces éléments dans son introduction : « La mise en œuvre de la norme internationale a pour objectif de conduire à une diminution des émissions de gaz à effet de serre, des coûts liés à l’énergie et des autres impacts environnementaux associés, par la mise en œuvre méthodique du management de l’énergie. »

    Fondée, comme les autres normes de management sur l'amélioration continue, l’ISO 50001 définit un cadre d’exigences pour que les organismes réalisent :

    • L’élaboration d’une politique visant une utilisation de l’énergie efficace
    • La définition des cibles et des objectifs de mise en œuvre de la politique
    • L’encadrement de leurs actions par des données relatives à l’usage et à la consommation énergétique de sorte à pouvoir prendre les décisions afférentes
    • La mesure des résultats obtenus afin de vérifier l’efficacité de la politique
    • L’amélioration continue du système de management de l’énergie.

    Méthode PDCA

    Pour cela, elle s’appuie sur la méthodologie dite « PDCA » (Plan-Do-Check-Act /Planifier-Faire-Vérifier-Agir)

    Application de la méthode « PDCA » à l’énergie

    1- Planifier (plan) : procéder à la revue énergétique et définir la consommation de référence, les indicateurs de performance énergétique (IPÉ), les objectifs, et les plans d’actions nécessaires pour obtenir des résultats qui permettront d’améliorer la performance énergétique

    2- Faire (Do): appliquer les plans d’actions de management de l’énergie.

    3- Vérifier (Check) : surveiller et mesurer les caractéristiques essentielles des opérations qui déterminent la performance énergétique au regard des objectifs énergétiques

    4- Agir (Act) : Réaliser les actions pour améliorer en permanence la performance

    Ainsi la norme introduit le concept de revue énergétique qui permet d’analyser les usages et la consommation énergétiques, de vérifier l’efficacité énergétique, identifier les secteurs d'usage énergétique significatifs, identifier, hiérarchiser et enregistrer les potentiels d'amélioration de la performance énergétique.

    Méthode PDCA

    Le système de management de l’énergie appliqué au froid

    En tant qu’éléments consommateurs d’énergie, les équipements de froid et de climatisation sont intimement liés au système de management de l’énergie (SMé). Cela va du choix desdits équipements, à leur consommation initiale et dans le temps, leur maintenance, leur remplacement … et leur utilisation. Or, la plupart du temps, l’ensemble de ces postes est dissocié dans la gestion d’une entreprise ou d’un site, et il n’existe pas réellement de vue d’ensemble permettant de lier les décisions. C’est en cela que le SMé prend toute sa valeur, en mettant en place un lien entre la politique de l’entreprise (notamment ses choix en termes d’investissement) et la conception et la maintenance des installations frigorifiques et climatiques (entre autres) qui sont généralement confiées à des prestataires. La revue énergétique et la définition de consommations de référence impose un travail d’inventaire voire de mesure de la consommation énergétique des installations ou des équipements (1 – Plan).

    La réalisation des plans d’actions issus de la phase suivante (2 – Do) demande une expertise des installations frigorifiques qui prenne en compte l’ensemble des données techniques de chaque composant et de l’ensemble (architecture des circuits) , des évolutions potentielles en conséquence de l’application des réglementations, de destination quant au service rendu, de l’évolution de l’activité du site, …

    Cette expertise peut donc s’avérer complexe, d’autant qu’il est très rare de rencontrer sur site des compteurs électriques dédié. Un système de suivi prenant en compte l’ensemble des paramètres par définition mouvants d’un système frigorifique (flux de marchandises, plages de températures réglementaires, fluctuation des températures extérieures, …) sera ensuite à mettre en place afin de réaliser les étapes suivantes du processus (3- Check & 4- Act).

    Les opérations relevant du plan d’action conduisent à une expertise prenant en compte l’ensemble des éléments suivants :

    • Usage du froid : étanchéité des fermetures et des joints, fermetures effective des accès, … compétence du personnel,
    • Diminution de la consommation des équipements : moteurs haut rendement, surfaces des échangeurs de chaleur, …
    • Optimisation de l’efficacité énergétique du système : gestion des pressions de fonctionnement (HP et BP flottante par exemple), régulation de puissance des moteurs de compresseurs et de condenseurs, …
    • Amélioration des caractéristiques de fonctionnement : sous-refroidissement, …
    • Récupération de chaleur : désurchauffe, condensation, …
    • Surveillance et gestion des paramètres de fonctionnement y compris le COP, …
    • Optimisation des opérations de maintenance
    • Vérification de l’impact des modifications à apporter (retrofit par exemple)

    Ainsi la méthodologie sera appliquée en regard du corpus réglementaire, des ressources humaines, des achats, de la maintenance, …

    Utilisation des fiches standardisées d’économie d’énergie

    On constate rapidement que l’ensemble des opérations à mener sont celles que l’on rencontre dans toute expertise classique d’une installation frigorifique relative à sa consommation d’énergie ; la seule différence étant qu’elles entrent dans le champ d’un processus au lieu d’être ponctuelles. Aussi, on y appliquera de même les opérations standardisées d’économie d’énergie, qui s’avèrent plus que jamais un moyen utile de participer à la performance énergétique des systèmes.

    Toutefois, la démarche étant proposée dans un but clairement exprimé de limiter les consommations énergétiques et les émissions des gaz à effet de serre afférentes (émissions directe comme indirectes), la législateur a prévu d’accompagner la démarche par une bonification des opérations standardisées d’économie d’énergie. Pour cela, 2 nouvelles fiches ont été crées, (Fiches IND-SE-01 & BAT-SE-02) qui permettent de bonifier les avantages des actions standards mises en place dans le cadre du plan d’action du SMé. Les entreprises ayant finalisé la démarche voient alors la bonification représenter 100% des C2E (Certificat d’Economie d’Energie), soit doubler le nombre de kWh Cumac éligibles, dès lors que l’entreprise a obtenu la certification de son SMé par un organisme certificateur accrédité selon la norme ISO 17 021 par le Comité français d’accréditation (COFRAC).

    Les investissements et leur temps de retour

    S’engager dans l’ISO 50001 constitue l’assurance de suivre une voie d’amélioration continue de la performance énergétique. D’un point de vue technique, ceci se décline depuis l’acquisition éventuelle de nouveaux équipements jusqu’aux réglages les plus simples. Il n’en resta pas moins qu’un investissement est une dépense en soit, et que parmi les buts recherchés l’économie est essentielle. Les priorités d’investissement seront donc à examiner précisément afin d’en déterminer leur amortissement au travers des gains énergétiques à venir. A cet effet, voici quelques exemples parmi les plus courants de temps de retour sur investissement, intégrant le gain énergétique et son coût associé, l’utilisation des certificats d’économie d’énergie et leur bonification au travers de l’ISO 50001.

    Une installation frigorifique de 180 kW sur laquelle un dispositif de HP flottante permet d’économiser 14% de consommation pendant 6 mois, soit environ 2 000 euros par an.
    Le dispositif représente un coût d’environ 5 000 euros, le temps de retour sur investissement est de 2 ans et demi ; l’application de la fiche standardisée IND-UT-16 conduit à un certificat de 3 000 euros et réduit l’amortissement à 1 an. Dans la mesure où les travaux entrent dans le champ de l’ISO50001, le certificat est alors de 6 000 euros et constitue un gain immédiat.

    La certification et les audits énergétiques

    Comme toutes les normes de système de management, l’ISO 50001 peut être mise en œuvre uniquement pour les avantages internes et externes qu’elle présente pour les entreprises et la certification par organisme indépendant tierce partie n’en constitue pas une exigence. Il apparait toutefois que l’avantage financier – de par l’application des C2E dédiés, constitue une incitation forte pour la certification. Par ailleurs, pour les grandes entreprises qui y sont soumises, les nouvelles dispositions réglementaires liées aux audits énergétiques (obligation d’audit énergétique issue de la transposition en droit national de l'article 8 de la directive 2012/27/UE du parlement européen et du conseil du 25 octobre 2012 relative à l'efficacité énergétique) renforcent l’intérêt d’une certification tierce partie, en exemptant celles-ci dudit audit.

    Conclusion

    La mise en place d’un système de management de l’énergie conduit l’entreprise à fonctionner avec une sensibilisation importante de sa dépense énergétique. Celle-ci provient de plusieurs différentes sources, et les équipements frigorifiques et climatiques constituent l’une d’elles. Les possibilités d’intervenir sur la réduction de la consommation d’énergie et de l’amélioration de l’efficacité énergétiques sont multiples, parfois simples, parfois plus complexes. Il en résulte que pour s’assurer l’atteinte de ses objectifs, l’entreprise en démarche doit conduire une expertise de ses équipements, réalisée par un expert du froid et du conditionnement de l’air, qui pourra mesurer l’état initial, identifier les amélioration réalisables, les quantifier et accompagner l’entreprise dans sa démarche, technique et économique.

    Par Eric Devin, Directeur Général - Cemafroid, IIF - AFF
    et Florence Moulins, Expert - Cemafroid, AFF - AICVF

    SOURCES ET LIENS

    AUTRES CHRONIQUES de Florence MOULINS

Commentaires

  • climatelec.fr
    15/09/2014

    Un bon rappel de l’intérêt de l'application ISO 500001 qui n'est parfois pas facile à appréhender. Dans notre société "climatelec" , nous mettons un point d'honneur à respecter l’ensemble des normes et législations en vigueur dans le domaine du froid et de la climatisation

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