Bilan de l’expérimentation E+C-

Par Romain RUILLARD - Responsable Efficacité Energétique CEGIBAT

Lancée en 2016 par les pouvoirs publics, l’expérimentation E+C- devrait arriver à son terme avec l’entrée en vigueur de la Réglementation Environnementale 2020. Ayant donné un large écho au programme OBEC dans différentes régions, Vecteur gaz présente ici un bilan global de l’expérimentation, basé sur les analyses des volets carbone et énergie des projets déversés dans l’Observatoire national.

Label EC

L’objectif de l’expérimentation E+C- lancée il y a quatre ans dans le but de préparer la prochaine réglementation est double :

  • se préparer à concevoir des bâtiments à faible consommation d’énergie, voire à énergie positive, 
  • et qualifier l’impact carbone du bâtiment sur son cycle de vie, de sa conception jusqu’à sa déconstruction.

Les études déposées dans l’Observatoire national du référentiel E+C- mis en place par la Direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages (DHUP), ont permis de recueillir et d’analyser un ensemble de données. Plusieurs enseignements, notamment sur la performance environnementale des bâtiments neufs, peuvent en être tirés.

Echantillon et enseignements issus de l’observatoire national E+C- 

  • 1237 bâtiments composent l’expérimentation, représentant un échantillon restreint des bâtiments construits durant la même période (moins de 1% des  MI/MIG, LC et m² de tertiaire construits par an).

Répartition bâtiments

Alors que gaz et électricité représentent une part comparable de l’échantillon, le gaz est majoritairement présent en logement collectif (52 %) et l’électricité en maison individuelle (53 %).

  • Le bilan carbone sur le cycle de vie du bâtiment. Il prend notamment en compte les émissions de gaz à effet de serre (Eges) liées à la fabrication/fin de vie des matériaux et équipements ou encore la consommation d’énergie et d’eau pendant l’exploitation du bâtiment.

Deux niveaux peuvent être atteints, C1 et C2 :

  • C1 a vocation à embarquer la plupart des modes constructifs.
  • C2, plus contraignant, nécessite des optimisations plus fortes sur le bilan carbone.

Niveaux de performance atteints, tous secteurs confondus

Niveaux performance

La plupart des bâtiments composant l’expérimentation respecte sans difficulté particulière des niveaux de performance énergétique plus ambitieux que ceux de la RT2012 : 80 % des bâtiments possèdent un niveau de performance énergétique supérieur ou égal à E2. 

Pour les niveaux de carbone, point nouveau du corpus des RT/labels passés, 56 % des bâtiments atteint le niveau C1 et 11 % atteignent le niveau C2.

1. Analyse du volet « Énergie »

Deux principaux leviers ont été actionnés pour améliorer le bilan BEPOS. 

Amélioration de l’enveloppe

Les déperditions thermiques globales des projets (Ubât, en W/(m².K)) diminuent lorsque des niveaux d’énergie plus contraignants sont recherchés. Par exemple, les projets de logements collectifs situés au niveau E3 présentent un niveau de Ubât proche de 0,45 W/(m².K), soit une amélioration de -20 % des déperditions thermiques globales par rapport aux projets E1. 

Même constat avec l’indicateur de besoin bioclimatique Bbio, qui tient compte des besoins de chauffage et de l’accès à l’éclairement naturel d’un bâtiment. Pour exemple, les projets en logements collectifs passent d’un niveau Bbiomax_RT2012 -20% pour le niveau E1 à Bbiomax_RT2012 -37 % pour le niveau E2.

Recours aux énergies renouvelables

Pour atteindre de bons niveaux d’énergie, le recours aux ENR est plébiscité comme le montre l’observatoire. Pour de hauts niveaux d’énergie, la chaudière bois ainsi que les RCU voient leur part de marché augmenter. Ces deux énergies représentent plus de 35 % en E3 et jusqu’à 58 % dans les projets atteignant les niveaux E3 et E4. De fait, les solutions non renouvelables, diminuent en part pour les niveaux E3 et E4.

L’ajout de panneaux solaires photovoltaïques contribue également à améliorer le bilan BEPOS. Peu présents dans les projets classés E1 ou E2, ils sont majoritairement installés dans les projets atteignant le niveau E3 : 50 % des bâtiments résidentiels collectifs et tertiaires et 80 % des maisons individuelles sont équipés de panneaux solaires photovoltaïques. En surface moyenne installée, cela représente 13 m² de panneaux pour les maisons individuelles, 2,3 m² de PV par appartement en logement collectif, et, soit 4 m² de PV tous les 100 m² de SRT pour les bâtiments tertiaires.

2. Analyse du volet « Carbone »

En résidentiel, l’analyse de l’Observatoire montre qu’une majorité des projets atteint le niveau C1 (72 %). Toutefois, une part non négligeable des projets restent en C0.

Logements EC

En tertiaire, l’analyse révèle une plus grande difficulté pour atteindre le niveau de carbone C1, avec une majorité de projets en C0 pour tous les types d’énergies (50%). Cela contraste avec la partie énergie où les bâtiments tertiaires présentent des niveaux élevés d’énergie. 

Pour mémoire, les niveaux de performance carbone d’un bâtiment sont caractérisés par l’Eges, indicateur des émissions de gaz à effet de serre sur l'ensemble du cycle de vie, et l’EgesPCE, indicateur des émissions de gaz à effet de serre des produits de construction et des équipements utilisés.

L’analyse de l’observatoire montre que :

Le C1 n’est pas obtenu car :

  • dans 35% des cas, aucun des deux niveaux n’est atteint,
  • dans 58% des cas, les projets classés C0 respectent le niveau Eges global mais pas Eges PCE,max.

Le C2 n’est pas obtenu car :

  • dans 56% des cas, aucun des deux niveaux n’est atteint,
  • dans 42% des cas, l’Eges PCE max est atteint mais pas Eges global.

Ceci signifie que pour respecter le seuil C1, l’effort à fournir porte plutôt sur le poids carbone des produits de construction et équipements, tandis que pour atteindre le niveau C2, l’accent doit majoritairement porter sur le global (produits de construction et équipements + énergie + solution technique).

La partie PCE (Produits de construction et équipements) est découpée en 13 lots auxquels s’ajoute l’impact carbone des fluides frigorigènes. Les lots 3 (superstructure maçonnerie) et 8 (CVC) sont les plus impactant. L’observatoire montre que ces deux lots pèsent en moyenne 30 % du bilan total du EgesPCE. 

Bilan carbone
 

Principales conclusions sur l’analyse carbone

La réalisation de l’ACV est une nouveauté pour les bureaux d’études, qui ont dû se familiariser avec les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES). Plusieurs remarques sur la méthode sont ressorties : 

  • La base INIES, de données environnementales, où sont déclarées les FDES, est à ce jour encore incomplète, même si elle est en constante évolution.
  • Les fiches environnementales ont une durée de vie de 5 ans alors que plusieurs années peuvent s’écouler entre la conception et la réalisation. De ce fait, une fiche qui était présente dans la phase conception peut ne plus l’être en phase de finalisation.
  • Les fiches par défaut (MDEGD – Modules de données environnementales génériques par défaut) dont les valeurs sont affectées par le ministère sont, par nature, plus pénalisantes pour un projet que les données spécifiques (FDES ou PEP). Le bilan carbone peut vite devenir assez lourd si l’on n’utilise que des MDEGD. Il existe à ce jour 39 % de fiches par défaut dans la base. Il est également possible de prendre les valeurs forfaitaires pour les lots, ce qui peut pénaliser encore davantage le bilan.
  • Les études sont rarement complètes : une majorité d’études n’intègre que 100 à 150 fiches alors que, selon l’OBEC* d’Auvergne Rhône-Alpes, un bilan ACV complet atteint entre 300 et 320 fiches.  

Les parties eau et chantier ont été remplies forfaitairement pour la plupart des projets. Elles ne représentent en moyenne qu’entre 1% et 3% de l’impact carbone total. 

La partie énergie du bilan carbone total représente autour de 30% en moyenne en logement, contre 15% en tertiaire. 

À noter, 70% de bâtiments chauffés au gaz atteignent un niveau carbone C1 ou C2, taux le plus élevé toute énergie confondue. Au niveau C2, c’est le bois qui a la plus grande part de bâtiments performants en carbone (30%).

En conclusion

Le label E+C- aura permis de réunir les acteurs de la filière, maîtres d’ouvrages, bureaux d’études, promoteurs et industriels autour de cette expérimentation, qui avait pour objectif de préfigurer la prochaine RE2020. Les réflexions et résultats obtenus apportent à l’observatoire national une base de données permettant d’obtenir un retour d’expérience utile. Plus de 1200 bâtiments y sont recensés, majoritairement des maisons individuelles et logements collectifs mais aussi des bâtiments à usage tertiaire.

La majorité des projets ont réussi à atteindre les exigences fixées par le référentiel, avec plus de facilité pour la partie énergie du fait de l’expérience de la filière sur cet item. Ce fut plus difficile pour la partie carbone du fait de sa nouveauté. L’observatoire a mis en valeur des leviers pour l’optimisation des bilans BEPOS (recours aux ENR, isolation du bâti…) et carbone (utilisation des FDES, choix du matériau principal…). Une première étape franchie en attendant les textes de la RE2020.

*Observatoire Bâtiments Energie Carbone

A retenir

Une synthèse complète est présentée sur le site Cegibat : 

Lire la synthèse Cegibat

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